Belgique

Les ministres des Affaires étrangères, Didier Reynders, et de l'Intérieur, Jan Jambon, ont retracé vendredi la ligne du temps de la présence du djihadiste présumé Ibrahim El Bakraoui en Turquie au regard des informations échangées entre les autorités turque et belges, et communiquée par l'ambassade à Ankara et les services de police. Ibrahim El Bakraoui, l'un des kamikazes de l'attentat de l'aéroport de Zaventem, a été arrêté le 11 juin 2015 à Gaziantep, ville du sud de la Turquie, située à 15 kilomètres de la frontière syrienne. Le 29 juin, l'officier de liaison est mis au parfum par la police nationale turque. Trois jours plus tard, le 29 juin, l'officier de liaison communique cette information à la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée (DJSOC) de la police fédérale et celle-ci renvoie des éléments du passé judiciaire de l'intéressé à l'officier de liaison. Elle demande à l'officier de liaison des informations complémentaires concernant l'arrestation d'Ibrahim El Bakraoui.

Le 14 juillet 2015, la Turquie envoie à 10h14 une note verbale à l'ambassade belge selon laquelle Ibrahim El Bakraoui sera expulsé à 10h40 pour les Pays-Bas. A 16h00, l'ambassade prévient l'officier de liaison. L'intitulé de la note ne permet pas de déduire le caractère urgent de son contenu. Elle ne contenait pas de motif et n'appelait à aucun action.

Le 15 juillet, l'officier de liaison apprend à une réunion avec la police turque qu'Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme. L'officier de liaison est invité par la police turque à faire parvenir une demande écrite s'il souhaite plus de détails. L'assistante de l'officier de liaison communique à 10h38 à l'ambassade belge qu'Ibrahim El Bakraoui a été arrêté à Gaziantep. A 10h50, l'officier de liaison belge informe son homologue néerlandais.

Entre le 29 juin et le 20 juillet, il n'y a plus de communication entre l'officier de liaison et la DJSOC. Ce n'est que le 20 juillet à 10h28 que l'officier de liaison informe la DJSOC de ce que Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme et qu'il a été refoulé vers les Pays-Bas sur un vol du 14 juillet. Il dit attendre des informations complémentaires de la Turquie. L'officier de liaison demande officiellement ces renseignements à 11h25 à la police turque par courriel.

Il y aura ensuite encore quatre réunions entre l'officier de liaison et les autorités turques, les 28 juillet, 20 novembre, 8 décembre et 14 février mais le cas Ibrahim El Bakraoui n'y est plus évoqué.

Le 11 janvier 2016, six mois après le départ d'Ibrahim El Bakraoui, l'officier de liaison reçoit les renseignements demandés officiellement à la police turque. Il apparaît qu'Ibrahim El Bakraoui est suspecté d'avoir un lien avec un territoire en conflit.

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a invité à ce que les notes diplomatiques échangées le soient directement et non pas seulement via le portail des Affaires étrangères turques. Sur les six derniers cas, à cinq reprises la mise à disposition de l'information sur le portail s'est accompagnée d'un échange direct avec l'officier de liaison. A une reprise, cela n'a pas été le cas. Il s'agit de l'affaire Ibrahim El Bakraoui.

M. Reynders a également indiqué que l'ambassade belge n'avait "pas connaissance" d'un deuxième refoulement d'Ibrahim El Bakraoui en août 2015, information relayée par la presse turque.

"Le passé des El Bakraoui n'était pas si négatif que suggéré ces derniers jours"

Le passé des frères El Bakroui, mesuré à l'aune des attentats de Bruxelles, n'était pas "si négatif que suggéré ces derniers jours", a indiqué le ministre de la Justice Koen Geens revenant sur leur libération conditionnelle. "Je souhaiterais dire malgré tout qu'il n'est pas à exclure, que si chacun avait fait son boulot à la perfection, un certain nombre de choses se seraient passées autrement", a-t-il toutefois précisé.

Ibrahim El Bakraoui, qui s'est fait exploser à l'aéroport de Zaventem, mais qui avait été interpellé l'année dernière à la frontière syrienne, "collaborait raisonnablement bien", avant cela, avec la maison de justice dans le cadre de sa libération conditionnelle jusqu'à ce qu'il disparaisse des radars, a indiqué le ministre de la Justice. Il avait reçu à six reprises un bon de sortie et chacune d'elle s'était déroulée sans problème. Le 20 octobre 2014, il a bénéficié d'une décision de libération conditionnelle malgré un avis négatif persistant du directeur de prison. Il avait alors effectué la moitié de sa peine.

Etant donné sa prise en charge psychologique, jugée fructueuse, cette décision a été assortie de critères limités à un accompagnement social et une interdiction d'entretenir des contacts avec ses anciens comparses. Ibrahim El Bakraoui a continué à évoluer positivement jusqu'au 19 mai 2015, jour à partir duquel l'assistant de justice ne l'a plus vu ni entendu. Après cela, les invitations à répondre à de nouveaux rendez-vous sont tous restés lettre morte. Alerté, le tribunal d'application des peines est revenu sur sa libération conditionnelle dans une décision du 21 août 2015, à la suite de quoi il a été signalé quelques jours plus tard en vue de procéder à son arrestation.

Son frère Khalid El Bakraoui, qui s'est fait exploser dans la station de métro Maelbeek avait effectué les quatre cinquièmes de sa peine quand il a bénéficié d'une libération conditionnelle. Il avait été repris pour avoir côtoyé d'anciens détenus mais libéré trois jours plus tard étant donné qu'il respectait tous les autres critères de sa libération conditionnelle. Il a ensuite rempli les conditions contrôlées par la maison de justice jusqu'au 22 octobre 2015. Il ne se présente plus chez l'assistant de justice le 17 décembre 2015. Il est mis fin à la décision de libération conditionnelle le 18 février 2016. Il est signalé sur le territoire en vue de son arrestation.

Un mandat d'arrêt international avait été lancé en décembre 2015 visant Khalid El Bakraoui, après les attentats de Paris. Les services ont alors estimé intéressant de renforcer les recherches visant à retrouver Ibrahim El Bakraoui, celles-ci pouvant mener à son frère.