La défense de Mehdi Nemmouche dit refuser même le système pro deo.

Vous êtes détesté par une tranche de la population qui vous reproche de défendre le diable. Comment le vivez-vous ?

Sébastien Courtoy : "Je ne m’en rends pas compte dans la rue. J’habite dans le Brabant wallon et je n’ai jamais personne qui vient me dire cela. Les gens me parlent de l’affaire, me demandent s’il est vraiment coupable. Certains me disent qu’il ne peut pas avoir tué quatre personnes et s’être fait arrêter sans opposer la moindre résistance alors qu’il était lourdement armé dans le bus en France. Je leur réponds qu’il y a beaucoup plus d’innocents dans des dossiers de terrorisme parce que les policiers ont besoin de moins de preuves pour ces cas."

Henri Laquay : "Ça m’indiffère totalement. En démocratie, tout le monde a le droit d’être défendu. Le jour où il n’y aura plus d’avocat pour défendre le diable, c’est qu’on vivra en dictature."

Un procès d’assises, ça rapporte combien ?

S. Courtoy : "Que des emmerdes ! Le procès me coûte de l’argent. Je ne lui ai pas demandé d’honoraires. Et le pro deo c’est trop de paperasse. Je ne le demande pas parce que j’estime que l’État est coupable d’avoir mis un innocent en prison et que je n’ai pas besoin de l’aumône. Ils peuvent les garder pour rénover les cabinets des ministres."

H. Laquay : "Pas grand-chose. Dans ce dossier, si j’ai le courage de remplir quantité de formulaires, je serai payé par l’État au mieux en septembre 2020… L’aumône que me versera l’État ne comblera pas mes frais pour toutes les audiences, ces deux mois de procès et tous les trajets faits pour aller voir Mehdi Nemmouche à l’autre bout du pays."

Qui n’accepteriez-vous jamais de défendre ?

S. Courtoy : "Les ligues communautaristes, le centre pour l’Égalité des chances et les balances."

H. Laquay : "Je n’ai pas d’exclusive mais j’ai une condition stricte : que le client ne m’impose pas des arguments de défense que je ne peux pas accepter."

Qu’est-ce qui vous distingue des autres pénalistes ?

S. Courtoy : "Je ne me compare jamais aux autres."

H. Laquay : "Certains pénalistes refusent de plaider dans telle ou telle affaire par peur de perdre des clients ou par peur d’être stigmatisés ou de prendre des coups. Moi, finalement, je m’en moque."

Quand on défend des terroristes, on fait des cauchemars la nuit ?

S. Courtoy : (rires) "Jamais ! Je n’ai pas le temps d’en faire tant je dors peu. Même en dormant, mon cerveau travaille, de peur d’oublier des micro-arguments."

H. Laquay : "Après une journée de travail comme la mienne, croyez-moi, on est amorti et on n’est même plus disposé à faire des cauchemars."

Avez-vous déjà ressenti des remords d’avoir pu faire acquitter une personne que vous saviez coupable ?

S. Courtoy : "Très sincèrement non parce que je plaide avec conviction et je ne plaide que quand je sais que je vais être crédible. Mais je me demande si le procureur lui fait des cauchemars quand il met des innocents en prison."

H. Laquay : "Non, jamais. Je doute fort que des procureurs ressentent des remords à faire condamner des innocents. Il vaut mieux qu’un coupable soit acquitté plutôt qu’un innocent condamné."