Jejoen Bontinck est poursuivi devant le tribunal correctionnel d'Anvers pour participation à des activités d'un groupe terroriste. Il était, selon l'accusation, membre du noyau dur de Sharia4Belgium. Il était parti en février 2013 en Syrie où il était resté pendant huit mois. A son retour en Belgique, il a livré des aveux détaillés, sur ses propres actions mais aussi celles d'autres personnes. Jejoen Bontinck s'est radicalisé fin novembre 2011. Il était entré en contact avec Sharia4Belgium via le coprévenu Azeddine K.B. Des cours lui ont été donnés par Fouad Belkacem, porte-parole de Sharia4Belgium. Jejoen Bontinck allait régulièrement au quartier général de Sharia4Belgium à Anvers. Il est parti le 22 février 2013, à la demande d'Azeddine K.B., en Syrie où il a été accueilli par Houssein E. et Feisal Y. Il a immédiatement été conditionné sur place, recevant une formation tactique et idéologique, mais il avait déjà presque tout appris avec Fouad Belkacem, selon ses propres déclarations.

Il a été enfermé le 5 mars 2013, les "autres" se méfiant de lui car il voulait rentrer chez lui. Il était perçu alors comme un espion. Lors de sa détention, il a été battu avec notamment des câbles électriques et humilié.

Il a été libéré le 22 septembre 2013 et a participé durant deux semaines à des activités du groupe de l'Etat islamique. Il portait alors une mitraillette de type Kalachnikov. Il passait ses moments libres à Alep où il est entré en contact sur Internet avec son père qui l'a aidé à quitter le pays. Après être resté six jours aux Pays-Bas, il est retourné en Belgique le 18 octobre 2013, où il a été arrêté.

Il a d'abord expliqué aux enquêteurs qu'il était parti comme volontaire mais a fait état ensuite des mauvais traitements physiques et psychologiques subis en Syrie et de sa détention avec des otages journalistes, dont James Foley, décapité ensuite par le groupe Etat Islamique.

"Belkacem était l'incontestable numéro 1"

Après avoir éclairé le tribunal correctionnel d'Anvers sur l'idéologie, les objectifs et les activités de Sharia4Belgium, le ministère public a détaillé lundi le rôle joué par chacun des 46 prévenus au sein du groupuscule poursuivi pour terrorisme. Fouad Belkacem en était l'incontestable numéro 1, il en était le fondateur, le porte-parole, le prédicateur et la personne de contact pour les groupes étrangers similaires. Fouad Belkacem avait une fonction de leader dans chaque activité du groupe. Il en diffusait l'idéologie salafiste, recrutait les membres et s'occupait de leur endoctrinement. Les prévenus Jejoen Bontinck, Elias T. et Walid L. ont notamment raconté comment ils avaient été inspirés par sa manière de prêcher et déclaré qu'ils le considéraient comme un père spirituel.

Il était également à la base des actions violentes. Il avait ainsi mobilisé par téléphone ses jeunes recrues afin qu'elles aillent attaquer le commissariat de Molenbeek (Bruxelles) après l'incident du niqab, le 31 mai 2012. Le ministère public considère qu'il a incité à la haine et à la violence et que les départs massifs vers la Syrie en sont le résultat.

D'autres prévenus ont décrit Fouad Belkacem comme le leader incontestable du groupuscule. Celui-ci avait reconnu lors de l'enquête qu'il avait fondé Sharia4Belgium, mais a nié toute violence ou entraînement au combat. Il considère les vidéos appelant au djihad comme de la pure théologie et de la simple provocation, et dément avoir enrôlé des personnes en vue de les envoyer en Syrie.

Lors des auditions, Fouad Belkacem avait adopté un ton provocateur et injurié les enquêteurs.

Bilal E.M. s'est par ailleurs présenté au tribunal, ce qui porte le total de prévenus physiquement présents à neuf.

Les combattants belges ont rejoint des groupes inspirés d'Al-Qaïda

Les leaders et membres de Sharia4Belgium qui ont rallié la Syrie pour y combattre ont rejoint des groupes salafistes inspirés d'Al-Qaïda tels que le front Al-Nosra et Majlis Shura. La Syrie constitue l'endroit idéal pour mettre en place un Etat islamique, selon ces organisations, tant géographiquement qu'en raison de l'instabilité politique qui y règne. Le groupuscule Majlis Shura, qui ne rassemblait que quelques combattants, s'est développé au point de compter plusieurs centaines de membres à la mi-2013. Son quartier général se trouvait à Kafr Hamra, où les hommes étaient répartis entre le "palais" et la "villa". Le prévenu Houssien E., qui serait entre-temps décédé, était l'"émir" de la villa. Il devait notamment approuver l'intégration des nouveaux combattants.

Parmi les activités du groupe figuraient des entraînements religieux et physiques, des missions armées contre les militaires gouvernementaux du président al-Assad, des missions de surveillance ou de logistique, mais aussi des enlèvements et des meurtres de mécréants.

Majlis Shura a intégré l'Etat islamique à la mi-2013. Des combattants étrangers ont également rejoint le front Al-Nosra, un groupe terroriste similaire.


Le prévenu Michaël Delefortrie "ne désavoue pas Fouad Belkacem"

Michaël Delefortrie, un Belge parti combattre en Syrie poursuivi au procès pour terrorisme de Sharia4Belgium devant le tribunal correctionnel d'Anvers, a déclaré lundi durant la pause de midi qu'il ne désavouait pas son ancien leader Fouad Belkacem. Il estime que le ministère public a sorti des éléments de leur contexte. Le prévenu, âgé de 26 ans et en liberté sous conditions, a notamment fait référence aux "entraînements" de Sharia4Belgium sur lesquels s'est attardé le ministère public. "Nous avions effectivement un planning, un agenda. Mais nous ne faisions que du sport" et rien d'autre, a-t-il assuré.

L'Anversois a minimisé l'importance des vidéos appelant à la lutte armée, soulignant que nombre d'entre elles n'étaient que de la musculation verbale. "Si ces vidéos étaient illégales, pourquoi personne n'est-il intervenu? ", a-t-il demandé.




"Ben Laden rigole depuis l'enfer, Belkacem depuis sa cellule"

Interrogé par les médias lors d'une interruption au procès pour terrorisme de Sharia4Belgium, à Anvers, Dimitri Bontinck s'en est pris lundi à l'ancien leader du groupuscule.

"Comme toujours, il rit. Ben Laden rigole depuis l'enfer, Belkacem depuis sa cellule", a déclaré en anglais le père du jeune Jejoen, qui est à la fois prévenu et victime dans ce dossier. Pour M. Bontinck, il est clair que Fouad Belkacem est coupable d'avoir enrolé des jeunes gens afin de les envoyer combattre en Syrie. Il réclame l'acquittement de son fils, "qui ne serait jamais parti sans Sharia4Belgium", a-t-il insisté.

Selon Dimitri Bontinck, son fils reçoit encore régulièrement des menaces, notamment de mort. Il en tient le ministère public pour responsable. "Les témoignages de Jejoen ont été utilisés pour poursuivre d'autres personnes. A l'étranger, il aurait déjà reçu une autre identité."

M. Bontinck s'en est enfin pris au monde politique, qu'il accuse de ne pas faire le nécessaire pour empêcher que des jeunes partent combattre en Syrie. "Des mineurs pénètrent encore sur le territoire syrien en ce moment. Il faut davantage de prévention et de contrôles dans les aéroports. Les politiques doivent prendre leurs responsabilités."


Les objectifs et activités du groupuscule détaillés par le ministère public

L'objectif de Sharia4Belgium était la destruction de la démocratie et la mise en place d'un Etat islamique, a souligné le procureur fédéral, lundi au procès pour terrorisme du groupuscule devant le tribunal correctionnel d'Anvers. Pour parvenir à ses fins, Sharia4Belgium se concentrait sur cinq activités: diffusion de l'idéologie via internet et les réseaux sociaux, recrutement de jeunes musulmans via des prêches de rue, endoctrinement de ceux-ci lors d'entraînements idéologiques et physiques, actions violentes en Belgique et lutte armée en Syrie, selon toujours le ministère public. Ces activités étaient planifiées depuis un appartement d'Anvers qui servait de quartier général à Sharia4Belgium. Cinq sessions idéologiques ou physiques y étaient organisées chaque semaine. La participation aux réunions, qui comprenaient également des entraînements au combat, était obligatoire pour les membres sous peine de sanctions.

Les jeunes y apprenaient les principes du salfisme. Le ministère public a lu lundi les témoignages de la mère de Jejoen Bontinck, membre de l'organisation parti en Syrie, et d'un père dont les trois enfants sont également partis combattre en Syrie. Ce dernier avait déclaré aux enquêteurs que ses garçons avaient subi "un lavage de cerveau" par Sharia4Belgium.

Jejoen Bontinck lui-même avait fait des déclarations similaires lors de son audition. "Belkacem était mon père spirituel, la manière dont il parlait était unique. Les leçons agissaient comme une seringue. J'étais complètement aspiré par l'organisation et ses idées. Je ne serais jamais parti en Syrie sans cela."

Lorsque les recrues étaient suffisamment imprégnées du discours idéologique, elles commençaient à prendre part à des actions violentes, selon le ministère public. En mars 2010, le groupuscule se fit pour la première fois remarquer en perturbant une lecture de l'auteur néerlandais Benno Barnard à l'université d'Anvers. D'autres faits suivirent, tels que des affrontements avec la police à la suite d'un prêche de rue en décembre 2011, l'incident lié au contrôle d'identité d'une femme portant le niqab à Molenbeek en mai 2012 ou encore l'action de protestation contre le film "L'innocence des musulmans", en septembre 2012 à Anvers.

A partir d'août 2012, l'ensemble des leaders et la plupart des membres du noyau dur du groupuscule - à l'exception de Fouad Belkacem - sont partis combattre en Syrie.


La défense soulève des questions de procédure, mais le procès se poursuit

Les avocats Abderrahim Lahlali et Walter Damen, qui représentent les prévenus Hakim en Houssien E., ont soulevé une série de questions de procédure, lundi matin, au procès pour terrorisme du groupuscule Sharia4Belgium. Le tribunal s'est retiré avant de décider d'ajouter ces questions au fond du dossier, permettant ainsi au procès de se poursuivre. Les avocats ont souligné que le ministère public avait fait usage de pièces rejetées par la Cour de Cassation et la chambre des mises en accusation en 2012, ce que le ministère public a réfuté.

Mes Lahlali et Damen considèrent par ailleurs le tribunal correctionnel comme incompétent. Ils estiment que le droit de la guerre est d'application et que le dossier devrait donc être renvoyé devant la Cour pénale internationale de La Haye (Pays-Bas). Le ministère public et la plupart des autres avocats contestent cette appréciation.

Mes Lahlali et Damen estiment également que les droits de la défense ont été bafoués par des fuites dans la presse. Ils ont demandé que l'instruction à charge de Houssien E. soit abandonnée en raison de sa disparition en Syrie. La famille de ce prévenu a entamé une procédure devant le tribunal de la famille de Bruxelles afin qu'il soit déclaré décédé. Le ministère public n'a pas contesté que des indices allant dans ce sens existaient, mais le jeune homme de 23 ans sera bien poursuivi pour s'assurer que son décès n'a pas été simulé pour échapper aux poursuites.

La défense et le ministère public ont réclamé de concert la scission du dossier portant sur Hakim E. Celui-ci est en effet suspecté d'enlèvement et d'assassinat en Syrie, des faits pour lesquels il pourrait être cité devant une cour d'assises.