La séance plénière de la Chambre s'annonçait houleuse, ce jeudi 17 septembre. La Première ministre, Sophie Wilmès (MR), qui devait normalement venir demander la confiance de l'hémicycle a finalement annoncé qu'elle demanderait une prolongation jusqu'au 1er octobre.

La décision fait suite à la contamination au coronavirus du préformateur Egbert Lachaert (Open Vld) et du retard dans les négociations fédérales. En effet, si les discussions semblaient avancer en ce début de mois de septembre en vue de la formation d'une coalition Vivaldi, la mise en quarantaine des sept présidents de parti a mis un frein aux négociations. Mais la proposition qui a été faite à Mme Wilmès par les sept formations politiques de leur laisser du temps n'est pas au goût de tous. Le cdH, le PTB, la N-VA et le Vlaams Belang avaient déjà fait savoir, avant le début de la séance plénière, qu'ils allaient demander à la Première ministre de rendre des comptes.

Les députés ont tout d'abord rendu hommage à Ilse Uyttersprot et à Antoinette Spaak, décédées en août et en septembre. À l'ouverture de la séance, le ton est rapidement monté, les députés N-VA et Vlaams Belang montant immédiatement au créneau quand le président de l'assemblée a indiqué passer aux prestations de serment, comme il était prévu. Ces derniers voulaient quant à eux entendre immédiatement une déclaration de gouvernement, qui n'était pas à l'ordre du jour, pour les raisons citées ci-dessus. Le nationaliste flamand, Peter De Roover, a ouvert les discussions, soulignant son désarroi quant à la volonté de la Première ministre de ne pas demander la confiance à la Chambre. "Je demande que vous appliquiez le règlement et que vous preniez l'initiative pour faire respecter ce règlement", a lancé le député N-VA. "Vous avez l'intention de poursuivre jusqu'au 1er octobre, vraisemblablement pour coller à la formation d'un gouvernement, mais qu'allez-vous faire s'il n'y a pas de gouvernement? Allez-vous continuer comme cela?, a-t-il demandé à Sophie Wilmès. "La coalition Vivaldi a choisi de court-circuiter le Parlement."

"Allez-vous à nouveau manger votre parole?", a encore ajouté Peter Mertens (PTB-PVDA).

"Tout le monde savait que les choses risquaient de se dégrader"

La Première ministre, cible des critiques, a souligné qu'il y avait un important Conseil National de Sécurité (CNS) la semaine prochaine, raison pour laquelle "il est important que le gouvernement continue à œuvrer conjointement avec les entités fédérées". Un argument qui n'a pas contenté le nationaliste flamand qui a estimé que ce travail pouvait être réalisé par un gouvernement en affaires courantes.

"Certains chiffres sont inquiétants, plusieurs signaux montrent que la crise du coronavirus est mal contrôlée. Vous (Sophie Wilmès, ndlr.) avez posté une vidéo pour demander aux citoyens de davantage respecter les mesures. Votre appel donne l'impression de faire porter le chapeau du rebond épidémique au seul citoyen. Or il y a des manquements cruciaux, notamment au niveau du testing, tracing. Depuis des semaines, des mesures auraient dû être prises pour anticiper la situation actuelle qui était prévisible. Tout le monde savait que les choses risquaient de se dégrader", a regretté Catherine Fonck (cdH).

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"Il ne faut pas attendre un nouveau CNS pour agir"

D'autres encore ont souligné le manque de réaction du gouvernement face au rebond. Sofie Merckx (PTB-PVDA) a regretté que des mesures n'aient pas été adoptées dans la foulée. La députée a également pointé du doigt le retard dans les résultats des tests covid. Les mesures qui sont entrées en mesure cet été doivent permettre de contrôler la situation sanitaire, a détaillé Sophie Wilmès. "Et elles se sont avérées efficaces puisque tous les élèves ont pu retourner à l'école, a encore ajouté la Première ministre. (...) Il est évident qu'il ne faut pas attendre un nouveau CNS pour agir, les gestes barrières doivent être respectés continuellement. Evidemment, les autorités doivent faire leur job, il y a encore des choses à faire. Le CNS aura lieu la semaine prochaine, parce que les travaux préparatoires prennent du temps."

La ministre de la Santé est ensuite revenue sur les chiffres et plus particulièrement sur le nombre d'hospitalisations. 36% d'entre elles concernent Bruxelles. "Je peux comprendre qu'on se fasse du souci", a admis Maggie De Block. Elle a expliqué que tout était mis en oeuvre pour éviter un nouveau confinement.

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"Vous bafouez votre promesse"

Enfin, les députés sont revenus sur le sujet chaud du jour: la prolongation du gouvernement Wilmès. "Vous bafouez la promesse que vous nous aviez faite ici le 17 mars", a regretté Barbara Pas (Vlaams Belang) à l'encontre de la Première ministre. "(...) La seule option est de présenter la démission de ce gouvernement, comme il serait normal de le faire dans toute démocratie." "Il y a six mois, vous vous étiez engagée à redemander la confiance au gouvernement, vous parliez d'unité, les choses ont bien changé, a quant à elle ajouté Catherine Fonck (cdH). Mais cela ne nous empêche pas de vouloir rester constructif et de vouloir voir rapidement s'installer une majorité fédérale. Nous vous avons octroyé il y a six mois, une confiance pour six mois. Nous avons appris par la presse que vous alliez être prolongée. Vous n'avez pas pris la peine au préalable de nous en informer. En toute franchise, ce n'est pas très respectueux de la démocratie. Nous ne pouvons pas soutenir par un vote favorable cela. Nous ne pouvons pas non plus nous opposer à l'instauration d'un gouvernement, c'est pourquoi nous avons choisi de nous abstenir." La députée cdH a appelé Sophie Wilmès à ne pas se croiser les bras pour les 15 jours à venir. "Des actes sont nécessaires, pas dans 15 jours, pas dans 3 semaines, dès maintenant", a-t-elle insisté.

Pour la N-VA, cette prolongation est inconcevable. "6 mois, c'est ce qu'on a voté, a acté Peter De Roover. C'est une attitude très curieuse que vous avez. Vous avez fait une vraie déclaration gouvernementale à la Chambre. Qu'est-ce qui vous motive maintenant de ne pas poser la question de la confiance ? Certains disent que c'est en rapport avec la formation du gouvernement. Mais ce n'est pas ce que vous nous aviez dit le 17 mars. Vous n'aviez pas dit que s'il n'y avait pas d'autre gouvernement, vous prolongeriez. L'argument de la crise sanitaire n'est également pas crédible, car vous pourriez très bien agir tout en étant en affaires courantes. (...) Vous avez raté l'opportunité de respecter votre engagement. C'est une forme de masochisme, car vous vous rendez compte que jusqu'à la fin de vos jours politiques, tout le monde se demandera comment il faut interpréter vos paroles. Tout ce que vous direz devra être pris avec des gants."

Le chef de groupe MR, Benoît Piedboeuf, a confirmé que les sept partis de la future coalition Vivaldi déposeront une motion d'ordre par laquelle ils s'engagent à inscrire à l'ordre du jour du parlement du 1er octobre une déclaration gouvernementale.

Pour répondre aux critiques, la Première ministre a évoqué la situation "unique" que connaît la Belgique actuellement. "Le 17 mars dernier, je m'engageais à redemander la confiance du Parlement dans un délai maximum de 6 mois", a admis Sophie Wilmès. "Aujourd'hui à l'issue de ce débat, vous allez décider des conditions dans lesquelles ce gouvernement pourra travailler." Sophie Wilmès est revenue sur les négociations fédérales qui ont été retardées par le coronavirus. "Des décisions importantes devront être prises dans le cadre du prochain CNS, on y travaille depuis plusieurs semaines", a expliqué la libérale, estimant qu'un gouvernement de plein exercice devait être à la barre.

Cette séance mouvementée s'est finalement terminée par un vote. Avec 79 voix pour, 46 contre et 4 abstentions, la motion d'ordre - par laquelle les sept partis de la future coalition Vivaldi s'engagent à inscrire à l'ordre du jour du parlement du 1er octobre une déclaration gouvernementale - a été adoptée.