Belgique

Située dans les collines, à treize kilomètres de Fréjus, la villa méditerranéenne de Stéphane Steeman se situait à Roquebrune-sur-Argens. Ce fut le refuge de ses dernières années.

Il avait acheté cette propriété en 1970, peu après le décès de son père. Il avait tracé un chemin entre sa maison et la route et, unilatéralement, il avait baptisé cette portion de route Chemin Hergé. Il avait plusieurs amis belges parmi ses proches voisins. Notamment le dessinateur de BD Tibet qui nous a quittés voici juste cinq ans.

Stéphane Steeman avait été une des victimes du grand incendie de juin 2007 qui avait ravagé 500 hectares de forêts dans la région. Ce ne fut que l’occasion d’y venir plus souvent, afin de remettre tout en état. Il avait alors 74 ans : “La scène, c’est fini ! Je n’en ai plus envie. Une sorte de ras-le-bol. Ça ne me manque pas. En ce moment, je m’occupe de mon terrain et de mon père.” Son terrain…

C’est ici qu’il se reposait. C’est ici aussi qu’il travaillait. Du moins, lorsqu’il en était au stade de l’écriture. Une écriture de plus en plus présente au long des années 2000.

En 2008, il sortait notamment, aux éditions Noir Dessin, Ma Belgique à moi. Où il affirmait son amour pour ce “pays à plat qui est le mien” ainsi qu’il l’avait dit dans un sketch. “Dans ce livre, j’avais voulu reprendre tous les textes que j’avais écrits dans ma vie, pour des sketches, pour des gags ou des anecdotes, et qui concernaient la Belgique. Pour bien montrer que les problèmes communautaires, si aigus en 2008, ne dataient pas d’hier. Et c’est vrai qu’au cours de ces années, j’ai égrené la chanson de Brel, Le plat pays, à différentes versions. Je dois admettre que, moi-même, j’ai vécu beaucoup de mésaventures personnelles parce que je ne parlais pas le flamand et qu’on me demandait de me produire dans le nord du pays. J’ai eu ma part de problèmes communautaires.”

Lui qui s’était nourri, pour l’écriture de ses sketches, essentiellement dans le giron politique, avait vécu assez douloureusement la grande crise que le pays a traversée en 2010 et 2011 : “J’étais heureux d’avoir mon âge et de ne plus devoir faire rire avec la politique. Je pensais à André Remy, que j’admire, et je me disais que ça ne devait pas être facile pour lui.

“J’ai eu un choc, en suivant l’actualité. Les choses se sont dégradées à une vitesse dramatique. J’ai eu la chance de connaître un peu Albert II, que j’aimais beaucoup, et je trouve que le roi ne méritait pas ça.”

Toutefois, avec Stéphane Steeman, les choses – et même celles-là – se terminaient toujours par un sourire : “De son temps, mon père avait – déjà de son temps – une solution pour résoudre nos problèmes linguistiques. Il disait qu’il fallait obliger les francophones à épouser une Flamande. Et le contraire aussi.”