Le chef clinique du CHU Saint-Pierre, Yves Van Laethem, a commencé par prendre la parole. Il est revenu sur les chiffres qui nous sont parvenus aujourd’hui. "Nous constatons qu’une augmentation se profile après une baisse de deux semaines. Nous subissons une hausse de cas de 14% par rapport à la semaine dernière."

Qui est visé par cette augmentation? "Elle est avant tout liée aux personnes entre 20 à 40 ans et accessoirement entre 40 à 50 ans. Elle est moins prononcée chez les adolescents. Une augmentation modérée de 2% est également constatée chez les plus de 80 ans. Et forcément, cela nous inquiète toujours un peu plus vu les pathologies qu'elles peuvent induire."

Au niveau des hospitalisations, elles augmentent très légèrement, de l'ordre de 1%. La bonne nouvelle provient essentiellement des maisons de repos. "Effectivement, de manière remarquable, nous avons une chute de 36% des hospitalisations provenant des maisons de repos. De manière continue depuis décembre, la proportion de ces personnes qui se dirigent dans nos hôpitaux est en baisse. Nous pouvons espérer voir là un marqueur de l’impact précoce de la vaccination."

Malgré le contexte, il existe un autre chiffre intéressant. Et porteur de bonnes nouvelles: le nombre de décès. "Nous déplorons 35 décès en moyenne par jour. Ce chiffre représente une baisse de 12% comparée à la semaine précédente. Actuellement, il est le seul chiffre qui continue de baisser. Cette diminution est toujours particulièrement marquée dans les maisons de repos et de soins où ils ont diminué de 30%."

Le porte-parole a voulu mettre le doigt sur le degré d’occupation de nos hôpitaux par les patients infectés par la covid. "Depuis novembre, nous avons constaté une baisse continue de ce degré. Seulement, depuis hier, il est en légère augmentation. Actuellement, 17% des lits en soins intensifs sont occupés par des patients covid. A cette période de l’année, nous avons normalement 1450 lits en soins intensifs. Or ces dernières semaines, ce chiffre fluctue à 1700."


Graphique à l'appui, Yves Van Laethem a voulu démontrer que la Covid-19 a fortement empiété sur les soins intensifs. "Les deux grandes vagues que nous avons connues ont été des dents profondes s'enfonçant dans ce capital de soins intensifs normal", explique-t-il. Avant d'ajouter "La période de l'été qui se trouve entre les deux grandes vagues montre qu'on était revenus à une occupation très faible des soins intensifs. Mais, actuellement, ce plateau que nous connaissons montre que l'on mord encore sur le capital normal des soins intensifs pour les autres pathologies. Il est important de se rendre compte qu'on ampute une partie de la fonction normale des soins intensifs. Même si les hôpitaux continuent à fonctionner et sont en train de rattraper le retard par rapport aux soins qui avaient été reportés, il reste encore un poids significatif. Il reste encore une situation qui doit être améliorée pour mieux assumer l'entièreté des soins classiques."

Sabine Tordeur, la responsable de projet de la Task Force vaccination a ensuite pris la parole. Elle a tenu à souligner l'importance de la vaccination. "Face au Covid, elle est la seule perspective dont nous disposons", a-t-elle commencé. "Depuis hier, la couverture vaccinale a été atteinte dans les maisons de repos à 80%. Et de nombreux résidents ont pu retrouver une certaine normalité. Pour déjeuner ou se retrouver à l'extérieur. Il faut poursuivre pour permettre à cette partie de la population de ne pas être en danger."


Selon elle, ces vaccins soulèvent l'espoir, la crainte ou le rejet pour différentes raisons. "Les arguments des uns et des autres sont légitimes. Mais nous sommes pleinement conscients du devoir qui est le nôtre de lever les incertitudes et les doutes. Afin de transmettre un message clair: invitons les plus exposés à se faire vacciner. Et ce afin de permettre à chacun d'entre nous de retrouver une vie normale."

Ensuite, Sabine Tordeur est revenue sur les chiffrés liés à la vaccination. "Depuis ce week-end, nous avons passé le cap des 400.000 premières doses administrées. Soit plus de 4% de la population adulte en Belgique. Au mois de mars, ce sont les personnes de 65 ans et plus ainsi que les patients à risques de 18 à 64 ans qui vont bénéficier de la vaccination." 


Sur ce point, elle a souhaité clarifier un point qui soulève beaucoup d'incompréhensions. "Si ce second groupe de personnes bénéficie de la vaccination plus rapidement que d'autres groupes, c'est à cause des risques encourus en cas d'infection. Pour protéger cette population comme il se doit, nous devons les identifier. Lorsque l'âge est le critère, nous envoyons une invitation. Lorsque c'est à cause d'une pathologie, ce sont les codes de diagnostics et de traitement qui sont recherchés via un algorithme fourni par les mutuelles. Grâce à tout cela, nous savons s'ils sont prioritaires ou non. Le but n'est pas de créer une banque de données sur la santé du citoyen mais bien d'établir une liste des personnes prioritaires."

Autre question qui travaille le corps médical: pourquoi les médecins généralistes ne peuvent-ils pas administrer les vaccins? La réponse est claire selon Sabine Tordeur. "Cette option n'est pas réaliste. D'une part à cause des conditions de conservation des vaccins. Mais d'autre part parce que le respect des règles liées à l'administration de ces vaccins ne pourra pas être systématiquement garanti. Par exemple, il est impossible de livrer ces vaccins en petite quantité."


Actuellement, la Belgique respecte le timing prévu initialement qui prévoit la vaccination du grand public pour le courant du mois de mai. "Au cours des semaines à venir, chaque citoyen recevra une invitation personnelle. Sur laquelle se trouve un identifiant unique. Il devra ensuite confirmer ou fixer son rendez-vous via le site internet ou un coup de téléphone. Ce sera le seul et unique moyen d'obtenir une vaccination gratuite et sûre."