Belgique

Jamais un gouvernement n'avait autant attaqué le pouvoir d'achat de la classe moyenne et des plus défavorisés, a déploré le président du PS Elio Di Rupo, à l'annonce de l'accord du gouvernement sur le contrôle budgétaire. "Après le saut d'index, après l'augmentation des impôts pour les pensionnés, après la suppression du bonus de pension, après la hausse du coût des consultations chez le médecin spécialiste, le gouvernement MR N-VA augmente un grand nombre de taxes sur la consommation", a commenté le président du PS.

Pour M. Di Rupo, "une augmentation de la TVA est profondément injuste. Proportionnellement à ses revenus, un pensionné ou un petit salarié paie plus de taxes qu'un millionnaire".

Au passage, Elio Di Rupo a qualifié de "totalement fausse" l'analyse du gouvernement selon lequel la diminution de la TVA sur l'électricité à 6% a coûté 500 millions de plus que prévu. Selon le chef de file socialiste, la mesure a coûté seulement 24 millions de plus que prévu sur deux ans, ce qui est marginal par rapport du coût de la mesure.

L'augmentation des accises sur le diesel est également une mesure inacceptable pour le PS, car de nombreuses personnes utilisent leur voiture pour aller travailler parce qu'elle n'ont pas d'autre choix.

Aux yeux du président du PS, le fait d'invoquer, dans le chef du gouvernement Michel, la santé ou l'environnement pour justifier de nouvelles taxes est trompeur car le but de ce type de taxe est de décourager les comportements nocifs et donc, à terme, de ne plus rien rapporter.

Enfin, le PS s'est réjoui que le gouvernement ait décidé d'une taxe sur la spéculation et d'une hausse du précompte mobilier. "Mais c'est bien trop faible. Si le gouvernement avait mis en place une véritable taxation des plus-values boursières et un impôt sur la fortune, il aurait pu éviter les autres taxes qui touchent durement l'ensemble des citoyens", a-t-il conclu.

Pas une révolution pour Ecolo

"Nous sommes très loin d'une réforme qui rétablisse la justice fiscale et assure la transition vers une société plus durable. Le gouvernement de Charles Michel ne fait que redonner d'une main une partie de ce qui a été pris de l'autre", ont commenté jeudi après-midi les coprésidents d'Ecolo, Zakia Khattabi et Patrick Dupriez. Pour les Verts, le gouvernement fédéral a abouti à un accord budgétaire et fiscal qui n'a rien de la révolution annoncée mais procède plutôt d'une nouvelle opération de communication, ne faisant que redonner d'une main une partie de ce qui a été pris de l'autre.

Aux yeux des écologistes, que ce soit en effet sur le plan environnemental, de justice fiscale ou de création d'emploi, cette réforme s'apparente largement à de la poudre aux yeux.

Ainsi, la hausse de la TVA sur l'électricité touchera tous les revenus indistinctement, tandis qu'aucune mesure incitative, telle qu'un soutien aux investissements dans les économies d'énergie, n'est prévue; la hausse des accises sur le diesel s'accompagne d'un désinvestissement d'ampleur de la SNCB; et le soutien envers les plus bas revenus s'accompagne d'un saut d'index et ne prévoit aucun financement alternatif pour la sécurité sociale, annonçant pour demain de nouvelles mesures douloureuses au détriment des plus fragiles.

Pour les coprésidents d'Ecolo, "le gouvernement fédéral vient de rater un rendez-vous important. L'occasion était pourtant sur la table pour mettre en oeuvre une réforme fiscale qui garantisse la justice fiscale, soutienne l'économie réelle et locale et favorise les modes de production et de consommation moins polluants et/ou moins nocifs pour la santé. Au lieu de cela, la fiscalité environnementale est dévoyée, transformée en variable d'ajustement budgétaire, alors qu'elle devait servir à orienter la société vers plus de respect de la planète et de la santé".

Le cdH dans le même sens

Le cdH a quant à lui jugé que les premières mesures confirmées par le Gouvernement MR/NV-A vont dans le sens contraire d'un retour à la confiance des ménages, des entreprises et des indépendants, et pour créer de l'emploi ne serait-ce que par la hausse à 21% de la TVA sur l'électricité, alors que le centre démocrate Humaniste "avait obtenu, de haute lutte, cette avancée majeure (ndlr: la baisse à 6%) sous la précédente législature".

Selon le cdH, cette hausse de 15% vient s'ajouter à la soumission des intercommunales à l'impôt des sociétés qui fera également grimper la facture énergétique de 3 à 4%.

"Selon les premières informations, le gouvernement poursuivra sa rage taxatoire envers les ménages avec des taxes sur les sodas, et le diesel", a ajouté le cdH pour qui les petites et moyennes entreprises attendront encore pour une réforme de l'impôt des sociétés et des intérêts notionnels qui ne semble pas à l'ordre du jour.


FGTB: "Le gouvernement s'en prend aux travailleurs, allocataires sociaux et familles"

Avec le "tax shift" le gouvernement fédéral "s'en prend une fois de plus aux travailleurs, aux allocataires sociaux et aux familles", réagit la FGTB. Pour le syndicat socialiste, ce tax shift "ne rencontre pas du tout une volonté de justice fiscale". Pour le syndicat, les 100 millions d'euros qui seront consacrés au soutien du pouvoir d'achat des bas et moyens revenus "ne compenseront nullement l'augmentation de la TVA et des accises."

La FGTB qualifie en outre de "leurre" l'introduction d'un impôt sur les plus-values à partir de 10 millions d'euros.

S'agissant de la baisse des cotisations sociales, la FGTB regrette l'absence d'obligation dans le chef des employeurs en matière de maintien ou de création d'emplois.

"Avec ce gouvernement, les travailleurs devront finir par payer pour avoir un emploi", résume Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, cité dans un communiqué. Et le secrétaire général du syndicat socialiste de laisser planer le menace d'actions syndicales en concluant que "les travailleurs n'accepteront pas de ne recevoir que des miettes et seront plus que jamais mobilisés pour s'opposer à ces mesures antisociales".

CSC: un échec social et fiscal"

"Le tax shift du gouvernement Michel est un échec social et fiscal", réagit  la CSC, dénonçant une mesure qui touche au "porte-monnaie des gens ordinaires" mais "épargne les nantis". Même si les travailleurs modestes "bénéficieront peut-être demain d'une légère augmentation de leur salaire net, en décidant d'augmenter les accises et la TVA sur l'électricité, le gouvernement récupère d'une main, et deux fois plutôt qu'une, ce qu'il donne de l'autre", déplore le syndicat chrétien dans un communiqué. "Les montants réclamés aux chômeurs, aux malades ou aux pensionnés ne cessent d'augmenter puisque la baisse de leurs impôts ne leur rapporte rien du tout", s'insurge la CSC. "De nouvelles économies sont également annoncées dans la sécurité sociale et les services publics. Une fois de plus, ces mesures pénaliseront essentiellement le citoyen lambda."

Le tax shift est "une occasion manquée" qui "profite surtout aux employeurs et aux nantis". Les premiers "obtiennent une nouvelle réduction de charges, nullement conditionnée par des créations d'emplois", tandis que les seconds "échappent une fois de plus à une contribution proportionnelle et solidaire".

"Le saut d'index sur les loyers est lui aussi subitement mis au placard. Malgré le saut d'index sur leur salaire ou leur allocation, les locataires verront donc leur loyer augmenter."

Le Mouvement ouvrier chrétien fusille l'accord

Beweging.net, le mouvement ouvrier chrétien flamand, s'est montré jeudi très critique à propos de l'accord budgétaire. "Les patrimoines s'en tirent à nouveau", a lancé le successeur de l'ACW. "Celui qui croit la parole du gouvernement et qu'un véritable glissement de la fiscalité du travail vers le patrimoine allait se produire en est pour ses frais", a regretté le président Patrick Develtere.

Selon lui, les simples citoyens paieront eux-même la hausse annoncée du pouvoir d'achat et la baisse des cotisations sociales par la hausse des accises ou de la TVA sur l'électricité.

La coupole des organisations sociales chrétiennes se demande pourquoi le gouvernement Michel a épargné les grandes fortunes, mis de côté une révision des revenus cadastraux, négligé les voitures de société ou oublié les bailleurs. "Etait-ce une question de temps, de courage? ", se demande-t-elle.

Si la diminution des cotisations sociales peut favoriser la création d'emplois, beweging.net se demande pourquoi cela n'est pas devenu une condition pour bénéficier de la mesure.

"Sans de bons accords, une partie de la diminution des charges risque de se retrouver dans le portefeuille des employeurs et des actionnaires, sans créer de nouveaux emplois", a encore dit M. Develtere.