« Habemus pactum ». Un accord cadre a été dégagé pour 2021 sur les quatre grands dossiers en discussions depuis… septembre 2020 entre partenaires sociaux. L’accord a été scellé à 5h du matin. Il concerne d’abord le salaire minimum, qui va augmenter par phases jusqu’en 2028, date à laquelle il serait de 12 euros brut de l’heure environ. Dès avril 2022, le salaire minimum sera de 1700 euros brut par mois (hausse de 76 euros brut par rapport à la situation actuelle), puis il augmentera dans le cadre des AIP suivants de 50 centimes de l’heure, soit environ 50 euros par mois environ. Il y a aura des compensations notamment gouvernementales, notamment via le bonus à l’emploi dès 2022, ce qui veut dire que le gouvernement va mettre la main à la poche sur le plan fiscal et parafiscal pour soutenir cette hausse du salaire minimum. Pour les années suivantes, ces hausses seront intégrées dans le cadre d’une réforme fiscale plus globale, qui est en gestation on le sait du côté du cabinet des Finances (Vincent Van Peteghem). "C'était important pour nous de favoriser le pouvoir d'achat, et d'avoir une trajectoire jusque 2028 qui nous amène progressivement à l'objectif de 14 euros. Si je caricature, on va augmenter de 50 euros net par mois le salaires minimum en 2022, 2024, 2026. En 2028, cela reste à cadrer. C'est une bonne chose pour les bas salaires, vraiment. J'aurais évidemment préféré que le gouvernement ne mette pas la main à la poche ici, mais cela aidera à arriver à un niveau net décent de salaire minimum", se réjouit Thierry Bodson, président de la FGTB

Sur les heures supplémentaires, il y a un élargissement à 120 heures supplémentaires volontaires pour tous les secteurs d’activité alors que ce n’était le cas que pour les secteurs dits essentiels. L’ensemble des secteurs d’activités sera donc concerné. La mesure classique qui avait été prise par le Gouvernement Wilmès pour soutenir la relance porte lui toujours sur 180 heures supplémentaires volontaires possibles exonérées de précompte professionnel, et ce pendant deux ans, jusque juin 2023. "C'est une bonne mesure pour nous, qui va vraiment participer à la relance de notre économie", explique Pieter Timmermans, patron de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).

Autre gros dossier sur lequel les partenaires sociaux se sont entendus : l’harmonisation des pensions complémentaires entre ouvriers et employés : elle verra le jour ces prochaines années, mais par phases. Non pas d’ici à 2025 comme c’était initialement projeté mais à partir de 2030. Il a été convenu qu’une partie de la marge salariale servirait à financer cette harmonisation, et que la partie du salaire qui alimenterait les pensions complémentaires serait autant à charge des affiliés (ouvriers ou employés) que des employeurs. En revanche, sur le dossier du rendement garanti en assurances de groupe (1,75 % actuellement), il n’y a pas eu d’accord sur un soutien étatique pour la différence à charge des employeurs, quand les rendements sont plus faibles que le rendement légal. De même, il n’y a pas eu d’accord sur le travail de nuit : cela reste donc un régime particulier de 20H à 6 heures du matin, alors que le patronat souhaitait restreindre la plage horaire de minuit à 5 heures du matin.

Dernier volet de l’accord : les prépensions. Elles resteront à 60 ans comme cela était prévu dans l’accord cadre, alors que les syndicats demandaient une baisse à 58 ans. Les employés plus âgés pourront aussi prétendre à des emplois de fin de carrière : une forme de crédit-temps (mi-temps ou quatre cinquièmes) pour rester employé plus longtemps. Ce qui sera possible dès 55 ans. "Je suis particulièrement content pour ce point", ajoute Thierry Bodson (FGTB). Enfin, une clause de paix sociale est prévue dans l’accord cadre.

La suite des événements ? Les partenaires sociaux vont peut-être présenter cet après-midi, ou ce soir, l’accord au Premier ministre. "Il faut qu'il lisent la note et puis on verra. Il fait également que chaque partie consulte ses bases, ses instances ", glisse Pierre-Frédéric Nyst, président de l'Union des Classes moyennes (UCM).L'accord fera évidemment l’objet de discussions en interne au niveau gouvernemental ensuite. Et puis la Vivaldi avalisera – avec quelques modifications à la marge ? - en principe l’accord au forceps obtenu par les partenaires sociaux. La concertation sociale, ce mardi matin 6h00, revit...

Le ministre Dermagne salue le relèvement du salaire minimum

Le ministre fédéral du Travail, Pierre-Yves Dermagne, a salué mardi matin qu'un accord soit tombé pendant la nuit entre les partenaires sociaux sur plusieurs dossiers sensibles. Le ministre socialiste s'est particulièrement réjoui de l'augmentation des salaires les plus bas, "un combat devenu impératif, vital", s'exprime-t-il dans un communiqué.

Pierre-Yves Dermagne a souligné dans un communiqué qu'environ "70.000 personnes travaillent tous les jours pour moins de 10 euros de l'heure. Dans une société aussi prospère que la nôtre, cette situation est inacceptable. Elle traduit un manque de respect pour ces travailleurs et a des conséquences sociales révoltantes".

Selon le ministre, les socialistes ont réclamé que l'augmentation des bas salaires fasse partie de l'accord interprofessionnel. "Nous avons indiqué clairement que les salaires des dirigeants des grandes entreprises ne pouvaient pas augmenter sans limite alors que ceux de ces travailleurs resteraient bloqués au niveau de 2008", assure-t-il dans le communiqué.