Les barrages routiers étaient progressivement levés en Wallonie mercredi en fin d'après-midi après l'annonce par le ministre de l'Intérieur Jan Jambon de l'ordre donné à la police fédérale de mettre fin à ceux-ci, à l'issue d'une réunion au Centre de crise du SPF Intérieur avec les gouverneurs des provinces wallonnes. C'est notamment le cas sur l'E411 à hauteur de Habay-la-Neuve, près d'Arlon, ou sur l'E19 à la frontière franco-belge. Le port pétrolier de Wandre (Liège) a également été libéré mercredi en fin d'après-midi. Ces barrages avaient été installés par les chauffeurs de poids lourds pour protester contre le prélèvement kilométrique.

La phase fédérale de gestion de crise a été activée mercredi. Elle permet de coordonner l'action au niveau fédéral, à la demande des gouverneurs de provinces.

Depuis 16h00, les policiers peuvent donner injonction aux conducteurs qui bloquent les autoroutes de quitter les lieux. L'action sera étendue aux autres routes dans un second temps si nécessaire.

Si les camionneurs n'obtempèrent pas, des PV seront rédigés et ils pourront subir un retrait de permis de 15 jours. Les agents pourront également faire dépanner les camions aux frais de leurs chauffeurs, voire effectuer une saisie administrative des véhicules "le temps nécessaire pour le retour de l'ordre public", selon la police fédérale.

Le barrage mis en place sur l'E411 à hauteur de Habay-la-Neuve, près d'Arlon, a notamment été levé, de même que ceux mis en place au niveau de l'échangeur E25/N4 près de Bastogne et au niveau du zoning Aldi, selon la zone de police Centre-Ardenne. "Les meneurs du barrage ont été informés de la situation, que s'ils n'obtempéraient pas, des actions plus rudes seraient menées", confie ainsi un commissaire de cette zone. La situation se rétablit lentement et avec la plus grande prudence, vu le grand nombre de véhicules impliqués. La police signale également une arrestation administrative, celle d'un chauffeur qui a voulu forcer un barrage, avant de revenir à la raison.

Dans le Hainaut, les camions qui bloquaient l'E19 à hauteur de la frontière franco-belge reprennent peu à peu la route, de même que ceux qui se trouvaient sur la N552, près de Dour, et sur l'E42 à hauteur de Froyennes.




Le blocage sur l'autoroute E42 à hauteur de l'échangeur de Froyennes a été levé aux alentours de 17h. Sur place, un important dispositif policier s'est présenté face aux camionneurs. Ces derniers ont rapidement accepté de quitter les lieux, sous peine d'être arrêtés administrativement, sur le champs.

En province de Liège, le barrage de Sclessin a lui aussi été levé. Le port pétrolier de Wandre a, de son côté, été libéré en fin d'après-midi après qu'un juge du tribunal de première instance de Liège eut ordonné une astreinte de 5.000 euros par heure et par chauffeur si les camionneurs n'en quittaient pas l'entrée, à la suite d'une demande de Total.

Une ordonnance semblable a été obtenue pour la raffinerie de Feluy (Hainaut) mais n'a pas (encore) dû être appliquée, un accord ayant été trouvé avec les camionneurs pour sortir un certain nombre de camions par heure. La raffinerie devrait toutefois être libérée également à la suite de l'ordre donné à la police de lever l'ensemble des barrages.

Selon le site inforoutes.be de la police fédérale, des barrages filtrants persistaient cependant encore à 18h30 dans plusieurs provinces wallonnes. C'est notamment le cas au rond-point N65-N684 à Villers-le-Bouillet (province de Liège); sur le R24 à hauteur de la rue de l'industrie, rendant impossible l'accès vers le zoning de Nivelles-Sud (Brabant wallon); et sur les N4 et N63 à Marche (province de Luxembourg).

De nombreux barrages sont toujours à déplorer en province de Hainaut: aux accès et sorties n°26 "DOUR" sur la A7/E19, sur la N53 à Beaumont, sur la N59 accès au Zoning de Feluy (raffinerie) et au rond-point de Lobbes, et sur la N40 au rond-point d'Erquelinnes. Enfin, en province de Namur, des camions obstruent toujours le passage sur la N97 à hauteur de Onhaye, au carrefour N97 et N40 à hauteur de Philippeville et sur la N5 au Bruly vers la France.

Les barrages de Marche et de la N89 levés

Les barrages dressés à Marche et au carrefour de la N89/N83 près de la frontière française ont été levés mercredi en fin d'après-midi, confirment les zones de police concernées. "En négociant, nous sommes parvenus à faire lever le barrage au carrefour de la N89/route de Florenville", explique le chef de corps de la police Semois-et-Lesse, Vincent Léonard.

A la suite de l'ouverture des différents barrages à travers le pays, plus de 800 camions se sont agglutinés en amont du barrage, rapporte la police. Les barrages encerclant Marche, sur la N63, la N4 et au niveau du rond-point du WEX, ont également été levés en fin d'après-midi.

La circulation reprend doucement son cours, signale de son côté la police de la zone Famenne-Ardenne.

Le gouverneur du Hainaut annonce la fin des barrages

Alors que la situation des blocages s'atténuait petit à petit, le gouverneur du Hainaut Tommy Leclercq a annoncé via Facebook la fin des opérations en Hainaut, où 4 lieux stratégiques de blocage des transporteurs ont été ciblés.

"Comme annoncé, nous sommes intervenus fermement mercredi vers 16 heures et les barrages routiers n'en sont plus", a indiqué Tommy Leclercq. "Quatre lieux ont été ciblés: le zoning de Orcq à Tournai, l'A8 au niveau de Froyennes, soit 180 camions à l'arrêt depuis 72 heures, l'aéroport de Bruxelles-Sud/Charleroi et le zoning de Feluy."

"Je ne pouvais accepter, alors que je suis investi de l'attractivité du territoire et du maintien de l'ordre en Hainaut, qu'une poignée de personnes non mandatées paralysent les outils les plus importants de la région en termes d'économie, d'emploi et de vitalité."

Tommy Leclercq a précisé par ailleurs vers 19 heures que des effectifs étaient envoyés vers Erquelinnes et Ghislenghien pour finaliser l'opération.

Le Centre Perex annonçait quant à lui que des barrages filtrants existaient toujours, peu avant 20 heures, sur la N53 à Beaumont et sur la N59 au rond-point de Lobbes.

"Nous continuerons notre combat pour rester juste, pas comme nos ministres"

La levée des barrages par la police, accompagnée d'huissiers, se passe dans le calme, indique Julien Beauvois, l'un des camionneurs qui ont manifesté contre l'entrée en vigueur du prélèvement kilométrique. "Mais il ne faut rien lâcher, nous allons continuer notre combat tant que nous n'avons pas une décision favorable pour rester droit et juste, contrairement à nos ministres." Julien Beauvois affirme que les camionneurs mécontents cherchent actuellement "un plan B" pour continuer à manifester contre le prélèvement kilométrique. "Nous demandons premièrement un report mais aussi une diminution de 50% de la taxe. Je ne sais pas qui a calculé ça mais il a dû se tromper, il a dû faire 'fois' au lieu de faire 'plus', ce n'est pas possible!", explique le chauffeur, bien qu'il admette qu'il est "normal de payer pour les autoroutes".

Le chauffeur ajoute que les manifestants veulent de véritables routes alternatives. Il pointe en particulier les nationales. "Selon le ministre Prévot (ministre wallon des Travaux publics, ndlr), cela aurait des mauvaises répercussions sur l'économie. On nous dit aussi que ça va embêter les bourgmestres et les habitants. Mais nous, on parle de véritables nationales, pas des petites routes de village qui passent près des écoles. Mais ça, le ministre ne veut pas l'entendre. Il pense qu'il a raison et on ne peut rien dire. Nous, nous sommes des professionnels du métier. Lui ne connaît rien du métier mais c'est lui qui décide", constate, très remonté, Julien Beauvois.

Pas d'accord après les pistes proposées par le gouvernement wallon aux petits indépendants

La réunion de concertation portant sur la redevance kilométrique en vigueur depuis vendredi dernier et réunissant une délégation de petits transporteurs routiers et les ministres wallons du Budget et des Travaux publics, Christophe Lacroix et Maxime Prévot, n'a pas abouti à un accord malgré les pistes additionnelles proposées par le gouvernement wallon pour soutenir les petits indépendants du secteur du transport. Les deux ministres ont d'emblée rappelé la volonté du gouvernement de maintenir le système de redevance kilométrique dans sa forme actuelle avant de proposer des "mesures additionnelles en réponse aux demandes formulées vendredi dernier, visant, avec l'aide du ministre de l'Economie Jean-Claude Marcourt, à aider les petits transporteurs à mieux faire face aux difficultés que représente ce prélèvement pour eux".

Ces aides financières s'ajoutent aux 23 millions d'euros déjà dégagés pour mettre en œuvre des mesures d'accompagnement pour les conducteurs.

Parmi celles-ci, le gouvernement wallon propose de faciliter l'accès aux crédits pour les petits transporteurs mais également des interventions financières à destination des entreprises temporairement en difficulté.

Il précise en outre que des propositions sont actuellement analysées avec le ministre de l'Economie pour permettre de faciliter l'octroi d'avances et de garanties via des outils publics wallons, la déduction fiscale demandant au préalable une avance de trésorerie parfois manquante dans les caisses des petites entreprises.

Les ministres concernés déplorent l'absence de consensus et appellent à un retour au calme sur les routes wallonnes.

"Il n'y a pas de nouvelle concertation prévue et nous leur avons proposé de se revoir dans le cadre du comité d'accompagnement (dans lequel figurent déjà, et cela depuis le début des négociations, l'UPTR, Febetra et l'UWE) qui aura lieu la semaine prochaine. Nous espérions trouver un arrangement... Ces transporteurs espéraient un abandon mais il s'agit d'une nouvelle redevance mise en place dans les trois régions qui va rapporter 300 millions d'euros à la Wallonie pour financer les routes", a souligné M. Lacroix qui rappelle que 88% des kilomètres parcourus en Wallonie le sont par des camions immatriculés en dehors de notre Région.

La réunion s'est tenue au cabinet du ministre à Namur, alors que les transporteurs routiers maintenaient encore plusieurs barrages en Wallonie, au point de menacer certains pans de l'économie, comme la grande distribution et les stations-service.

Les petits transporteurs souhaitent le report d'un mois de la facturation de la taxe au kilomètre entrée en vigueur le 1er avril et que les routes nationales soient retirées du réseau soumis à péage depuis cette date.

"Ces quelques transporteurs n'ont pas de mandat et ne représentent qu'eux-mêmes. Ils empêchent de plus certains autres transporteurs de travailler", a conclu Christophe Lacroix.

Le MR "orchestre le blocage de la Wallonie" et "veut faire la loi dans la rue" (cdH et PS)

Les partis de la majorité au Parlement wallon se dressent contre les appels (rapportés par la chaîne Notélé) du député Jean-Luc Croucke (MR) à un chauffeur "d'aller au finish" dans son combat contre la redevance kilométrique. Le parti socialiste regrette que le MR veuille "faire la loi dans la rue" tandis que le cdH estime que le parti réformateur, "conspirant dans l'ombre, orchestre le blocage en Wallonie", ont-ils indiqué dans deux communiqués distincts. "Le MR joue aux pyromanes en poussant les transporteurs à continuer de bloquer le réseau routier", dénonce le PS, précisant au passage que le député libéral avait souligné que "ce n'est pas dans la rue que l'on fait la loi" à la suite des grèves qui ont paralysé le réseau autoroutier il y a quelques mois.

Pour le groupe PS, "ce n'est donc pas le moment d'aggraver la situation. Il faut laisser plutôt une chance à la concertation en cours. Ce que nous attendons de la part de chacun des responsables politiques, c'est de prendre en compte l'intérêt du plus grand nombre et non de quelques individualités ou plutôt de quelques intérêts partisans et électoralistes."

Le cdH souligne pour sa part l'écœurement provoqué par l'attitude libérale, que le chef du groupe au Parlement wallon, Dimitri Fourny, juge "irresponsable et scandaleuse".

"En plus d'être lâche sur la forme, une telle attitude est hypocrite sur le fond. Le MR, qui ne cesse de réclamer des moyens pour améliorer l'état des routes en Wallonie, est donc le premier à inciter à la révolte routière lorsque ces moyens sont mobilisés par les trois Régions du pays", martèle le parti humaniste.