Il y a dix jours, l'inspection du travail et la police d'Anvers sont tombés sur une scène surprenante. Dans une boucherie, trois femmes réfugiées ukrainiennes travaillaient à l'étage de l'établissement. Elles étaient cachées, en haut d'un escalier derrière une porte verrouillée, selon les inspecteurs. Nos confrères du Morgen indiquent que deux de ces femmes travailleraient pour un salaire de sept euros de l'heure. Leur tâche serait de couper des fruits et légumes.

Si le chef de l'établissement prétend agir de manière humanitaire, pour l'inspection il s'agit d'une violation grave. Ces femmes n'étant pas enregistrées à l'Office national de sécurité sociale et n'avaient aucun permis de travail. On bascule alors dans de la "traite d'êtres humains et d'exploitation économique". Si les faits reprochés aboutissent, le gérant risque une amende et une peine de prison.

Pas un cas isolé

On découvre au fil des jours des situations similaires voire plus interpellantes encore. Le centre Payoke, centre pour les victimes de la traite des êtres humains, a notamment été contacté par une Ukrainienne qui avait reçu une proposition d'hébergement indécente. "Elle était autorisée à rester avec un homme à condition qu'elle fournisse des services sexuels", explique le directeur du centre, Klaus Vanhoutte. Le nom et l'adresse de l'homme ont ensuite été donnés à la police du nord du pays.

Cette situation mouvementée aux frontières est propice pour le business des passeurs de clandestins. Selon Klaus Vanhoutte, les réfugiés ont du mal à refuser certaines offres compte tenu de leur situation compliquée. "Vous êtes là, en tant que femme, avec vos enfants dans les mains, vous n'avez pas dormi depuis quatre nuits et vous espérez vous en sortir. Tout ce que vous voulez, c'est du repos, de la sécurité et de la nourriture. Toutes les offres en Belgique sont alors tentantes. Surtout si quelqu'un vous promet de vous transporter immédiatement en Belgique pour 1 000 euros et de vous garantir un emploi et un logement."

Et pour les réfugiés qui peuvent gagner trois à quatre fois plus en Belgique que dans leur pays d'origine, le choix ne paraît pas en leur défaveur. "Souvent, elles ne se considèrent pas comme des victimes, mais selon les normes belges, c'est bien sûr de l'exploitation. Essayez simplement de survivre avec quelques enfants sur un salaire de 600 euros. De cette façon, ces personnes se retrouvent à nouveau dans une situation vulnérable", explique-t-il.

Selon le Morgen, de nombreux réfugiés sont arrivés de cette manière en Belgique. Certains ont rapidement payé afin de s'assurer une place sécurisée. "Vous devez comprendre le désespoir de ces gens. À une telle frontière, il y a peut-être 100 000 personnes qui essaient toutes de s'enfuir", explique le directeur du centre Payoke. Ces trafics d'humains existent déjà notamment à la frontière roumaine où les femmes ukrainiennes sont contraintes de se prostituer.

Sur ordre du ministère de la Justice, une task force a été mise en place pour lutter contre l'exploitation. Dès ce vendredi, elle sensibilisera les réfugiés en russe et en ukrainien, notamment via les réseaux sociaux. Les réfugiés seront informés de leurs droits et des endroits où ils peuvent obtenir de l'aide s'ils soupçonnent qu'ils sont exploités.