Belgique

Mais se comparer avec les membres de son entourage peut parfois induire en erreur.

En Belgique, la pauvreté touche près de 15 % de la population. Un chiffre élevé mais bien inférieur à ce qu’on appelle la "pauvreté subjective", un sentiment développé par tous ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. Selon l’étude européenne sur les revenus et les conditions de vie (SILC) de 2015, 20 % des Belges partagent ce ressenti. Ce qui veut dire que 5 % d’entre nous estiment qu’ils sont pauvres, alors qu’ils ne le sont pas…

Une situation étonnante mais qui peut s’expliquer par divers facteurs. "Le seuil de pauvreté est situé à plus ou moins 1.000 euros par mois. Mais bon nombre de gens sont tout juste au-dessus; ils gagnent peut-être 1.050 ou 1.100 euros mensuels… Ils ont du mal à payer leurs factures et pourtant, ils ne rentrent pas dans les statistiques", explique Marie-Thérèse Casman, sociologue spécialiste de la pauvreté à l’ULg.

Mais attention, tous ceux qui ne rentrent pas dans les statistiques ne sont pas dans cette situation. Se sentir pauvre, cela dépend finalement de ce que chacun recherche. "Il existe aussi un processus de comparaison avec les personnes de notre entourage. Si nous ne sommes pas capables de nous offrir la même chose qu’eux (comme une semaine de vacances ou une belle télévision, par exemple NdlR), on peut avoir tendance à se sentir pauvre, alors que, dans les faits, ce n’est pas le cas…", poursuit Mme Casman.

Elle ajoute : "Néanmoins, beaucoup d’entre eux sont très près de leurs sous et font attention à chaque dépense. Le problème, c’est qu’ils sont incapables de faire face à un imprévu. Mais la vie est faite d’imprévus ! Une machine à laver qui tombe en panne, une visite chez le dentiste inattendue…"

Une donnée importante qui entre d’ailleurs dans les critères pour définir la pauvreté. Elle ne concerne pas moins d’un Belge sur cinq; beaucoup plus donc que les 15 % effectivement sous le seuil de pauvreté…

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La pauvreté des femmes est largement sous-estimée

Selon les derniers indicateurs européens en la matière, les femmes sont plus touchées que les hommes par la pauvreté. Elles sont en effet 15,6 % sous le seuil de pauvreté contre 14,1 % des hommes. "Mais ce chiffre est largement sous-estimé", estime François Ghesquière, chercheur à l’Institut wallon de l’évaluation de la prospective et de la statistique (Iweps). "Les statistiques se basent en effet souvent sur les revenus des ménages. On estime alors qu’il y a partage total des revenus, alors que les femmes gagnent généralement moins que leur mari. Mais ce modèle est ancien et de moins en moins adopté par les couples de la nouvelle génération. Si on prenait les hommes et les femmes individuellement, il y aurait de facto une explosion de l’écart entre les genres. Selon les études, elle pourrait même atteindre 10 % (au lieu des 1,5 % actuels NdlR)."

Cette pauvreté plus importante des femmes est la conséquence d’une moins bonne intégration sur le marché du travail. "La maternité a toujours handicapé les femmes au niveau professionnel. Elle les force souvent à choisir des emplois à temps partiel ou moins stables pour pouvoir s’occuper de leur(s) enfant(s). Et cela se ressent sur leur salaire à long terme", conclut M. Ghesquière.

Le seuil de pauvreté : 1.083 € / mois

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Si la pauvreté peut avoir des conséquences à tous les niveaux pour ceux qu’elle touche, sa définition reste basée quasi uniquement sur les revenus.

En Belgique, le seuil de pauvreté est de 12.993 euros par an pour une personne isolée (soit un tout petit peu plus que 1.000 euros nets par mois), et 27.285 € pour un ménage composé de deux adultes et de deux enfants. En tenant compte de cette somme, les autorités estiment que près de 15 % des Belges sont pauvres. Un chiffre interpellant par son importance, et qui n’a pas eu tendance à se résorber ces dernières années, que du contraire. Le pic a été atteint en 2014, avec 15,5 % de la population. À titre de comparaison, il était de 14,3 % en 2004, soit quelques années avant la crise économique.

Plus grave encore , selon le SPF Économie (qui publie l’enquête européenne annuelle sur les revenus et les conditions de vie), les Belges seraient ultradépendants des aides sociales pour survivre. On estime ainsi que 43,3 % de la population est sous le seuil de pauvreté après déduction des transferts sociaux (allocations…).

Conséquence directe de ces chiffres affolants, la privation matérielle sévère est en plein boom dans notre pays. Toujours selon la même enquête, en 2015, 5,8 % des Belges sont incapables de payer leur loyer, faire face à une dépense imprévue, de manger du poisson ou de la viande tous les jours, partir en vacances au moins une semaine par an en dehors de chez soi…

Pour faire face à cette situation, le gouvernement wallon a présenté en septembre dernier un plan de 50 mesures visant à lutter contre la pauvreté au Sud de pays. Reste à voir quels en seront les résultats à court et à long terme.