BRUXELLES Trente-six ans de vie parlementaire. Premier ministre. Ministre de la Défense. Président de parti. C'est une véritable ascension à l'américaine qu'aura connue celui qui, lorsqu'il naît à Forest le 22 mai 1919, est le fils unique d'une gouvernante et d'un boucher installé rue du Pont de Luttre, à Forest.

Fils d'un contremaître à l'arsenal SNCB de Malines engagé syndicalement, son père Henri lui inculquera un grand principe de vie: celui du travail qui permet aux modestes de transcender les catégories sociales.

Il le lui démontrera en faisant de la petite boucherie familiale une entreprise qui, aujourd'hui encore, a acquis un rayonnement au-delà des frontières. Un destin sur lequel son fils Paul pèsera beaucoup.

Accent flamand

De la nurse parisienne engagée par ses parents comme jeune fille au pair, Paul Vanden Boeynants va hériter très jeune la parfaite maîtrise du français. Mais pas pour longtemps. Car son départ pour Malines, où on l'inscrit dans une école et l'y fait vivre en partie chez la soeur de sa mère, le flamandise. A tel point que, lorsqu'il arrive en primaire au collège bruxellois St-Michel, il subit les moqueries de ses camarades.

Ses parents croyaient alors sa voie toute tracée: les gréco-latines au collège lui ouvriraient forcément les portes de l'université, gage d'une carrière prestigieuse. Elle le sera, mais sans passer par l'école suprême.

`Je n'avais qu'une envie, celle d'entrer dans la boucherie´, se justifiera plus tard l'homme à la pipe. Selon deux confrères qui lui ont consacré un ouvrage voici quelques années (*), il quittera même le collège en 1934, en quatrième humanités, sans obtenir son diplôme de moyennes, et après avoir bifurqué des gréco-latines vers les modernes.

Une péripétie qui, rétrospectivement, ne donne finalement que plus de panache à sa réussite.

Séducteur, meneur d'hommes et sportif, VDB commence son travail à la boucherie comme livreur à vélo. Bien vite, la boucherie familiale lui paraît trop petite. Et le hasard fait le reste.

Après un stage à la grande moutonnerie Roekens, il tombe, par hasard, sur une petite annonce. Il se présente, et est engagé à Louvain pour remplacer au pied levé un boucher victime d'un accident. Pendant quatre mois, il va diriger une entreprise moderne comme il en rêve. VDB a alors 18 ans.

Le 31 mars 1938, il est appelé sous les drapeaux. Affecté au 2e Lanciers à Spa, il échange rapidement son affectation avec celle d'un appelé flamand, ce qui lui permet d'être caserné au Petit-Château.

Capturé par l'ennemi et déporté en Prusse orientale, il devra à son parfait bilinguisme d'échapper au travail des champs. C'est la distribution des colis et de la nourriture qui lui sera confiée au Stalag 1A.

Promu interprète du chef de l'hôpital du camp, il se targuera, plus tard, d'avoir permis à 127 jeunes prisonniers belges de rentrer chez eux grâce à de faux certificats médicaux. Lui-même rentrera au pays en janvier 1941.

Inscrit à l'Ecole professionnelle d'Anvers, section boucherie, il sortira avec la plus grande distinction et les félicitations du jury.

Le 15 décembre 1942, à 23 ans et demi, il se marie avec Lucienne Deurinck, fille d'un boucher flamand. Ils auront trois enfants: Anne, née en 44, Monique, née en 46, et Christian, né en 1950. C'est lui qui, aujourd'hui, a repris le flambeau à la tête de l'entreprise familiale.

Avant de s'engager peu à peu sur le chemin politique, Paul Vanden Boeynants achèvera de se faire un nom, dans le secteur boucher. Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'il fasse partie des fondateurs de l'Ecole de bouchers d'Anderlecht, destinée à casser le monopole de celle d'Anvers. Déjà ce goût des combats

(*) Sur la piste du Crocodile,éditions La Longue Vue.