Invité ce jeudi matin sur La Première, le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke s'est montré optimiste concernant la vaccination, évoquant un coup de "boost" dans la campagne. La bonne nouvelle émanait selon lui tout d'abord du fait que le vaccin AstraZeneca allait pouvoir être délivré à toute la population, ce compris les plus de 55 ans. Ensuite, le ministre a indiqué que la période entre deux injections du vaccin Pfizer allait pouvoir être allongée de 21 à 35 jours. Ce qui devrait permettre de libérer plus rapidement le stock tampon et donc vacciner plus de personnes.

Ce jeudi matin, la presse belge est revenue plus largement sur cette campagne de vaccination et ses nombreux rebondissements.

La Dernière Heure, sans trop s'attarder sur cette évolution dans une campagne de vaccination pour le moins désorganisée jusqu'ici, tente de regarder le tableau de plus loin, et se montre assez fataliste, affirmant que la vaccination n'éliminera sans doute pas totalement le coronavirus, mais nous permettra de (mieux) vivre avec. "Le Covid a quelque chose de diabolique qui le rapproche de ces monstres de fiction, comme Alien ou Terminator, que l’on croit vaincus et qui réapparaissent à la séquence suivante", pointe le journal qui évoque toutefois un espoir mythologique: "On peut comparer le coronavirus à l’hydre de Lerne, ce monstre à neuf têtes qui repoussaient aussitôt qu’on les tranchait. Les optimistes se souviendront malgré tout qu’Hercule avait fini par vaincre l’hydre!"

La Libre Belgique, dans son édito du jour, pointe elle les manquements du pays dans sa gestion de la vaccination qui "a été, jusqu’à présent, prudentissime mais surtout floue, poussive, inefficace. En un mot : un échec". Délai trop court entre les injections, couacs dans les invitations, non recours aux médecins généralistes et centres à présent pris d'assaut, La Libre rappelle les différents problèmes et pointent du doigt les experts, "intouchables et qui continuent de s’arc-bouter sur leurs convictions initiales". Le journal conclut son édito sur l'extrême urgence de la situation: "La prudence est nécessaire. La patience aussi. Mais aujourd’hui, c’est à l’urgence qu’il faut répondre."

De son côté, le Soir souligne que "les couacs à répétition qui émaillent la campagne de vaccination doivent nous ramener à davantage d'humilité". Le journal ajoute que si "l'OCDE a beau classer le système de santé belge parmi les meilleurs du monde, la régionalisation de la vaccination montre ici ses limites. La Wallonie, la Flandre et Bruxelles ont adopté des rythmes et des modalités à venir. C'est un casse-tête". Selon l'éditorialiste, "les Belges sont pourtant en principe égaux devant la santé" et "la vaccination à la belge mérite mieux qu'un sparadrap"

Les éditions de Sudpresse évoquent pour leur part "la succession de nouvelles contradictoires qui font parfois perdre pied" ces derniers temps. D'un risque de troisième vague aux nouvelles soi-disant plus rassurantes concernant la vaccination, le média refuse de s'emballer: "Attention, des rayons de soleil aux éclairs de l’orage, il n’y a parfois qu’un tour d’horloge. La vaccination souffre toujours de ses errances organisationnelles". Et Sudpresse d'illustrer son propos avec ce qu'il s'est passé ce mercredi devant le centre du Heysel et sa file interminable de gens attendant d'être vaccinés. "Nos autorités ont toujours tout à prouver", conclut le média.

"La prochaine fois que les politiciens appelleront à un peu plus de persévérance, encore plus de gens éteindront la télévision et la radio"

En Flandre, la presse relaie également les dernières nouveautés concernant la vaccination mais seul un média y consacre réellement son édito du jour. Le Nieuwsblad relativise ainsi l'engouement des autorités par rapport à cette accélération dans la vaccination. "Restons sérieux", pointe le journal, qui refuse de parler d'une accélération et voit plutôt cela comme un "retard à rattraper". 

Le média pointe du doigt le fait que la Belgique, à l'inverse de bon nombre de pays, refuse toujours d'allonger la période entre deux injections "par crainte des éventuelles conséquences juridiques et financières des contrats à un milliard de dollars". (NDLR: Frank Vandenbroucke a toutefois assuré ce jeudi matin que la Belgique allait finalement changer sa méthode et également étendre cette période). 

Nos confrères flamands concluent alors: "La prochaine fois que les politiciens appelleront à un peu plus de persévérance, encore plus de gens éteindront la télévision et la radio. Parce qu'ils en ont assez de faire des sacrifices. Parce que l'administration ne fait pas preuve de courage et d'audace pour libérer tout le monde des tranchées au plus vite".