Un enlèvement qui a tenu le pays en haleine

Belgique

Jo. M., P. D. V. et Ch. C.

Publié le

Nombreux hommages de ses pairs

BRUXELLES Ses anciens collègues ont été nombreux à rendre hommage à M. Vanden Boeynants.

Joëlle Milquet, présidente du PSC: `Paul Vanden Boeynants a fait partie d'une période importante de l'histoire du pays. C'était un homme politique d'envergure, qui a beaucoup compté et qui a su, malgré son ascension, garder un langage politique très clair, très proche des gens. J'en garderai l'image d'un homme truculent, détonant, attachant aussi, et doté d'un redoutable sens de l'efficacité.´

Charles-Ferdinand Nothomb, ancien président du PSC: `Sa disparition me rend très triste. C'était un homme très franc, très direct, très facile d'accès. Je l'ai très bien connu dans les années 70, lorsqu'il a été au gouvernement, et moi président du PSC. Il m'invitait chez lui à 7 heures du matin. Il avait déjà réglé les affaires de sa société. Nous jouions alors au tennis trois quarts d'heure, puis, après une bonne douche, nous discutions des affaires de l'Etat autour d'un copieux petit déjeuner, après quoi il partait travailler à son cabinet. C'était un grand sportif, un adversaire redoutable et je crois que Bruxelles a vraiment été privé d'un grand bourgmestre.´

Philippe Maystadt, ancien président du PSC: `Pas de commentaire´, fait savoir sa secrétaire.

Jacques Simonet, président du PRL bruxellois: `Son décès, que j'apprends avec tristesse, marque la disparition d'un des crocodiles de la vie politique belge et bruxelloise. Tout au long de sa carrière, Bruxelles n'a jamais cessé d'être au coeur de ses préoccupations. Un engagement indéfectible auquel je souhaite rendre hommage.´

Daniel Ducarme, président du PRL: `Je rends hommage à la mémoire de celui qui est sans conteste un des hommes qui a marqué la vie politique nationale de notre pays dans les quarante dernières années. Les libéraux gardent un souvenir fort du gouvernement Vanden Boeynants-De Clerck qui engagea dans les années 60 une politique fiscale, industrielle et de déploiement de la petite et moyenne entreprise utile à l'évolution de notre économie.´

Guy Verhofstadt (Premier ministre, VLD): `Paul Vanden Boeynants a joué de plusieurs manières un rôle important dans la politique belge. (...) Il a marqué de son empreinte la politique belge au cours du troisième quart du vingtième siècle (...). Il est toujours resté fidèle à ses principes et a servi son pays et la démocratie politique. Son souvenir restera gravé dans la mémoire de nombreuses personnes en tant que pionnier de la génération qui a reconstruit le pays et la politique de l'après-guerre.´

François-Xavier de Donnea (ministre-président de la Région bruxelloise, PRL): `Bien qu'il fût, pour moi, un adversaire politique, je m'incline devant l'être humain. Je ne partageais pas la vision qu'il avait de la politique, ni sa façon de faire, mais il faut reconnaître que c'était un homme chaleureux et charismatique. Et même si j'ai toujours cru bon combattre ses idées, il a eu une grande influence sur la scène politique. Je l'ai un peu suivi à la trace, d'ailleurs, car, à des années d'intervalle, j'ai été, tout comme lui, ministre de la Défense, ministre bruxellois et président de la Foire internationale de Bruxelles. Je connaissais ainsi ses qualités et... ses défauts! Et je présente toutes mes condoléances à la famille.´

Le calvaire vécu chez Haemers

Les photos que VDB n'a jamais voulu montrer

BRUYXELLES VDB, c'est aussi cet enlèvement par Haemers. Enlèvement auquel personne ne veut vraiment croire, ce 13 janvier 1989, quand sa famille alerte la police de Bruxelles: VDB a disparu. Et l'on retrouve, dans son garage, son loden déchiré, l'appareil accoustique et sa pipe. L'inquiétude dure un mois. Un mois durant lequel tout le monde finit par se persuader que VDB a été assassiné. Un confrère annonce même que pour forcer la famille à payer la rançon, les ravisseurs lui ont fait parvenir, par courrier, un lobe de l'oreille. Puis la rançon 63 millions négociés sous à sous sont versés en Suisse par son ami Pierre Jonnart, VDB relâché vivant. Fameuse conférence de presse. Une phrase fait fortune: Qui m'a enlevé? Puis la vérité. Le rapt n'était pas politique mais purement crapuleux. En cause: Patrick Haemers (mort depuis), Philippe Lacroix, Axel Zeyen, Basri Bajrami...

Des professionnels qui avaient poussé le détail jusqu'à se renseigner sur le tabac préféré de leur otage.

VDB, quand nous l'avons rencontré, était très clair. Des séquelles, il n'en avait gardé aucune. Sauf quand il revoyait à la télé des scènes montrant un homme enchaîné: il zappait. Les ravisseurs, il leur avait pardonné mais sans avoir oublié. `Leur business, c'était l'argent. Ils n'ont pas eu la chance de tomber sur moi qui ai passé ma vie à négocier. On est arrivé à un accord. J'ai fait verser l'argent, ils ont respecté l'accord et m'ont libéré vivant. Ils auraient pu m'abattre: je n'aurais été qu'un cadavre de plus. Ils ne l'ont pas fait. Ils ont été réglos.´

Des 63 millions, seuls 5 ont été récupérés. Jamais les 58 manquants.

On n'a jamais su que la justice lui avait remis que tout récemment après dix ans la pipe que Haemers lui avait offerte ainsi d'ailleurs que le fameux loden déchiré et des morceaux d'ouate dont le Grand Blond s'était servi pour l'aveugler.

Le parquet lui avait remis aussi cinq ou six photos prises par Haemers: VDB n'a jamais accepté d'autoriser leur publication. Question de dignité, disait-il. Des Polaroïds.Mais il nous les avait montrés. On le voyait, pitoyable, dans un décor de draps blancs, assis sur un lit, jambes nues, aveuglé par une sorte de bonnet noir, en tout cas menotté, vêtu d'un slip et d'une chemise rayée verte et bleue. `Je me souviens de ces 30 jours, dès la première minute, comme si c'était hier...´

VDB n'avait pas voulu revoir Le Touquet où il avait été séquestré. Il n'avait jamais revu non plus Fernand Tricot, le chauffeur de taxi qui l'avait ramené de la gare de Tournai à Bruxelles. Un homme assez âgé était monté dans le véhicule et lui avait demande de le déposer à Uccle. `Je me suis dit immédiatement que je connaissais cette voix´, racontait hier le sexagénaire tournaisien.

`Mais c'est quand il a sorti sa pipe que j'ai fait le lien. Durant le trajet, il m'a parlé de sa détention. La suite a été particulièrement pénible à vivre avec les médias et tous ceux qui m'appelaient Monsieur VDB. Puis j'ai connu plusieurs contrôles des contributions qui pensaient que j'avais touché beaucoup d'argent avec les interviews.´ Des tracas dont VDB était désolé...

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