Un homme généreux apprécié de tous

Belgique

Philippe Crêteur, E.P. et Christian Carpentier

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Un homme généreux apprécié de tous
© Alain Pierrard

BRUXELLES L'ancien Premier ministre et ministre d'Etat, Paul Vanden Boeynants (81 ans), s'est éteint hier matin à l'hôpital Onze-Lieve-Vrouw, d'Alost, où il avait été hospitalisé le 6 décembre dernier jour de la Saint-Nicolas pour y subir une opération à coeur ouvert afin de lui implanter une valve et effectuer un pontage coronarien.

Une opération qui ne pouvait être reculée: la faculté lui avait même interdit de se déplacer à Sydney pour assister aux Jeux Olympiques durant l'été, comme il l'avait projeté.

Le cercle des intimes de Paul Vanden Boeynants ne faisait pas mystère des inquiétudes qu'il nourrissait: depuis le décès de Michel Demaret, mort le 8 novembre dernier, soit deux mois, presque jour pour jour, avant VDB, l'homme d'Etat ne paraissait plus nourrir le même enthousiasme, la même joie de vivre. Quelque chose s'était cassé. Un signe qui ne trompe pas: avant d'entrer à l'hôpital, Paul Vanden Boeynants avait mis ses affaires en ordre, comme on dit. A plusieurs proches, il avait laissé l'une ou l'autre petite missive dans lesquelles il leur disait, avec beaucoup de pudeur, combien ils avaient compté pour lui.

Rapidement, hélas, son état de santé devait justifier les craintes que nourrissaient son entourage, en premier lieu, Viviane, sa compagne de très longue date qui sera restée à ses côtés jusqu'au bout. Deux jours après l'opération, des complications s'étaient déclarées: une pneumonie l'avait considérablement affaibli. Les médecins dirigés par le chirurgien du roi, le professeur Hugo Vannermen, avaient également dû faire face à des problèmes de tension cardiaque. Paul Vanden Boeynants avait alors été ammené aux soins intensifs et placé sous sédatifs. Ceux-ci l'avaient rendu inconscient et facilitaient la respiration artificielle. A la mi-décembre toutefois, on apprenait que son état s'améliorait... très lentement. Peu à peu, les médecins avaient cessé de lui injecter des sédatifs mais il restait inconscient: ils espéraient retirer le respirateur artificiel mais ce ne fut pas possible. Et puis, finalement, VDB décidera d'arrêter de se battre. Il est mort sans avoir repris conscience.

Les funérailles - celles d'un ministre d'Etat - auront lieu samedi matin, à 11h, en la cathédrale Sainte-Gudule, à Bruxelles.

Mardi après-midi, alors que le palais royal présentait ses condoléances à la famille, le Roi s'est rendu à la clinique d'Alost pour se recueillir devant la dépouille de celui qui fut sans doute l'un de ses plus fidèles sujets. Albert II s'est ensuite entretenu avec la famille du défunt.

Photo: à droite, VDB à la conférence de presse après son enlèvement.

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De la boucherie familiale au Palais

Une ascension politique fascinante

BRUXELLES La scène se passe en 1949, quelques semaines avant les législatives du mois de juin. Un homme peu épais mais à l’élocution déjà très particulière déboule en plein poll bruxellois du PSC. Il est suivi par une armée de bouchers, comme lui très fraîchement affiliés.
Leurs votes massifs bouleversent les scénarios bétonnés de longue date. À 29 ans, ce leader tempétueux au verbe facile et au discours simpliste (" trop d’impôts, trop de paperasses, trop de contrôles" est propulsé à la neuvième place sur les listes. Son bagout fait le reste: sa première expérience politique se solde par 6.045 voix de préférence, soit le 4e score de l’arrondissement!
La suite de la carrière de Paul Vanden Boeynants restera dominée par cet ambigu mais fascinant mélange de brillance, de sens inné du coup d’éclat mâtiné de polémique.
Lorsque, en 1958, Gaston Eyskens en fait son ministre des Classes moyennes, ce fils de bouchers, ayant souffert plus jeune de ne jamais pouvoir profiter d’un jour de congé avec ses deux parents réunis, enclenche un ambitieux processus de réformes en faveur des indépendants qui l’ont fait élire. Les traits dominants en resteront le repos hebdomadaire obligatoire, l’accès à la profession ou le droit à la pension.
Ses nombreux passages à la Défense ne feront, pour leur part, rien pour démentir son image d’homme résolument à droite. Quitte à friser l’impopularité. C’est le cas début 73, lorsque des milliers de jeunes conspuent, dans les rues, son projet de suppression du sursis permettant de n’effectuer son service militaire qu’au sortir de ses études. Dépité, il fait marche arrière.
Par deux fois, cet inventeur du marketing politique va accéder à la fonction de Premier ministre. La première sera de loin la plus dense. Mise sur pied en mars 1966, l’équipe Vanden Boeynants/De Clercq tombera en février 1968, sur le Walen buiten de l’Université catholique de Louvain. Aux élections suivantes, il fait 116.007 voix de préférence. Record absolu.
Son second gouvernement sera plus éphémère, ne parvenant à rester en place que d’octobre à décembre 1978, après avoir succédé à un Léo Tindemans tombé sur le pacte d’Egmont.

Le maïorat bruxellois

Si Paul Vanden Bœynants présidera le PSC à deux reprises (de 1961 à 1966 puis de 1979 à 1981), ce n’est qu’après y avoir joué les dissidents au sein d’un Centre politique des indépendants et des cadres chrétiens (Cepic) très à droite, destiné à contrebalancer l’aile gauche formée par la démocratie chrétienne. Ce même Cepic sera plus tard interdit par un certain Gérard Deprez, que VDB avait amené en politique.
Fréquentation d’affairistes douteux, voyages privés en Hongrie en pleine guerre froide pour y dénicher des contrats pour sa société d’exportation de viande et flou perturbant entourant la conclusion de certains contrats militaires nourriront, au fil des ans, l’image d’un politicien n’ayant pas suffisamment réussi à tracer une stricte frontière entre intérêts publics et privés.
Sa condamnation pour fraude fiscale en 1986 peaufinera le tableau d’homme à la richesse considérable. L’image, démentie, jouera un grand rôle dans son enlèvement, en 1989, par la bande Haemers.
L’épisode tiendra la Belgique en haleine, participant d’ailleurs à rehausser son image. Mais pas suffisamment toutefois pour lui permettre de réaliser le dernier rêve qu’il nourrissait. Le 9 octobre 1994, il se fait définitivement une raison: il ne sera jamais bourgmestre de Bruxelles lui qui, pourtant, présida l’Expo 58 avec brio.
Meurtri, il se retire alors dans sa villa de Knokke, ne rentrant à Bruxelles qu’une fois par semaine pour s’occuper de l’hebdomadaire satirique Pan que, ultime caprice de vieux briscard, il s’était offert.
C’est là, au grand air, que cet amateur de Pims, sachant jouer mieux que quiconque sur la surdité partielle qui le frappa adolescent après une forte insolation sur la plage de Blankenberge, continuera à observer, attentif, cette vie politique à laquelle il aura tant sacrifié. Une vie qui aura permis à un fils de bouchers n’ayant même pas décroché son certificat d’études secondaires au collège St-Michel de devenir un des plus hauts personnages de l’Etat, et confident du Palais, sous feu le roi Baudouin…

Christian Carpentier

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