Après l’attentat antisémite au Musée juif, le Grand Rabbin de Belgique évoque pour nos confrères de LaLibre.be la montée de l’antisémitisme en Belgique, les racines de ce mal, la libération de la parole, la position des autorités belges ainsi que le quotidien des 50.000 juifs belges.

Extrait de cet entretien
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Avez-vous le sentiment que l’antisémitisme est en progression en Europe, et particulièrement en Belgique ?

Oui, l’antisémitisme est en progression en Belgique et en Europe. Nous traversons une crise économique qui n’en finit pas. Les gens ne sont pas heureux et de ce fait, ils essayent de trouver un bouc émissaire qui - selon eux - porte la responsabilité de leur détresse. Et bien sûr, ce bouc émissaire est tout indiqué : l’étranger, le juif, etc. Cette situation entraîne la libération de la parole. Les gens qui jadis n’osaient pas attaquer les juifs ouvertement, sans complexe et sans tabou, le font aujourd’hui. Mais ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, c’est la montée des nationalismes. Lorsque j’ai entendu Marine Le Pen prendre la parole après sa victoire aux élections européennes, j’ai compris que l’Europe a reculé d’un siècle. Elle a remis en selle la notion de "nation", de "patrie", de "la France aux Français" comme si les étrangers, les autres minorités n’avaient plus leur place. L’exaltation du passé national, le culte des héros qui jadis ont fait la gloire de la nation ont été le lit du racisme et de la xénophobie. A cet antisémitisme de xénophobie, s’ajoute un antisémitisme fondé sur la jalousie professionnelle.

Certains juifs n’hésitent pas à dire que "la Belgique est un pays antisémite". Vous le pensez ?

Non, la Belgique n’est pas un pays antisémite. Je voudrais rendre hommage au Premier ministre, à la ministre de l’Intérieur, aux membres du gouvernement, au bourgmestre de Bruxelles et aux membres de son Conseil communal, aux forces de police pour tous les efforts qu’ils ont déployés pour protéger notre communauté. Malheureusement, malgré tous les efforts fournis, l’assassin est toujours en liberté. Il peut frapper quand il veut et où il veut.

Il n’en demeure pas moins que notre pays dénombre régulièrement des actes antisémites…

Il faut être clair, en Belgique, un jeune garçon ne peut pas se promener en ‘kippa’ dans la rue sans risquer d’être agressé physiquement ou verbalement. Prenons un autre exemple : le vendredi 31 janvier 2014 à 17h12, avant l’arrivée à Ottignies du train reliant Liège à Bruxelles via Namur, on a entendu via les haut-parleurs l’annonce ahurissante suivante: "Mesdames et messieurs, nous allons à Auschwitz. Tous les juifs sont priés de descendre prendre une petite douche". Le fait serait bien connu de la SNCB et des contrôleurs : des jeunes, possédant manifestement une clé, ont accès au micro, comme l’ont révélé plusieurs plaisanteries ces deux dernières années sur cette ligne. Sauf que les autres "plaisanteries" ne sont pas à caractère "racistes" contre qui que ce soit.


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