Le débat sur le port du voile fait rage, à nouveau, depuis quelques semaines. En cause: la condamnation récente de la Stib pour discrimination fondée sur les convictions religieuses et le genre. Le tribunal du travail de Bruxelles a ordonné, dans son jugement, à la société de transports en commun de mettre un terme à la "laïcité exclusive" et d'autoriser le port du voile au sein de ses équipes. Suite à cette condamnation, le comité de gestion de la Stib a décidé de ne pas interjeter appel du jugement rendu, une décision suspendue par le commissaire Open VLD du gouvernement bruxellois.

L'affaire est donc au centre des discussions politiques en ce moment, le MR plaidant notamment pour l'interdiction du voile et des signes convictionnels dans la fonction publique, là où Ecolo par exemple voudrait que le jugement de la Stib fasse jurisprudence. En reflet de ce qu'il se passe au niveau politique, nombreux sont les journaux qui ont, ce mercredi matin notamment, consacré leur édito à ce débat sur le port du voile dans la fonction publique. Revue de presse.

Si la DH se positionne pour le principe de "L’État avant le Moi", soit le fait de faire passer, pour un agent de l'État, ses signes convictionnels après sa mission publique, notre quotidien pense néanmoins la même chose que ses confrères francophones (voir ci-dessous). "Comment diable ce sujet, clivant mais crucial, n’a-t-il pas encore été débattu à l’endroit le plus légitime : le Parlement (bruxellois, ici) ?", s'y interroge-t-on. "C’est là, surtout, que la question doit être tranchée. Entre représentants du peuple qui doivent cesser de se cacher du débat d’idées, fût-il explosif", peut-on encore lire dans notre édito, intitulé "Lever le Voile de la lâcheté politique".

La Libre déplore que cette question du port du voile "continue de déchirer notre société et le monde politique, au détriment d’un mieux-vivre-ensemble qu’il serait temps de remettre sur le dessus de la pile des priorités". L'édito de nos confrères soulève deux problèmes dans la condamnation de la Stib: la complexité de différencier la liberté de culte de chacun et les services publics rendus par des agents de l'État, et ensuite, les contradictions internes au sein des partis, qui ne se positionnent pas clairement dans ce débat. " Avant d’imposer ou non une décision à une société comme la Stib, sans doute aurait-il été plus opportun de s’imposer un débat de fond interne à chaque parti, et d’en sortir avec une ligne clairement établie pour tous", conclut le texte.

L'Avenir aborde également cette "escalade de déclarations politiques et militantes", où "Écolo donne le ton en défendant l’accès à l’emploi pour tous quand le MR et DéFI soutiennent la neutralité de l’État". "Si ça coince, c’est notamment parce qu’il faut savoir comment notre pays se situe sur le terrain de la laïcité et de la neutralité", note le quotidien, qui affirme que le débat sur ce sujet "d’une sensibilité extrême" est loin d'être clos en Belgique.

Cette notion de débat régulier, voire cyclique, revient également dans l'édito de L'Écho. Le journal insiste, tout comme La Libre, sur le rôle des partis politiques dans la gestion de cette question du port du voile. "C’est leur rôle de fixer les conditions de la vie en société. Le législateur a longtemps fui ses responsabilités. Il est temps qu’il s’en empare. La difficulté de la tâche ne peut pas être une excuse. Seul un consensus le plus large possible, au terme d’un dialogue respectueux des opinions et des sensibilités, peut permettre de sortir par le haut de ces controverses à répétition", écrit L'Écho, qui réclame donc qu'une majorité se prononce, afin de fixer des règles précises auxquelles chacun devra ensuite se plier.

"Faut-il le rappeler, ce ne sont pas les juges qui font la loi", renchérit Le Soir qui déplore que le monde politique francophone, "par son inaction, a laissé s’instaurer des pratiques diverses et contradictoires dans les entreprises, les écoles, les communes". "Le monde politique ne décide pas, parce que les différents partis ne s’accordent pas sur une position, si tant est qu’ils en aient une. Et l’institution concernée est priée de se débrouiller toute seule", ajoutent nos confrères. Même son de cloche du côté des journaux de Sudpresse, qui demandent à nos élus de se saisir de ce dossier clivant, "car c’est l’essence même de la démocratie parlementaire, et donc des élus du peuple, de fixer un cadre légal sur une question éthique".

Les quotidiens francophones se posent donc principalement une question, qu'ils demandent à la sphère politique de trancher: doit-on, comme en France, séparer clairement la religion et l'État? Ou, plutôt comme au Royaume-Uni, laisser chacun exposer ses signes convictionnels?