La situation sanitaire que connaît actuellement la Belgique nécessite un nouveau tour de vis de la part des autorités. C'est pourquoi les 17 membres du Comité de concertation se réunissent ce vendredi à 13h pour évaluer la nécessité d'un éventuel nouveau confinement. En attendant, ce sont les experts du Centre de crise et du SPF Santé publique qui se sont penchés sur l'évolution inquiétante du coronavirus dans notre pays.

"Les indicateurs restent tous au rouge", a commencé Yves Van Laethem, "rien ne change favorablement jusqu'à maintenant". En effet, la Belgique a connu, entre le entre le 20 et le 26 octobre inclus, une moyenne record de 15.000 nouvelles contaminations par jour. "Nous avons changé de politique de testing, en ne testant que les gens symptomatiques depuis le 21 octobre", a continué l'expert, expliquant que cela fausse un peu les chiffres, car les stratégies de testing sur les deux dernières semaines ont été différentes. "Mais le taux de positivité est important, ce qui est logique car on teste uniquement les personnes symptomatiques. Mais un test sur quatre est positif en général, et pratiquement un sur deux à Liège, car le taux de positivité y est 43%". Liège, le Hainaut et Bruxelles restent les régions qui connaissent la plus forte augmentation de cas positifs.


Dans les maisons de repos, le nombre de cas confirmés s'élève aussi. "L'accalmie un temps observée ne s'est pas poursuivie", a précisé l'expert, annonçant que les chiffres étaient semblables dans toutes les régions du pays. Cela a doublé, puis triplé par rapport à la dernière semaine. "Le nombre de maisons de repos dans lesquelles il n'y a pas de cas covid diminue, et cela est clairement une donnée inquiétante".


Les tendances à la hausse se poursuivent donc. Après avoir abordé le nombre croissant de décès et des entrées à l'hôpital, Yves Van Laethem a rappelé, à quelques jours de la Toussaint, que les visites dans les cimetières étaient autorisées. Mais cependant, se réunir en nombre, en famille ou entre amis, après une visite au cimetière est totalement déconseillé. "Pour ceux qui ont des vacances prévues la semaine prochaine, ressourcez-vous. Mais évitez de vous rendre dans des endroits fréquentés. Nous sommes convaincus que l'on peut profiter des vacances, tout en respectant les recommandations sanitaires", a ajouté Antoine Iseux. "Maintenez vos distances, limitez vos contacts sociaux et soyez prudents" restent les mots d'ordre des experts.

"Nous n'avions pas de nouvelles favorables à vous donner aujourd'hui", a terminé Yves Van Laethem, avant de céder la parole à son collègue néerlandophone Steven van Gucht.


De nouveaux outils pour le testing

Karine Moykens, responsable testing et tracing, a ensuite pris la parole, abordant le rôle du personnel soignant. Les médecins généralistes sont débordés, a-t-elle expliqué. "Des outils vont être mis en place pour les aider, dès le 3 novembre". Les médecins d'entreprises et scolaires, submergés de questions et de demandes de tests, pourront eux aussi prescrire des prélèvements et consulter les résultats de leurs patients. Ce sera l'outil de prescription. Un dispositif permettra aussi aux centres de prélèvement d'indiquer quand ils ont des créneaux disponibles pour faire des tests. Les patients pourront alors s'inscrire eux-mêmes. Cela permettra d'éviter les longues filles d'attente devant les centres, a précisé l'experte.


Dans le cas où vous devez vous faire tester, voici les différentes possibilités détaillées par Karine Moykens:

- Se rendre chez son médecin généraliste, qui prélève lui-même l'échantillon pour le test
- Être orienté par son médecin généraliste vers un centre de prélèvement, où vous devez avoir un code d'activation (reçu par sms ou donné par le médecin) pour prendre rendez-vous

Le résultat de votre test sera consultable sur l'application Coronalert, sur masanté.belgique.be ou encore auprès de votre médecin. En cas de test positif, vous aurez à votre disposition un certificat de quarantaine. "A partir de la semaine prochaine, vous pourrez également, si vous avez été un cas contact, télécharger vous-mêmes ce certificat de quarantaine", a détaillé la membre du Centre de crise en s'adressant aux personnes que ne se sont pas fait tester, mais qui ont eu des contacts avec une personne positive. Elle a également rappelé l'importance de l'application Coronalert, "un outil supplémentaire important dans la lutte contre le coronavirus". "S'il vous plaît, utilisez l'application", a-t-elle répété, "Ce n'est qu'avec des efforts conjoints et en respectant les six règles d'or que nous pourrons lutter ensemble contre le virus".


"Pour le personnel de santé, il sera très difficile de prendre du repos lors de cette semaine de Toussaint", a enchaîné Antoine Iseux, soulignant l'importance de soutenir les soignants. "C'est réconfortant de constater que des centaines, des milliers de personnes ont déjà signalé leur disponibilité", a-t-il noté d'emblée, apportant une petite note positive. Pour les personnes qui ne savent pas comment aider le personnel de première ligne, Antoine Iseux a rappelé les autres façons "d'amener sa pierre à l'édifice": faire un don de plasma, faire les courses à la place d'une personne âgée, sensibiliser ses proches, ses clients, son public aux mesures sanitaires. "Respecter les mesures est la manière la plus efficace pour briser de potentielles chaînes de contamination et réduire la pression dans les hôpitaux", a-t-il déclaré.

Questions-réponses

Les enfants dès six ans doivent porter le masque en France et en Italie, la Belgique doit-elle suivre cet exemple?

"Il est peu probable que les enfants entre six et douze ans soient capables de porter un masque correctement de manière prolongée", a réagi Yves Van Laethem, rappelant que le masque était utile, mais lorsqu'il est bien utilisé. "C'est pourquoi il ne me semble pas utile d'étendre l'obligation du port du masque aux enfants plus jeunes".


Y a-t-il plus d'enfants malades ? Combien sont actuellement hospitalisés?

"Les enfants sont malades, mais peu de cas entraînent une hospitalisation. Depuis début septembre, on constate que peu d'enfants, sur le nombre total d'hospitalisation, sont admis à l'hôpital", s'est exprimé l'expert. Pour les enfants entre 0 et 9 ans, cela représente 1,5% de ce nombre, et 0,7% des hospitalisations concerne les jeunes entre 10 et 19 ans. "Cela amène à penser qu'il y a entre 90 et 100 enfants qui sont actuellement à l'hôpital", a-t-il résumé, précisant que les jeunes enfants sont souvent pris en charge à l'hôpital pour des courtes durées, histoire de vérifier qu'ils ne souffrent pas d'autres maladies que le Covid-19.

Selon certaines études, le virus qui circule actuellement en Europe est une variante survenue en Espagne. Est-ce correct? Le virus se comporte-t-il maintenant de manière plus agressive?

Une étude de chercheurs a en effet étudié les différents types de virus, et a révélé que, depuis début juillet, une nouvelle souche du virus est apparue en Espagne et s'est répandue dans d'autres pays européens. "Cette variante représente environ 40 à 70% des cas rencontrés en Espagne", a expliqué Yves Van Laethem, "En Belgique, cette souche semble peu répandue". "Cela nous montre le rôle que les voyages, faits dans des circonstances mal sécurisées par rapport au Covid, peuvent avoir dans la circulation des différentes souches et la répartition des cas d'un pays à l'autre". Actuellement, rien n'affirme que cette variante du virus soit plus transmissible ou plus virulente et agressive que les autres formes connues.


Où en sommes-nous avec les tests salivaires?

Un test salivaire est un test dans lequel on prélève de la salive, qu'on met dans un pot, qui sera ensuite analysé par le laboratoire. L'intérêt de ces tests réside dans le fait qu'il faut moins de moyens pour collecter les échantillons que lors d'un test classique, et il est aussi plus "confortable". "Ces tests sont en train d'être validés, ensuite ils auront leur place dans le processus de testing. En Wallonie, il est déjà décidé que ce type de prélèvement sera largement utilisé au niveau des maisons de repos, pour dépister plus rapidement les personnes positives et transmetteuses", a détaillé Yves Van Laethem, avant de laisser son collègue Yves Stevens clore la conférence de presse du jour.