Avec une poignée d'autres Etats de l'UE, la Belgique "plaide pour que l'on saisisse bien plus le sens d'urgence", ce qui l'a poussée à envoyer un courrier au président du Conseil européen et aux autres chefs d'Etat et de gouvernement des 27. Ceux-ci se réunissent ces jeudi et vendredi en vidéoconférence, consacrée en partie à la pandémie de Covid-19 (jeudi). Les capacités de production de vaccins, la préparation face aux nouveaux variants du virus, le développement d'un "certificat de vaccination" et les restrictions aux frontières (comme introduites en Belgique) seront autant de sujets à aborder.

En prévision de ce sommet virtuel, Alexander De Croo et ses homologues danoise Mette Frederiksen, espagnol Pedro Sánchez, polonais Mateusz Morawiecki, ainsi que le président lituanien Gitanas Nauseda, ont signé mardi un courrier au président du Conseil européen Charles Michel et aux autres dirigeants des 27. Objectif du courrier: inciter l'Europe à agir de manière plus décisive pour assurer des capacités de production suffisantes de vaccin contre le Covid-19 (et d'éventuels futurs virus).

"La Belgique et le Danemark travaillent ensemble depuis quelques semaines sur des propositions concrètes pour faire mieux", explique-t-on au cabinet De Croo. Certaines des propositions belgo-danoises ont d'ailleurs nourri la récente annonce européenne d'"Incubateur HERA", indique-t-il. Ce plan est censé accélérer la recherche sur les variants du coronavirus, les procédures d'autorisation de vaccins adaptés et améliorer la prédictibilité de la production.

C'est précisément sur la production des vaccins que se concentre le courrier co-signé par Alexander De Croo, comme l'a indiqué le Premier ministre mercredi au Comité d'avis fédéral chargé des Questions européennes.

"L'Europe est la première puissance vaccinale au monde", mais "nous n'en avons pas suffisamment récolté les fruits", constate Alexander De Croo. Les annonces de retards de livraisons se sont en effet multipliées depuis le début de la vaccination dans l'UE, alors même que la Commission avait théoriquement tenu compte, dans ses contrats d'achat anticipé avec les producteurs, des capacités de production mobilisables. "Selon moi, c'est principalement dû au manque d'un suivi stratégique de la coordination entre les différentes étapes de la chaîne de valeur de la production de vaccins. L'Europe doit faire preuve de nettement plus d'efficacité et de souplesse dans son organisation", a expliqué le libéral à la Chambre. Il faudrait "oser laisser de côté la logique classique de la représentation: chaque étape opérationnelle ne doit pas forcément être confirmée par 27 États membres", suggère-t-il.

La Belgique semble en tout cas décidée à prendre un rôle de leadership en la matière, aux côtés du Danemark. Dans le courrier commun avec l'Espagne, la Lituanie et la Pologne, les deux pays suggèrent d'assurer "le soutien adéquat aux producteurs européens" en cas de couacs inattendus, entre autres via la construction de nouveaux sites et des partenariats public-privé à tous les stades, de la recherche à la fabrication.

Au cabinet du Premier, on note qu'en Israël, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les autorités s'organisent avec les entreprises et des experts et réagissent avec plus d'agressivité et d'efficacité aux potentiels manques dans la production. La BARDA américaine s'est ainsi elle-même mise à la recherche de capacités de production de vaccins, "et peut même mobiliser l'armée pour importer si besoin des matières premières, machines et produits à vitesse record".

Alexander De Croo parle, aussi bien dans sa lettre qu'à la Chambre, de basculer vers un "vrai pilotage stratégique de toute la chaîne de valeur". "Conclure des contrats ne suffit pas, nous devons prendre un rôle de direction sur le terrain, avec le secteur privé, aussi bien dans le développement, l'autorisation, la production que dans la distribution" des vaccins, a-t-il assuré mercredi.