Pour Guy Vanhengel (Open VLD), les journalistes se comportent trop en supporters

BRUXELLES Nouvel invité de notre série consacrée aux BV (Flamands connus) et à leur manière d’appréhender la Wallonie, Bruxelles et les francophones : Guy Vanhengel, (Open VLD), vice-Premier ministre fédéral et ministre du Budget. Un Flamand de Bruxelles…


Vous avez effectué vos maternelles en français ?

“J’étais à la Sainte-Famille, à Schaerbeek, dans ce qui était de l’immersion linguistique avant l’heure. C’est pourtant en flamand que j’ai effectué mes primaires et mes humanités.”

Vos premiers souvenirs de Wallonie ?

“Il s’agissait des habituels voyages scolaires : la Lesse, les grottes de Han… et, plus tard, des classes vertes.”

Vous êtes aussi parti en famille, dans le Sud du pays ?

“C’était en Ardennes. À une époque où l’on n’allait pas encore à l’étranger.”

Et depuis, continuez-vous à parcourir la Wallonie ?

"Je suis un motard assidu. C’est ma passion : j’emmène ma femme qui s’assied derrière moi et nous parcourons des milliers et des milliers de kilomètres. Avant, je pouvais le faire incognito, mais depuis que je suis vice-Premier ministre fédéral, c’est moins facile.”

Quelles sont vos destinations de prédilection ?

“Nous aimons tout spécialement Bastogne, mais aussi Namur, Liège, Dinant, le village de Torgny en Gaume… Faut-il l’avouer, pour nous reposer, nous nous arrêtons régulièrement à des terrasses qui nous plaisent.”

Ces haltes vous permettent de rencontrer des Wallons : que pensez-vous d’eux ?

“Ils sont particulièrement conviviaux, mais aussi sympathiques, ouverts… Et je ne dis pas cela en tant que politique. Ils sont d’une grande amabilité avec les clients néerlandophones.”

Leur bilinguisme est-il suffisant ?

“Absolument ! Il y a un mois, mon épouse et moi, nous nous sommes rendus au Grand-Duché. Le garçon qui nous a servis était un Liégeois, parfaitement bilingue. Il m’a même reconnu.”

Avec les ans, avez-vous constaté une amélioration du bilinguisme, chez les Wallons ?

“C’est indéniable. J’ose affirmer que le multilinguisme fait grandement progresser les choses.”

Vous dites que le Wallon est convivial. Mais encore…

“Au Sud, les habitants sont bien moins stressés qu’au Nord.”

Et cette paresse qui serait le propre des Wallons ?

“Archifaux ! Au contraire d’ailleurs, en Wallonie, on est fort productif, mais sans cette part de stress qui est le propre des Flamands.”

Vous êtes Limbourgeois pas votre père et Schaerbeekois par votre mère. Comment vivez-vous votre statut de Flamand, à Bruxelles ?

“Fort bien ! J’adore ma ville et son côté cosmopolite. On trouve de toutes les nationalités à Bruxelles : Italiens, Turcs, Arabes, Anglais, Français… C’est ce qui en fait sa richesse. Sans compter qu’économiquement, la capitale est le moteur du pays.”

Existe-t-il encore des brusseleers ?

“J’en suis un ! Cependant, il n’est guère aisé de définir les vieux Bruxellois, parce qu’il y en a de moins en moins. En tous les cas, ce qui fait leur richesse, c’est l’ironie. Sans conteste.”

Quels coins de Bruxelles appréciez-vous le plus ?

“Je suis né au square Marie-Louise, puis j’ai été à Helmet (Schaerbeek) et enfin à Evere. Ce sont des endroits que j’aime beaucoup. Je m’y suis toujours senti à l’aise.”

Et vos enfants ?

“À un moment, il était question qu’ils aillent en périphérie mais ils ont vite changé d’avis. Comme ma femme et moi, ils sont viscéralement citadins. Ainsi, ma fille habite au centre-ville et mon fils aimerait aller à Saint-Gilles.”

D’autres quartiers que vous aimez, à Bruxelles ?

“Le Midi, avec son marché dominical : de nombreux Flamands y viennent. Il y a également Etterbeek, le parc Josaphat, Saint-Géry, la rue Dansaert…”

Suivez-vous les programmes des télés francophones ?

“Ce qui me frappe à la RTBF, c’est la manière qu’on a d’y supporter la communauté française. De même, la VRT défend la communauté flamande. Ce comportement de supporter, comme on dit au football, rend nos problèmes communautaires plus ardus.”

Même constatation pour la presse écrite ?

“Exactement ! Les journalistes du Sud et du Nord réagissent surtout en fonction de leur appartenance linguistique.”


© La Dernière Heure 2010