Ils posent tout sourire, arme en main, dans leur appartement de Schaerbeek. Et la liste de leurs cibles potentielles était longue.

Qui pouvait se douter qu’un simple ordinateur pouvait concentrer autant d’informations précieuses pour l’enquête sur la cellule responsable des attentats de Paris et Bruxelles ? Lorsque des éboueurs découvrent ce portable HP ProBook dans une poubelle, le 22 mars 2016, ils ont le réflexe de prévenir deux policiers en patrouille près de la rue Max Roos, à Schaerbeek. Bon réflexe.

Avant de partir en taxi pour se faire exploser à l’aéroport de Zaventem, Najim Laachraoui, Ibrahim El Bakraoui et le survivant Mohamed Abrini ont laissé leur ordinateur de bord, non sans avoir pensé à effacer des fichiers. Il a fallu trois semaines pour retrouver une série de photos de faible qualité, car il ne subsiste que les vignettes. En voici quelques-unes (ci-dessous) que le grand public n’avait jamais vues. Le trio a posé dans l’appartement de la rue Max Roos, sur un matelas portant en main un Coran et une arme à feu, devant le drapeau noir de l’État islamique (EI). Quand les policiers sont intervenus, le matelas et le drapeau étaient toujours là. Les armes, elles, ont disparu. La police est toujours à leur recherche. On y voit deux armes de poing de type VZ58, une kalachnikov, un fusil à pompe, deux fusils, une grenade à main et une boîte en plastique contenant de la poudre, probablement du TATP.

Il est difficile de dater ces photos avec précision. Mohamed Abrini, dans une audition devant la juge d’instruction, avait expliqué que lui et Laachraoui étaient restés dans la planque de la rue Max Roos une dizaine de jours au maximum, mais qu’Ibrahim El Bakraoui les avait rejoints trois jours avant les attentats. L’hypothèse principale est qu’elles ont été envoyées vers des membres de l’EI, pour être utilisées par la propagande après l’attentat. Ça n’a pas été le cas.

Ce week-end , France Inter a révélé que, dans une audition, Mohamed Abrini parlait d’une possible attaque à la voiture piégée, en France, à l’occasion de l’Euro 2016 de football. Selon nos informations, Osama Krayem a lui aussi fait mention du Championnat d’Europe, via une courte allusion. Lors de ses auditions, il se refuse à évoquer Najim Laachraoui, pour une raison inconnue. "Peut-être parce que j’ai refusé de parler de Najim, vous vous inquiétez", dit-il à la juge le 8 avril 2016, avant de préciser avoir dit ça "comme ça […] C’est un exemple […] J’ai dit ça car l’EI va riposter contre tous les pays qui font partie de la coalition."


"On a assez de cibles ici, tu vois? Des cibles de premier choix"

Les cibles furent nombreuses. Il était d’abord question de frapper en France, pas en Belgique. Comme l’indiquait cet extrait audio de Najim Laachraoui à Abou Ahmad (alias Oussama Atar) : "Si tu préfères qu’on travaille à long terme, il faut éviter de taper la Belgique, tu vois ? Euh, comme ça la Belgique, ça reste toujours une base de repli, tu vois ? […] Ici on connaît… les frères ils connaissent la Belgique, tu vois, ils peuvent trouver des… tu vois des… des appartements etc., tu vois ? Et si jamais on venait à taper la Belgique, ils sortiraient les photos de Walid et Souleymane (Khalid et Ibrahim El Bakraoui, NdlR). Et c’tout… ce sera fini, tu vois ?"

Après l’arrestation de Salah Abdeslam, le 18 mars 2016, l’argument est devenu sans valeur. En panique, la cellule a décidé de viser Bruxelles. Et les cibles étaient nombreuses. "S’il venait à se passer quelque chose, euh tu vois… on serait cramé etc. Eh ben t’inquiète pas, t’vois les cibles, on a assez de cibles ici, tu vois ? Des… en plus de cibles de premier choix, tu vois ?", poursuivait Laachraoui, dans un message à Abou Ahmad.

Quelles cibles ? L’aéroport et une station de métro, donc. Mais aussi la résidence du Premier ministre, au 16 rue de la Loi, comme le prouvent trois vidéos et quatre photos téléchargées depuis Internet sur le HP ProBook. Des images supprimées six jours avant le 22 mars et récupérées par les spécialistes de la police fédérale. Quatre autres cibles potentielles figuraient également sur l’ordinateur. L’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek. La caserne des parachutistes à Flawinne. Un article du site internet de La DH intitulé "Où boire un verre et assister à un concert à Bruxelles" a aussi été consulté. Pour cibler des terrasses et un spectacle ? Sans compter l’intérêt déjà révélé de la cellule pour les installations nucléaires belges, matérialisé par de nombreuses visites sur des sites s’intéressant à la sécurité nucléaire.