Le ministre de la Santé et le Premier ministre ont demandé à la task force stratégie d’accélérer la campagne de vaccination, alors que les critiques sur la lenteur du lancement ont pris de l’ampleur. L’objectif est d’aboutir à l’immunité collective. En Belgique, pour y parvenir, on veut vacciner 70 % de la population, soit quelque 8 millions de personnes. Quand peut-on espérer atteindre ce seuil et donc retrouver une vie relativement normale ?

"On n’atteindra pas les 70 % de personnes vaccinées avant la fin de l’été. Cela dépendra aussi de la décision de l’Europe d’autoriser ou non le vaccin Astrazeneca et impliquera que l’ensemble des vaccins commandés par la Belgique soit validé. Mais il ne faudra pas attendre jusqu’à la fin de l’été pour observer les bénéfices de la vaccination", analyse Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur à l’ULB. "15 à 20 % des personnes sont déjà immunisées car ayant déjà été contaminées et ayant développé des anticorps. Quand en plus, on aura vacciné 20 à 30 % de la population, on ressentira déjà très fort l’effet sur les cas graves et le nombre d’hospitalisations. Quand 50 % des personnes auront été vaccinées, en plus des 20 % d’immunisés, on en sera grosso modo à 70 % d’immunisés. On pourrait déjà atteindre ce seuil vers mai, juin, voire juillet."

La stratégie du gouvernement ne prévoit pas de dépister les personnes ayant des anticorps. Des personnes seront donc probablement vaccinées alors qu’elles sont immunisées. "Oui mais entre-temps, l’immunité de la population va continuer à se développer car le virus continue de circuler. Ces personnes contribueront ensuite à l’immunité collective. Mais il est clair qu’en développant une stratégie de détection des personnes qui ont des anticorps et en administrant le vaccin à celles qui ne sont pas immunisées en priorité, on atteindrait plus vite le seuil d’immunité collective", reprend Yves Coppieters. "Ce serait utile de procéder ainsi dans notre situation de pénurie de vaccins. Actuellement, on vaccine les personnes en maisons de repos. Cela n’impacte pas la transmission du virus ni l’intensité de l’épidémie mais cela limite les formes graves. L’effet de la vaccination sera visible dans le nombre de contaminations et d’hospitalisations quand elle commencera dans la population. Ce sont les 55-75 ans qui impactent la capacité des hôpitaux. Tandis que les personnes malades en maisons de repos meurent généralement sur place."