Plusieurs milliers de personnes réunies au Bois de la Cambre pour faire la fête, au détriment des gestes barrières et des mesures sanitaires, terminant dans un affrontement entre police et participants. Le bilan de "La Boum" qui a dégénéré ce jeudi au Bois de la Cambre fait l'actualité. Alors que les mauvais chiffres de l'épidémie ont conduit le gouvernement fédéral à resserrer la vis la semaine dernière, un tel rassemblement aura-t-il des conséquences sur la progression de l'épidémie ?

"Ce n'est pas mesurable. On ne peut pas s'attendre à un rebond après ce type d'événement à l'extérieur. Il y a eu plusieurs rassemblements tout au long de la crise : on n'a jamais fait de suivi des manifestants pour savoir s'il y avait des contaminations en plus, mais on n'a jamais eu de signes épidémiologiques dans les jours qui ont suivi. Donc on ne peut pas dire que ça va influencer l'épidémie", commente auprès de La Libre le professeur en Santé publique, Yves Coppieters. "Par contre, tous ces gens se sont mis dans des situations à risque, et risquent de faire circuler le virus et de contaminer leurs proches", prévient-ils.

La dégradation des indicateurs épidémiologiques des dernières semaines reste liée "à un relâchement général dans la population des gestes barrières depuis début mars, couplé au variant britannique, qui est une souche plus virulente", rappelle l'expert.

Un relâchement des mesures bénéfique ?

Pour l’épidémiologiste, de telles manifestations illustrent la lassitude et le mal-être de la population après un an de restrictions sanitaires. "On se rend compte qu'il y a un malaise dans la population, c'est quand même le signal d'une situation qui ne peut pas perdurer en termes de limitation des activités sociales. Il faut un minimum de relâchement", insiste-il.

Finalement un relâchement, encadré, des mesures serait-il bénéfique pour lutter contre l'épidémie ? Pour Yves Coppieters "les interdictions entraînent des mouvements spontanés, non contrôlés et à risque qui reflètent le mal-être de la population". Afin de limiter de tels débordements, et de permettre à la population de souffler, l'épidémiologiste estime que des événements pourraient être organisés, de manière sécurisée dans le respect des gestes barrières. "Pas une foule de 3000 personnes bien sûr, mais des événements encadrés, en plus petits nombres, à l'extérieur, où l'on responsabilise les gens doivent être envisagés. Cela aurait un fort impact social et un faible impact sur les transmissions".

"Il faut absolument trouver des solutions intermédiaires, d'ici à ce qu'on ait une couverture vaccinale optimale", martèle-t-il. D'ailleurs, il regrette que les dirigeants aient fait marche arrière sur les projets pilotes de la culture.

Si de tels débordements sont regrettables, le professeur comprend que l’environnement (la limitation des activités extérieures et des contacts sociaux) dans lequel on a mis les jeunes et la population les favorise. "Nous sommes des êtres sociaux, nous avons besoin d'interactions", rappelle l'expert.

Ainsi, "La Boum", ce poisson d'avril annoncé sur les réseaux sociaux, aurait-il pu être mieux géré par les autorités ? Si l'expert n'a pas d'avis politique à donner, il déplore tout de même que les pouvoirs publics "utilisent le bâton plutôt que la carotte. Ce n'est pas la meilleure solution pour dissuader les prochaines manifestations".

Yves Coppieters estime qu'il faudrait faire davantage de pédagogie et "prendre le temps de faire des débats avec les jeunes, et de leur donner un relais dans les médias pour comprendre leur malaise. Ca aurait plus d'impact pour limiter ce type de manifestations à risque".