Après avoir pris la parole face aux parlements européen, français, allemand, britannique, israélien ou encore américain, Volodymyr Zelensky s'exprimait ce jeudi 31 mars devant les députés belges à la Chambre des représentants. L'intervention en visioconférence du président ukrainien, dont le caractère historique a été souligné par la présidente de la Chambre Eliane Tillieux (PS), est survenue plus d'un mois après le début de l'invasion russe.

"Cela fait huit ans que l'Ukraine est en guerre, cela fait 36 jours que la Russie a envahi notre pays. Beaucoup de personnes ne croyaient pas que nous allions tenir mais nous avons tenu en défendant notre liberté. Notre courage a été l'objet de l'admiration de nombreux observateurs", a débuté Zelensky. "L'une des villes qui avait le plus grand potentiel économique a été presque complètement détruite. Cela fait plus de quatre semaines que Marioupol est complètement bloquée. Il n'y a rien: pas d'eau, pas de nourriture, pas de médicament. Il n'y a rien de ce qui est essentiel pour la survie. Malgré ça, la ville ne tombe pas. Les défenseurs de la ville avaient le choix de la quitter et de laisser la place à l'envahisseur. (...) Dans la plupart des cas, les Russes ne laissent pas entrer les convois humanitaires vers la ville. C'est actuellement l'un des endroits les plus horribles d'Europe, c'est l'enfer sur terre."

Le président ukrainien a regretté que personne n'ait "la réelle motivation d'aider Marioupol et le reste de son pays". "Qu'espèrent les personnes qui sont en train de défendre Marioupol et l'Ukraine en général ? Ils ont l'impression que les Européens n'ont pas assez de courage pour exclure les Russes de l'espace aérien ukrainien . Les défenseurs de l'Ukraine combattent pour la sécurité de toute l'Europe. On lutte contre la tyrannie qui veut diviser l'Europe, qui veut détruire ceux pour qui la liberté est très importante. Mais il y a ceux pour qui les diamants russes, qui sont vendus à Anvers, sont plus importants, ceux pour qui les revenus des bateaux russes dans leur port sont plus importants."

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"La tyrannie viendra vous prendre ce dont vous êtes fiers"

Le chef d'Etat a ainsi appelé la Belgique à accentuer son soutien. "Nous avons vraiment besoin d'aide en termes d'armement, nos militaires sont dignes de cette aide", a-t-il asséné.

Autre point important aux yeux de M. Zelensky: la garantie d'adhésion de son pays à l'Union européenne. "Si Marioupol tombe, la tyrannie viendra pour vous prendre ce dont vous êtes fiers, nous ne vous le souhaitons pas", a-t-il mis en garde. "En aucun cas, c'est une menace, c'est un simple constat des faits. Je vous appelle à ce que nous soyons dignes des exploits quotidiens des Ukrainiens."

Le président s'est dit extrêmement reconnaissant de l'aide apportée par la Belgique. "Vous avez été l'un des premiers pays à nous apporter une aide militaire", a-t-il souligné. "Vous pouvez devenir un exemple pour les autres pour faire plus pour faire reculer les Russes et faire revenir la paix. La paix a plus de valeur que les diamants, que les accords avec la Russie, que les bateaux russes, que le gaz russe. Aidez-nous: les armements, les sanctions, la possibilité de devenir membre de l'UE. Nous allons vous le rendre très vite."


"Une escalade qui pourrait faire basculer toute l'Europe"

Alexander De Croo a immédiatement répondu aux propos du chef d'Etat ukrainien. "Nous avons entendu votre message et je comprends votre frustration", a-t-il affirmé. "Vous avez plaidé pour une expulsion de la Russie de l'espace aérien européen . Mais cela signifie abattre des avions russes, cela signifierait enclencher ainsi une escalade qui pourrait faire basculer toute l'Europe. Il y aurait encore plus de victimes, la guerre s’étendrait et nous éloignerait d’autant plus d’une solution. Malgré tout, il est temps de choisir notre camp. Nous voulons continuer à soutenir l'Ukraine en frappant la Russie économiquement."

Le Premier ministre belge a ainsi précisé que le plat-pays allait fournir une aide supplémentaire. "La Belgique est à vos côtés, vous faites partie du peuple européen. Nous ne formons qu'une seule et même famille européenne. Vous partagez nos valeurs. L'Europe ferait une terrible erreur d'attendre le processus d'adhésion de l'Ukraine. Nous devons donner le droit à l'Ukraine de devenir pleinement européenne et de participer à des programmes comme Erasmus. (...) Quels que soient les plans du président Poutine, l'Ukraine ne sera jamais sienne. Sachez que les Belges admirent votre courage et votre sang froid. Nous saluons la bravoure du peuple ukrainien."

Revivez ci-dessus l'intervention du président ukrainien à la Chambre.