La bombe à retardement du vieillissement belge: la crainte d’avoir trois pensionnés pour quatre travailleurs

À l’horizon 2040-2045, on risque d’avoir 3 pensionnés pour 4 travailleurs qui cotisent.

Bruxelles - Siege IPM: Jean Hindriks - Professeur honoraire UCL - Economiste - Itinera
©JC Guillaume

Les citoyens du Royaume de Belgique constituent une population de plus en plus vieillissante. Le pourcentage d'individus qui partent à la retraite va en augmentant tandis que la part de personnes actives sur le marché du travail - qui cotisent donc - diminue. "À brève échéance, le nombre de retraités pourrait rattraper le nombre de travailleurs", alerte Jean Hindriks, professeur à l'UCLouvain spécialisé dans la soutenabilité financière du système des pensions. "On n'en est pas encore à la situation où un travailleur doit payer la pension d'un retraité. Actuellement, 5,77 millions de Belges sont à l'emploi pour 2,6 millions à la retraite. On est dans un rapport de 2,2. Mais dans les 20 prochaines années, ce ratio va se détériorer avec le départ massif à la retraite des baby-boomers [nés entre 1943 et 1960]. À l'horizon 2040-2045, on risque d'avoir 3 pensionnés pour 4 travailleurs."

Le flux de travailleurs sortant va bientôt être plus important que le flux entrant de personnes sur le marché du travail. "C'est un phénomène structurel qui n'est pas propre à la Belgique. Nos voisins européens connaissent le même problème", poursuit l'économiste. Le problème a démarré en Flandre il y a 6-7 ans et il se traduit par des pénuries dans tous les secteurs professionnels. Il s'étend maintenant à la Wallonie et à Bruxelles où la relève démographique devient également insuffisante.

On se retrouve dès lors dans une situation où "les dépenses de pensions augmentent deux fois plus vite que les recettes de cotisations." L'État est alors obligé de compenser en cherchant des financements ailleurs. Aujourd'hui, sur les 57 milliards d'euros que représentent les pensions, 2/3 viennent des cotisations des travailleurs et 1/3 est financé par le budget de l'État. "Le plus gros pourvoyeur, ce sont les recettes de la TVA."

La solution serait de mettre davantage de gens au travail. Seulement, la démographie suit une tendance lourde qui ne va pas changer. "Certains imaginent l'inverser en faisant venir des migrants. Mais mettre les migrants sur le marché du travail comporte son lot de difficulté. Rééquilibrer la pyramide des âges ne sera pas possible."

Quand les systèmes de fin de carrière ont été introduits en 1980, "on avait suffisamment de travailleurs pour les laisser partir plus tôt." Maintenant, "toute cette masse de baby-boomers partant sort du marché du travail. Un vide d'air se produit et on a des pénuries massives qui coexistent avec des chômages de longue durée. L'enjeu des fins de carrière est de retenir les travailleurs pour éviter que tout le monde ne parte en même temps. On ne peut pas louper ce coche sinon on va avoir des pénuries de partout."

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