Le pire est peut-être encore à venir: la Commission européenne prédit un assombrissement du climat économique

Elle prévoit un ralentissement marqué de la croissance et la poursuite des poussées inflationnistes

OleB
Le pire est peut-être encore à venir: la Commission européenne prédit un assombrissement du climat économique
©AFP

Les prévisions économiques estivales de la Commission européenne ne sont pas bonnes, et personne n'en sera surpris. La guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine continue d'avoir des répercussions sur l'économie de l'Union européenne (UE).
Selon la Commission, l'élan de la reprise post-Covid se poursuivra en 2022 avec une croissance de 2,7 % du produit intérieur brut pour l'UE et de 2,6 % pour la zone euro. Les taux de croissance diminueront cependant significativement en 2023 : il s'établira à 1,4 % pour l'UE et à 1,3 % pour la zone euro. C'est nettement moins que les 2,7 % annoncés en mai dernier, pour les prévisions de printemps. "On pourrait dire que l'économie européenne passe d'une phase de croissante lente à une phase de ralentissement", a commenté le commissaire européen en charge de l'Économie, Paolo Gentiloni. La croissance de l'économie belge serait meilleure que prévue en 2022 (2,3 % au lieu des 2 % annoncés au printemps), mais moins bonne en 2023 (1,3 % au lieu de 1,8 %), selon la Commission.

Les risques qu'envisageait la Commission dans ses prévisions de printemps "se sont matérialisés", a constaté l'Italien : "Des chocs résultants de l'évolution imprévisible des marchés de l'énergie", "un resserrement des conditions financières", avec la remontée des taux d'intérêt, "un ralentissement économique plus marqué aux États-Unis" et "une activité économique chinoise moindre qu'attendue" en raison des mesures drastiques de confinement mises en place par Pékin pour lutter contre l'épidémie de Covid-19

L’inflation bat des records

L'inflation atteint, elle, des niveaux records. L'attaque de l'Ukraine par la Russie contribue au phénomène, "en exerçant des pressions à la hausse supplémentaires sur les prix de l'énergie et des matières premières alimentaires", épingle la Commission. La Russie, qui figure au premier rang des fournisseurs d'hydrocarbures aux pays de l'Union européenne use de l'énergie comme d'un moyen de pression et de déstabilisation. Elle en fait de même pour les produits agricoles, bloquant par ailleurs les exportations ukrainiennes. "Ces facteurs alimentent les tensions inflationnistes mondiales qui érodent le pouvoir d'achat des ménages", note la Commission.
Résultat des courses : l'inflation a encore fort augmenté au deuxième trimestre 2022, passant de 7,4 % en mars (en glissement annuel) à un nouveau record historique de 8,6 % en juin pour la zone euro – 8,8 % pour l'ensemble de l'Union. Les prévisions ont été considérablement revues à la hausse par rapport aux estimations de printemps, en raison, notamment d'une nouvelle hausse des prix du gaz en Europe qui devrait se répercuter sur les consommateurs également via les prix de l'électricité (toujours calculé sur base de l'énergie la plus chère utilisée pour la produire). La Commission prévoit que l'inflation culmine à 8,4 % en glissement annuel au troisième trimestre 2022 dans la zone euro. Elle devrait, par la suite, baisser régulièrement et tomber sous les 3 % au dernier trimestre 2023, tant dans la zone euro que dans l'UE, au fur et à mesure que diminue la pression sur les prix de l'énergie et les problèmes d'approvisionnement.

La carte européenne de l’inflation renseigne que le Portugal, la France, la Suède et la Finlande s’en sortent le mieux avec un taux inférieur à 7 %. Ce taux dépasse 7 % pour l’Allemagne et les pays du Sud et 9 % pour une série de pays, dont la Belgique (9,4 %). La situation est particulièrement tendue dans la majorité des pays d’Europe centrale, où l’inflation dépasse 11 %, avec des pointes à 15,5% en Lettonie et à 17 % en Lituanie et en Estonie.

La crainte est que les hausses de salaire décidées pour répondre à l’augmentation du coût de la vie accentuent à leur tour les pressions inflationnistes et conduisent à une hausse de taux d’intérêt, qui pèserait sur la croissance, mais aussi la stabilité financière, avertit la Commission.

Un scénario du pire : une coupure brutale du gaz russe

Le pire est peut-être encore à venir, admet Paolo Gentiloni, qui prévient que les prévisions présentées ce jeudi sont "soumises à une forte incertitude et à des risques de baisse".
La confiance des entrepreneurs est en berne, ce qui risque d'avoir un impact sur les investissements. Une résurgence des cas de Covid est un élément susceptible de perturber et d'affaiblir l'économie européenne. Les risques les plus prégnants et les plus élevés sont cependant liés à l'évolution du conflit que mène la Russie en Ukraine.
Au printemps, déjà, la Commission envisageait un scénario du pire qu'alimenterait une décision de Moscou de couper les livraisons de gaz aux États membres de l'UE. Il conduirait "à plonger l'économie européenne en récession dans la seconde moitié de l'année et à déprimer davantage l'activité économique" en 2022, redoute le commissaire à l'Économie. "À la lumière des récents événements, ce risque est devenu plis qu'un scénario hypothétique, aussi nous devons nous préparer. La tempête est possible, même si nous n'y sommes pas pour le moment", conclut Paolo Gentiloni.

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