"Ce qui me frappe, c'est que certains indiquent que l'on va trop loin, et que d'autres disent que l'on ne va pas assez loin. Mais l'orientation générale est peu remise en cause", a-t-il observé. "Personne ne remet vraiment en cause la ligne. Ce gouvernement mène une politique du centre. Et il faut toujours le faire dans le contexte dans lequel on se trouve. Parfois, j'ai l'impression que certains ne tiennent pas compte de cela."

Le Premier ministre est notamment revenu sur le débat sur la sortie du nucléaire, qui a animé les discussions toute la journée. "Le débat sur le climat est circonscrit par certains à un débat pour ou contre le nucléaire. Les dogmes passent de l'un vers l'autre. Tous ceux qui suivent le débat de près savent que nous devons fermer 5 des 7 réacteurs. La question sur les deux derniers réacteurs n'est pas dogmatique au sein du gouvernement. Il s'agit d'une décision très rationnelle sur la base d'une enchère qui a eu lieu et dont nous recevrons d'ici peu les résultats. Deux critères seront analysés : la sécurité d'approvisionnement et l'impact sur les prix."

Selon Alexander De Croo, le climat est "la priorité numéro un que nous devons avoir à l'esprit." Une clause de rendez-vous attend en effet les partenaires de la Vivaldi en novembre. En fonction des résultats des enchères concernant la construction de centrales au gaz dans le cadre du mécanisme de rémunération de capacité (CRM), le gouvernement évaluera s'il maintient ou non les réacteurs de Doel 3 et Tihange 4 au-delà de 2025.

"Nous avons eu aussi un débat très vivant à propos de l'incapacité de travail", a poursuivi Alexander De Croo. "Le contrôle c'est bien, mais la confiance c'est mieux", a lancé le chef de l'exécutif, rappelant le rôle que jouera la concertation sociale. Selon lui, "les relations au travail sont aujourd'hui beaucoup plus équilibrées". "On crée aussi une dynamique pour que les gens soient motivés pour rejoindre les métiers en pénurie."

"La confiance économique est au plus haut depuis la crise de 2008, tout comme la confiance des consommateurs. Il ne faut donc pas prendre des mesures négatives. Je suis convaincu que cela se traduit dans le budget. Ce qui est soumis est un budget qui procède à des économies, qui réforme et qui investit. C'est un début de trajet, un budget et une politique qui renforceront notre pays", a-t-il conclu.

"S'il n'y a pas d'accord entre les partenaires sociaux (sur la réforme du marché du travail annoncée par le gouvernement), le dossier reviendra au gouvernement, comme nous l'avons fait pour l'accord interprofessionnel (AIP)", a encore indiqué le Premier ministre. Lors des débats, Alexander De Croo a été interrogé sur la manière dont la concertation sociale allait s'opérer. "'Nous voulons le faire de manière concertée. Mais s'il n'y a pas d'accord, nous exécuterons l'intention. Et l'intention, c'est par exemple de travailler plus une semaine et moins la semaine suivante..."

Le Premier ministre a en outre justifié l'absence de la réforme des pensions annoncée en septembre par la ministre Karine Lalieux dans le budget 2022. "Les gens demandent leur pension une année à l'avance. On ne peut donc pas faire une réforme des pensions qui aura un impact sur le budget 2022, c'est l'argument technique. L'argument politique, c'est que vous ne pouvez pas mettre les gens devant le fait accompli". Alexander De Croo a ajouté que la réforme entrerait en vigueur d'ici 2, 3 ou 4 ans. "Nous avons convenu avec Mme Lalieux de séparer cette discussion de la discussion budgétaire. Nous aurons cette discussion dans les mois qui viennent."

François De Smet à Alexander De Croo : "Ce qui est intéressant, ce n'est pas ce que vous dites, mais ce que vous ne dites pas"

"Vous êtes un homme maltraité par vos partenaires, et je dis cela avec une certaine empathie", a ironisé François De Smet à l'adresse du Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld). Dans son intervention lors du débat sur la déclaration de politique générale, le président de DéFI a jugé que le budget comportait "de bonnes idées, mais sans véritable souffle", dénonçant des "négociations perpétuelles" au sein de la majorité.

Selon lui, "ce qui est intéressant, ce n'est pas ce que vous dites, mais ce que vous ne dites pas", a-t-il déclaré, notamment en référence à la réforme des pensions, non inscrite au budget 2022. "Il est peu vraisemblable qu'il ne se passe rien sur les pensions. Est-ce que la ministre (Karine Lalieux - PS, ndlr) va déposer une note de politique générale dès 2022 ?", s'est-il demandé.

"Le nom de la Vivaldi ne peut être accolé à ce jour à aucune réforme, à aucun chantier d'envergure. Il y a toujours des oubliés : les femmes qui doivent avorter aux Pays-Bas, les classes moyennes, les migrants. Il est difficile de comprendre où vous allez. Il n'y a pas de véritable cap. Vous êtes des gestionnaires, alors que nous avons besoin de visionnaires."

Pour le cdH, "il y a un peu de tout et beaucoup de flou"

"Un peu de tout et beaucoup de flou" dans le budget 2022, a jugé la cheffe de groupe cdH Catherine Fonck. Pour les humanistes, "on n'a guère avancé, c'est presque un retour à la case départ." "On a vu des grandes promesses et de grandes annonces de lendemains meilleurs: sur la facture énergétique, deux trains par heure, des trains gratuits pour tous, soutenir les soignants, etc. Les partis de la majorité ont fait croire que tout était possible. 'The sky is the limit' ('le ciel est la limite' en français, NDLR). Et beaucoup de citoyens y ont cru. Autant d'illusions suivies de désillusions... L'écart entre les promesses, les annonces, les surenchères et les actes est immense. Et cela participe à alimenter la surenchère des partis extrémistes", a lancé Mme Fonck. "Vous êtes beaucoup plus clairs sur les dépenses que sur la manière dont vous allez les financer", a-t-elle ajouté.

Catherine Fonck a notamment pointé l'annonce du gouvernement de procéder à des investissements à hauteur d'un milliard d'ici 2024. "Pour atteindre 3,5% du PIB en investissements en 2024, 1,5 milliard par an d'ici 2024, à côté du plan de relance était annoncé. Il y a un recul à un milliard d'euros sur 3 ans. C'est bien dommage. Une fois que l'on annonce quelque chose, on ne peut pas modifier le cadre."

"J'espère que les lignes bougeront pour les classes moyennes dans les semaines à venir", a-t-elle également déclaré à propos des mesures prises pour limiter l'impact de l'augmentation des prix de l'énergie sur les ménages.