Les manifestants sont maintenant tournés vers un repreneur potentiel

BRUXELLES Les syndicats se sont dits satisfaits du soutien affiché par les responsables politiques, dans leur combat pour le maintien de la sidérurgie liégeoise dans son intégralité. La priorité est maintenant à la recherche d'un repreneur potentiel le plus rapidement possible, ont-ils laissé entendre vendredi à l'issue d'une réunion avec les gouvernements fédéral et wallon.

"La réunion s'est déroulée dans un climat relativement serein. Les politiques nous soutiennent dans notre combat qui est de ne pas accepter la décision de Mittal", a déclaré devant des travailleurs venus manifester à Bruxelles, Jean-Luc Rader, secrétaire régional FGTB Métal, en référence à la décision du groupe ArcelorMittal de mettre à l'arrêt sept lignes de la phase à froid liégeoise.

Si la priorité va maintenant à la recherche d'un repreneur potentiel, "il faudra trouver des solutions pour contraindre Mittal à céder les outils", a-t-il encore souligné.

"Les gouvernements fédéral et wallon se sont engagés à explorer toutes les pistes", a pour sa part indiqué David Camerini, président de la délégation CSC. La piste d'une nationalisation n'est cependant pas sur la table actuellement.

Les syndicats ont également réaffirmé leur volonté de sauvegarder l'ensemble des activités sidérurgiques du bassin liégeois, phase liquide et phase à froid comprises. Ils ont aussi redit ne plus vouloir d'ArcelorMittal comme interlocuteur. "Les gouvernements considèrent que Mittal n'est plus un interlocuteur valable. C'est un premier pas", a encore salué Jean-Luc Rader.

"C'est une multinationale qui est en train de détruire toute une région. On ne peut plus rester avec une épée de Damoclès au-dessus de notre tête", a renchéri David Camerini.

Les travailleurs décideront de la marche à suivre au cours d'une assemblée générale prévue lundi matin.

Six policiers blessés

Les travailleurs d'ArcelorMittal venus manifester à Bruxelles vendredi ont quitté la capitale vers 15h15. Six policiers ont été légèrement blessés lors de la manifestation, annonce la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles. Entre 400 et 500 manifestants ont rallié Bruxelles à bord de sept cars pour crier leur mécontentement après l'annonce faite jeudi par ArcelorMittal d'arrêter sept outils du froid en région liégeoise, menaçant ainsi 1.300 emplois directs, et quelque 6.300 emplois indirects, selon une estimation de l'UCM.

Les manifestants sont arrivés vers 11h30 rue Lambermont et s'en sont immédiatement pris aux barrages de police, indique cette dernière. Des pavés ont été arrachés et lancés en direction des forces de l'ordre, qui ont fait usage à plusieurs reprises de canons à eau ainsi que de sprays au poivre.
Deux véhicules garés dans l'enceinte du SPF Défense ont également été endommagés à la suite de jets de pierre.

Le rassemblement a causé de nombreux embarras de circulation dans le centre de Bruxelles, notamment aux alentours de la petite ceinture.

Tunnels fermés et situation très tendue à Bruxelles

La situation était très tendue vendredi midi à Bruxelles près du Lambermont, où travailleurs d'ArcelorMittal et policiers se faisaient face autour d'un barrage dressé afin d'empêcher l'accès à la résidence du Premier ministre. Les manifestants jetaient des pavés en direction des forces de l'ordre, qui font usage de spray au poivre et d'autopompes.

Plusieurs centaines de travailleurs d'ArcelorMittal se sont rassemblés vendredi midi à Bruxelles afin de protester contre l'annonce, faite jeudi par la direction d'ArcelorMittal, de la fermeture de plusieurs outils de la phase à froid liégeoise, entraînant la suppression de 1.300 emplois.

Les gouvernements fédéral et wallon se réunissaient à Bruxelles afin de trouver des pistes pour sauver l'outil sidérurgique. Une délégation d'une dizaines de représentants syndicaux était entrée vers 12h15 au Lambermont pour rencontrer les mandataires politiques. Les syndicats se sont refusé à tout commentaire à leur entrée.

La police a dressé un barrage afin d'empêcher l'accès des manifestants à la résidence du Premier ministre et manifestants et policiers se font face dans une ambiance plus que tendue.

Plusieurs manifestants ont tenté de franchir le barrage, sans succès, et peu avant midi la situation dégénérait, avec des jets de boules de neige, de pétards, de pavés et de bouteilles en direction des forces de l'ordre. Les policiers ont, eux, fait usage de spray au poivre et actionné leurs autopompes. Deux hélicoptères de la police survolaient également l'événement.

Les manifestants bloquaient également le passage des véhicules dans le tunnel Arts-Loi, ne laissant passer que quelques voitures.

On veut le maintien de l'ensemble de l'activité sidérurgique à Liège, le chaud et le froid, sinon ce sera une catastrophe sociale", a indiqué David Camerini, président de la délégation CSC.

"Il faut examiner toutes les formules possibles et imaginables pour que Mittal s'en aille. Que ce soit l'expropriation, la naturalisation ou la négociation, il faut que Mittal s'en aille et il faut surtout que les usines du bassin liégeois tournent", a pour sa part déclaré Francis Gomez, le président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg, qui demande également "des actes".

Embarras de circulation dans la capitale

La manifestation des travailleurs d'ArcelorMittal dans les environs du Lambermont, au centre de Bruxelles, provoque d'importants embarras de circulation dans la capitale, a-t-on appris vendredi auprès de Bruxelles Mobilité et Touring. La manifestation provoque notamment des embarras de circulation sur la petite ceinture, dans la rue Belliard, dans la rue de la Loi, dans le tunnel Loi, le tunnel Stéphanie et le tunnel Belliard, a indiqué la porte-parole de Bruxelles Mobilité, Inge Paemen.

Peu avant 13h, la circulation était à l'arrêt depuis déjà près de trois quarts d'heure dans les environs de la rue Lambermont, a indiqué le porte-parole de Touring, Danny Smagghe. "Dans le tunnel Léopold II, la circulation est déjà à l'arrêt depuis 30 minutes depuis la Basilique de Koekelberg."

Plusieurs tunnels de la petite ceinture ont été temporairement fermés à la suite d'actions menées par les travailleurs d'ArcelorMittal vendredi, ce qui est contraire à la loi, a-t-il indiqué. "Nous n'avons rien contre les manifestations, mais la circulation ne peut pas être entravée par des manifestations non-prévues. La police doit faire en sorte que la circulation puisse se faire normalement."

Rencontre entre gouvernements pour évoquer l'avenir de l'outil liégeois

La rencontre entre gouvernement fédéral et wallon, qui a débuté peu après 11 heures vendredi, se concentrera sur les pistes à suivre afin de sauver l'outil sidérurgique liégeois après le choc provoqué par la décision d'ArcelorMittal. "Notre devoir, c'est d'être à la manœuvre pour limiter au maximum la casse", a déclaré le ministre-président wallon Rudy Demotte à son arrivée au Lambermont. "Nous sommes prêts à tout envisager dans la mesure de nos moyens et en tout cas à accompagner un plan industriel", a-t-il ajouté.

"La piste privilégiée, c'est effectivement celle d'un repreneur disposant d'un plan industriel", a de son côté répété le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt. Selon ce dernier, des contacts informels ont déjà eu lieu et ils vont se multiplier dans les jours et les semaines à venir. "Nous nous donnons 2 mois pour trouver un partenaire, car cela ne sert à rien de faire traîner la situation", a-t-il poursuivi.

"Nous allons devoir être très fermes", a pour sa part affirmé le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders en qualifiant Lakshmi Mittal d"homme qui ne tient pas sa parole".

ArcelorMittal : deux mois pour trouver un repreneur

Le ministre wallon de l'économie, Jean-Claude Marcourt (PS), se donne deux mois pour trouver un repreneur aux activités délaissées par ArcelorMittal sur son site liégeois. "J'ai des idées en tête", a-t-il déclaré au micro de Bel RTL, sans toutefois citer de nom. S'il admet que les déboires d'ArcelorMittal sont liés à la conjoncture économique difficile, M. Marcourt impute la fermeture de sept lignes sur douze de la phase à froid, annoncée jeudi, avant tout à la stratégie défaillante du groupe.

Le géant sidérurgique s'est concentré sur un marché automobile désormais peu porteur et n'a pas développé de plan commercial pour permettre l'utilisation des outils liégeois, a-t-il accusé. "Je ne comprends pas cette stratégie".

Pour l'heure, le ministre PS "se refuse à parler de plan social et de licenciements". Il se donne deux mois pour trouver un repreneur capable de développer certaines activités de niche. Il y a, selon lui, "énormément d'industriels qui gagnent de l'argent en Europe, alors que Mittal en perd". "J'ai des idées en tête", a-t-il ajouté, sans toutefois donner les noms des candidats potentiels. "Je ne les ai pas encore contactés".

M. Marcourt veut croire qu'ArcelorMittal acceptera de céder les sites délaissés. "Sinon ce sera un mensonge supplémentaire", dit-il.

Interrogé sur les réactions politiques très dures à l'encontre de Lakshmi Mittal, qualifié par certains de "crapule", M. Marcourt estime que "la colère justifie les débordements oraux". Mais les dirigeants Mittal "ont perdu toute crédibilité", ajoute-t-il. "Il leur appartient de la reconquérir".