Economie

La nouvelle a été confirmée ce mardi par Herman Green, le patron de l'entreprise, et la Sogepa, le bras financier de la Région wallonne, actionnaire à 48% : Durobor, la dernière gobeleterie de Belgique située à Soignies, va faire aveu de faillite. Les banques n'ont pas soutenu la demande de crédit de la dernière chance de 10,5 millions d'euros faite par les deux actionnaires à l'automne dernier. 

Après donc plusieurs mois de réflexion, le crédit bancaire qui aurait permis à Durobor d'envisager un avenir a été refusé. L'entreprise, plongée dans la énième crise financière et industrielle de sa chaotique existence, avait besoin de 16 millions d'euros pour moderniser urgemment ses lignes de production. La Sogepa avait validé en novembre un investissement de 4 millions pour ce faire; les partenaires privés apportant, eux, 1,5 million. Sans l'appui des banques, la faillite était assurée puisque les caisses de Durobor sont vides et que la Wallonie n'assurera pas de portage, avait-on appris il y a quelques mois.

Il nous revient à bonne source que le refus des banques a été motivé par deux arguments. Le premier est d'ordre environnemental: des plaintes ont été déposées par des riverains au sujet des fumées émises par le four de l'usine, un four qui allait devoir subir une trop coûteuse mise en conformité. Le second concerne le personnel, jugé réticent à se plier à la flexibilité demandée par la direction et gourmand dans ses exigences salariales.

© Johanna de Tessières

Consternation

L'annonce de la fin de Durobor a été faite aux syndicats lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire organisé ce mardi à 9h. Les 154 travailleurs de l'entreprise ont été informés dans la foulée, lors d'une assemblée générale du personnel.

"C'est consternant pour la région et c'est un fleuron wallon qui disparaît. Je suis abasourdi et déçu pour les travailleurs, qui ont fait des efforts financiers et mentaux énormes depuis deux ans et la reprise de Durobor par Herman Green. Ils sont allés de déception en déception, et tout ça pour ça : une faillite, en plus", commente Carl Yernaux, secrétaire permanent de la CNE Hainaut. Une faillite, en effet, prive les travailleurs qui en sont victimes d'indemnisations de l'employeur. "Ils ne percevront chacun que 25.000 euros maximum du Fonds des fermetures des entreprises, et seulement dans un an", explique le syndicaliste.

Perte sèche pour la Wallonie

La Région wallonne était montée à bord du bateau Durobor en 2015, transformant en actions un prêt de 15 millions d'euros consenti à l'entreprise en difficulté. Elle était également devenue propriétaire des murs et des outils.

Le Néerlandais Herman Green et ses associés privés avaient projeté de construire une nouvelle usine Durobor à Soignies, plus moderne et performante, pour finalement renoncer et opter pour la création de trois lignes de production et d'une ligne de décoration des verres dans les bâtiments existants.

La perte d'un fleuron industriel

Avec la mort de Durobor, c'est une page de l'histoire industrielle belge qui se tourne. Durobor, fier exemple du travail du verre qui fit la richesse et la renommée de la Belgique aux 19e et 20e siècles. 

Qui n'a jamais tenu en main un verre à Jupiler ou à Leffe, ou bien une verrine ? Des inventions made in Durobor. Sa signature était reconnaissable entre mille : la bulle d'air incrustée dans le fond du verre.

Comme tant d'autres entreprises, Durobor a alterné périodes de prospérité et de marasme, passant du faste aux restructurations, des éclairs de génie à la lenteur à s'adapter à la compétitivité de son secteur, de propriétaires en propriétaires. Il restera incontestablement aussi de Durobor un attachement immense de ses travailleurs à leur usine. Une usine gros employeur et moteur économique de la région pendant des décennies. Jusqu'au déclin inexorable, amorcé dès les années 90.

On a annoncé la fin de Durobor cent fois. Ce 30 avril, cette fois, c'était la bonne.

-> Retrouvez notre reportage réalisé en 2015

© Johanna de Tessières