Parmi les manifestants d'ArcelorMittal présent ce mardi à Namur, beaucoup n’y croient plus

NAMUR Malgré la bonne humeur de son camarade Salvé qui tente de le dérider, Giacomo est accablé. “On est dégoûtés. On n’a plus confiance en ces gens-là. Il faut qu’ils arrêtent de nous faire de fausses promesses et de nous prendre pour des imbéciles. Quand on perd son emploi parce qu’il n’y a plus de commandes, on peut se résigner. Pas quand il s’agit juste de faire plus de bénéfices. L’entreprise est rentable, mais pas assez pour Monsieur Mittal qui n’est qu’un financier. J’ai 46 ans et ça fait 26 ans que je travaille là. J’ai passé ma vie à Cockerill.”

Son collègue fait bonne figure devant la famille, mais n’a plus d’espoir. “À partir du moment où les syndicats négocient pour un plan social plus ou moins acceptable pendant 15 mois et qu’on prend la décision de virer 2.100 personnes, dans quel état d’esprit voulez-vous qu’on soit ? Celui du bétail qu’on amène à l’abattoir.”

Pourtant, ils attendent avec impatience les nouvelles de l’entrevue entre les ministres wallons et leurs représentants. L’un d’entre eux vient leur faire un bref compte-rendu. “Les délégués ont été reçus, les ministres ont apparemment bien compris l’étendue du drame. La Région wallonne va relancer d’urgence une task-force pour essayer de nationaliser la sidérurgie”, annonce-t-il mi-figue mi-raisin.

Ils se disent satisfaits, mais ils savent que le combat est presque perdu. Ils sont démotivés, révoltés, désespérés… mais tous auront repris le travail ce mercredi matin. “On a tous une famille, des enfants à nourrir, alors on a besoin de notre salaire à la fin du mois. Aucun d’entre nous ne peut se permettre une grève au fiinsh. De toute façon, cela ne servirait à rien, explique Fred, un cadre en désaccord avec sa direction. Comme elle attendait une décision de ce genre depuis plusieurs semaines, la hiérarchie avait déjà ordonné le déplacement de bobines de tôle ailleurs. Une grève ne bloquerait pas grand-chose…”

© La Dernière Heure 2013