Les syndicats chrétien et socialiste mènent une action mercredi matin devant le siège social de Proximus à Bruxelles. Vers 7h00, des dizaines de travailleurs étaient déjà présents au pied des tours.

Il est 8h30 et, au pied des tours Proximus de Bruxelles balayées par le vent, le personnel affilié aux syndicats chrétien et socialiste, les deux organisations qui ont voté "non" il y a quelques jours au projet d’accord social de l’entreprise, commence à arriver. Coupe-vent rouges et verts, quelques calicots, affichettes à coller aux portes, sifflets, cornes de brume, pétards et fumigènes rouges : l’arsenal des manifestations est déployé.

© Marie Russillo

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Par petits groupes, les manifestants se postent devant toutes les entrées du bâtiment pour en interdire l’accès. Combien sont-ils, difficile à dire, mais probablement 1500 personnes sont présentes pour bien rappeler que le plan social de Proximus, négocié pendant 10 mois mais jugé "injuste, inhumain", ils n’en veulent pas.

Il n’y a pas que les services bruxellois qui sont en grève. Des piquets bloquent les entrées des bâtiments de Proximus à Liège, Mons, Charleroi, Libramont, Verviers. Beaucoup de boutiques sont également fermées, certaines depuis une semaine, preuve que la colère d’une partie du personnel est vive.

"Les gens sont à bout"

"Il y a de la rancœur, de la colère, de la tristesse aussi. Dans les assemblées du personnel, j’ai vu des gens en larmes. On est venu en informer brutalement certains dans leur service qu’ils ne pourront pas garder leur emploi. Aujourd’hui, on a donné des consignes de calme mais les gens sont tellement à bout que je crains des débordements", explique Laurent Malengreau, permanent CGSP. Lui aussi est gagné par l’émotion quand il évoque le sort du personnel de Proximus. C’est que la mobilisation du syndicat socialiste, en terme d’actions de grève, dure depuis une semaine. La fatigue s’installe, les nerfs sont à deux doigts de craquer mais il faut rester fort car le combat n’est pas terminé.

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La journée s’annonce en effet cruciale. A 10h, la commission paritaire acte le rejet du projet d’accord (7 voix contre et 11 pour mais la majorité des deux tiers était requise) et renvoie la balle vers le conseil d’administration (CA). Les administrateurs devaient se réunir jeudi matin mais la réunion a été déplacée à ce mercredi après-midi, dans un lieu tenu secret afin d’éviter tout débordement. Le CA a en théorie un pouvoir énorme : celui de jeter aux orties le fruit de dix mois de négociations et de passer en force. "Ce serait une vraie déclaration de guerre", lance Stéphane Daussaint, permanent de la CSC Transcom. "On serait alors parti pour des semaines d’incertitude et on fera grève en front commun."

Une bronca pour accueillir Stefaan de Clerck

Peu avant 9h, devant l’entrée principale du bâtiment, une clameur s’élève. Des huées énormes. L’impensable se produit : Stefaan De Clerck, le président du CA, arrive à pied, fendant les grappes de manifestants et entouré des caméras de télévision, alors qu’on pensait qu’il choisirait l’entrée par le parking souterrain pour pénétrer dans la tour. "Vendu, vendu, vendu !", hurlent certains. Stefaan De Clerck est coincé car les portes ne s’ouvrent pas. Les agents de sécurité de l’entreprise les ont fait fermer pour empêcher toute éventuelle intrusion des grévistes. Le président a le masque. Un sourire crispé barre son visage. Il essuie cris et huées, de plus en plus fort mais reste stoïque. Une vraie bronca. "Trahison ! Le personnel est en colère", entend-on dans la foule.

© Marie Russillo

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Stefaan de Clerck accorde des interviews aux journalistes, ce qui aggrave la colère ambiante. Il se fait noyer de gaz fumigènes rouges dégainés à bout portant par un manifestant. Au bout de longues minutes, il tente une entrée par une porte située quelques mètres plus loin. En vain. Et il revient à son point de départ. Mais la foule des manifestants se fait de plus en plus pressante et hostile autour de lui. "Dégage !", "Traître", "Démission", sont scandés et le huées reprennent de plus belle. Stefaan De Clerck ne devra son salut qu’à l’ouverture d’une porte au bout de plusieurs minutes d’une tension extrême.

Le sort du personnel entre les mains du CA

Nul ne sait donc ce que le CA va décider. En tout cas, Proximus veut absolument boucler un accord social avant la fin de l’année. Trois scénarios au CA sont possibles : une validation de l’accord négocié, un retour aux négociations sociales pour trouver un nouvel accord ou bien la décision de revenir au plan initial de Proximus : supprimer 1900 emplois. Les responsables syndicaux sont très inquiets et ne s’en cachent pas. "Si le CA passe en force, je crains un scénario à la France Télécom", glisse, ému, Laurent Malengreau. Il y a dix ans, une trentaine d’employés de l’entreprise française avaient mis fin à leurs jours, certains sur leur lieu de travail.