Le 25e rapport de la Cour des comptes est particulièrement assassin pour les finances wallonnes.

En effet, alors que le ministre wallon André Antoine en charge du Budget annonçait en commission que la dette à long terme de la Région atteignait 6,25 milliards d’€, la Cour annonce une dette de 11,237 milliards d’€. "Cette nouvelle est catastrophique pour la Wallonie. Nous avions toujours fait état de nos craintes au ministre en développant nos arguments point par point. Toute la stratégie de la Région consiste à évacuer la dette via d’autres mécanismes et d’autres constructions budgétaires", explique Willy Borsus, chef de groupe MR au Parlement wallon.

Pour arriver à ce montant de 11,237 milliards d’€, la Cour additionne la dette à long terme de la Région, la dette à long terme des institutions et les engagements de remboursement de la Région.

Mais c’est dans les conclusions que la Cour est la plus sévère pour les finances régionales : "La Cour rappelle que les principes comptables de régularité, de sincérité et d’image fidèle constituent les fondements de toute comptabilité. Toutefois, les bilans et comptes de patrimoine établis par la Région n’y répondent actuellement pas. La Cour insiste dès lors sur la nécessité de veiller à ce que ces comptes donnent dorénavant une image fidèle, sincère et régulière de la situation financière et patrimoniale de la Région."

Willy Borsus craint donc que la dette ne soit encore plus importante : "Ce montant se base sur des données incomplètes… du fait de l’absence de rigueur dans la gestion des finances publiques. Il y a une absence de transparence, un non-respect des obligations comptables, une absence de procédure de contrôle interne, etc. Le ministre Antoine a toujours refusé notre demande d’audit de la dette wallonne. Si on n’a rien à cacher, on ne refuse pas."

Et le MR d’enfoncer un peu plus le clou en abordant la question de la dette garantie de la Région. "On parle ici de 6 milliards d’€ en plus qui sont garantis par la Région pour d’autres entités. On peut citer, par exemple, la SWL (NdlR : Société wallonne du logement). Si ces institutions ne parviennent pas à rembourser leurs emprunts, c’est la Région qui doit suppléer", précise Willy Borsus.

La Cour des comptes indique encore qu’outre ces engagements de remboursements d’emprunts, "la Région est tenue au respect d’autres engagements financiers qui n’ont pas été examinés dans le rapport, c’est inquiétant", poursuit W. Borsus qui insistera également sur les prises de participation de la Région. "La Cour a constaté que la Région ne dispose pas d’un inventaire exhaustif et centralisé des participations financières qu’elle a acquises directement ou par l’intermédiaire de mandataires."

Le MR souhaite que le gouvernement wallon s’explique : "Ce rapport met à mal le satisfecit hâbleur du ministre du Budget qui, encore tout récemment, lors de l’examen du budget initial, a ironisé sur le catastrophisme du MR. La Cour des comptes, ce n’est pas le MR. C’est un organisme sérieux et indiscutable. Et son rapport est très sévère pour la gestion des finances publiques."

Précisons que le montant avancé par le ministre en commission (6,25 milliards) n’est pas non plus un montant fantaisiste. On le retrouve dans le rapport de la Cour (P. 169). Mais ce montant en exclut effectivement d’autres qui, selon la Cour, doivent être considérés comme faisant partie intégrante de la dette wallonne.