Economie

La reprise pourrait être rendue plus ardue par la pénurie d'électricité consécutive à la crise nucléaire


TOKYO Le séisme et le tsunami risquent de replonger le Japon dans la récession et la reprise pourrait être rendue plus ardue par la pénurie d'électricité consécutive à la crise nucléaire, qui fait peser une lourde incertitude.


La catastrophe du vendredi 11 mars a dévasté le nord-est du pays et les dégâts pour la troisième économie mondiale pourraient se chiffrer en centaines de milliards de dollars.


Les quatre préfectures les plus touchées représentent entre 6 et 7% de l'activité économique de l'archipel, selon des estimations de Barclays Capital.


Pour la production industrielle, les dégâts sont déjà manifestes. De grands groupes comme les géants de l'automobile Toyota et de l'électronique Sony ont suspendu leur production sur de nombreux sites.


"L'économie va sans conteste nettement se contracter à court terme, en raison des effets portés à la fois à l'offre et à la demande", a estimé Takehiro Sato, économiste chez Morgan Stanley.


Après une croissance soutenue de plusieurs trimestres depuis la fin de la récession de 2008-2009, le produit intérieur brut a baissé de 1,3% entre octobre et décembre 2010, en rythme annualisé. Avant le séisme, la plupart des économistes jugeaient qu'il devait rebondir au premier trimestre 2011.


Mais avec la catastrophe, il risque désormais de poursuivre son recul jusqu'en juin, prévoit Susumu Kato, de la banque Crédit Agricole, qui évoque une "récession temporaire".


"Les clients vont devenir encore plus prudents et augmenter leur épargne de précaution pour les difficiles jours à venir. Cela va fortement limiter la consommation", explique-t-il.


Les dégâts sur les infrastructures vont en outre perturber encore un moment la fourniture d'électricité, d'eau et la production de nombreux secteurs. Les transports ferroviaires, cruciaux dans la mégapole de Tokyo, tournent encore au ralenti, une semaine après le séisme.


"Environ 10% de la capacité électrique (nucléaire et thermique) pourrait être hors de service avant que les centrales au gaz et au fioul puissent augmenter leur production", souligne Nariman Behravesh, du cabinet américain de consultants IHS.


Onze des cinquante réacteurs nucléaires du Japon sont stoppés depuis le tremblement de terre, et au moins quatre d'entre eux ne redémarreront jamais.
Confrontée à une production d'électricité réduite, la compagnie chargée de la région de la capitale, poumon économique du pays, coupe le courant de façon ponctuelle et localisée depuis le début de la semaine pour éviter un black-out majeur.


Elle a prévenu qu'elle pourrait poursuivre cette politique au moins jusqu'à la mi-avril, ce qui oblige les entreprises des secteurs concernés à fermer temporairement.


Pire, les graves problèmes rencontrés par la centrale nucléaire de Fukushima 1 créent une situation imprévisible, hantise des marchés, et l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a plongé de 10,22% en une semaine.


Une catastrophe nucléaire de grande ampleur aurait des conséquences importantes et durables sur la confiance des consommateurs, les exportations alimentaires et le tourisme dans l'archipel.


Si la situation n'empire pas à Fukushima, la croissance pourrait toutefois vite redémarrer. L'agence de notation financière Moody's juge que "la situation au Japon va s'améliorer au troisième trimestre, quand les efforts de reconstruction, financés par les fonds publics, contribueront à soutenir la croissance".


Cet énorme effort risque néanmoins d'encore alourdir la colossale dette publique, qui représente 200% du PIB, ce qui pourrait nécessiter une hausse de l'imposition. La récente flambée du yen, si elle n'est pas enrayée, pourrait de surcroît pénaliser les groupes exportateurs nippons sur les marchés internationaux.


© La Dernière Heure 2011