Le journaliste Ludwig Verduyn a recensé les 200 familles belges les plus riches de Belgique

BRUXELLES Quelles sont les familles les plus riches en Belgique ? Le journaliste flamand Ludwig Verduyn avait tenté de répondre à cette question en publiant un premier livre sur le sujet en 2000. Non sans heurts : à l’époque, certains y voyaient une sorte de voyeurisme déplacé, voire un " prétexte politique pour un cadastre des fortunes ". Le livre avait fait grand bruit dès sa sortie. "Mais mon ouvrage n’a finalement provoqué aucune vague juridique , explique l’auteur à nos confrères de La Libre Belgique. J’ai même été contacté par plusieurs entrepreneurs qui estimaient que j’avais sous-estimé leur fortune".

L’actuel rédacteur en chef de ActuaTV remet le couvert treize ans plus tard, avec un nouvel ouvrage (1) qui vient d’être traduit en français.

Selon les chiffres de Ludwig Verduyn, les 200 familles les plus riches posssèdent aujourd’hui environ 5% de l’ensemble de la fortune des ménages belges. "Une famille peut représenter jusqu’à 10 ménages." nuance-t-il.

Et d’expliquer sa méthode."Nous sommes allés à la recherche de fortunes actives, des personnes qui ne laissent pas leur argent à la banque, mais qui s’en servent pour participer au fonctionnement de la société. De nos jours, laisser son argent à la banque ne permet pas de s’enrichir."

Le livre est préfacé par Jef Vuchelen, professeur ordinaire à la VUB. "Personne ne peut nier que les gros revenus, surtout en comparaison avec ce qui se fait dans les pays voisins, jouissent, en Belgique, d’un traitement fiscal attrayant, explique le professeur . Nul besoin d’une boule de cristal pour savoir que cette situation n’est pas viable".

Le top 3 des familles riches belges ?

Les trois familles actionnaires historiques du géant brassicole AB/Inbev, dont l’auteur estime la fortune à près de 25 milliards d’euros, suivies de la famille du financier Albert Frère (2,9 milliards d’euros) et la famille campinoise Emsens (mines, quelque 2,4 milliards d’euros). (Voir infographies ci-contre). Quelques constats ressortent de ce classement .





1. Les entreprises belges, une histoire de famille.

"Contrairement à d’autres économies modernes, seule une petite partie des entreptrises belges est cotée en Bourse, explique Ludwig Verduyn. Les entreptrises restent très souvent aux mains de grandes familles, ce qui provoque parfois des disputes concernant les droits de chacun". D’autre part, ces PME familiales ne "brillent pas toujours par leur transparence, d’après lui. L’une des raisons ? "La réalité montre que les entrepreneurs témoignent peu de confiance envers les pouvoirs publics, en général, et envers les pouvoirs publics belges, en particulier."

2. Ceux qui arrivent, qui progressent

Malgré la crise, la plupart des grandes fortunes "se portent bien", estime l’auteur. Certaines mieux que d’autres. Ainsi, par rapport au classement établi en 2000, l’ex-journaliste du "Morgen" enregistre 85 nouvelles entrées parmi les 200 familles les plus riches. On note la présence de la famille anversoise Van Rompuy (banque Argenta), ou encore de l’investisseur belgo-congolais George Forrest qui aurait l’intention de faire entrer son groupe à la Bourse de Londres. Autre entrée remarquée : les familles Thermote et Vahalst (chariots élévateurs) ou encore Paul Gheysens, investisseur en immobilier. D’après l’auteur, les familles qui se sont les plus enrichies depuis 2000 sont la famille d’Albert Frère qui préparerait sa succession ( voir ci-dessous) et les familles actionnaires de la société Unilin (Quick-Step), dont la vente au géant américain de la moquette Mohawk a rapporté près de 2,2 milliards d’euros.

3. Ceux qui partent, qui régressent.

L’éclatement de la "bulle Internet", au début des années 2000, a eu des conséquences pour les grosses fortunes. Les actionnaires de la société Real Software, très bien classée en 2000, disparaissent ainsi de la liste, tout comme la famille Bijnens (Ubizen). Les nombreuses familles flandriennes, actives dans le secteur du textile, sont aussi en régression. La crise est passée par là. Plusieurs grandes familles ont également "reçu un violent camouflet" avec le crash de Fortis. Certaines disparaissent du classement de M. Verduyn pour d’autres motifs. "Décéder sans avoir réglé sa successsion est presque une garantie de sortie de notre liste." Enfin, le journaliste explique que plusieurs familles ont "disparu du radar belge". "Mais on en retrouve certaines parmi les plus riches de Suisse."

A noter aussi que l’auteur a retiré la famille royale , 25e dans la 1ère édition de sa liste.

4. Les grosses fortunes restent en Flandre

Le constat est limpide : la grande majorité des familles les plus riches se retrouvent, comme en 2000, au nord du pays. Elles sont 152 dans le classement, contre 17 en Wallonie (statu quo par rapport à 2000) et 25 à Bruxelles (-7). Pour la première fois, six Belges, actifs depuis l’étranger, sont aussi intégrés dans la liste. Avec 55 familles dans le classement (+10), la Flandre occidentale est plus que jamais "le terreau le plus propice à la croisance des fortunes", d’après l’auteur. Des familles ouest-flandriennes qui se caractériseraient aussi "par leur forte discrétion". Pour vivre riches, vivons cachés ?

"Les 200 familles les plus riches de Belgique", Ludwig Verduyn, pp. 431, éditions Jourdan.

© La Dernière Heure 2013