Economie

La plupart des Bourses mondiales, émergentes exceptées, se portent bien. Le Bel 20 a atteint ce mercredi son plus haut niveau depuis le début de la crise financière. Les actions européennes sont actuellement les valeurs les moins valorisées.


Les actions européennes plébiscitées

Bien qu’un Belge sur deux soit incapable de mettre de l’argent de côté, les montants placés sur les comptes d’épargne continuent à battre des records. Au mois de juin, 245,51 milliards d’euros étaient logés sur le bon vieux livret d’épargne. Les Belges sont attirés par la garantie de 100 000 euros qu’offre l’Etat.

Au niveau de la Bourse, les performances ont globalement été bonnes depuis le début de l’année, à l’exception notable des marchés émergents. Ce mercredi, le Bel 20 a d’ailleurs atteint 2 804,92, son plus haut niveau en cinq ans.

Sur l’année écoulée, le S&P 500 américain a progressé de 19 %, l’Eurostoxx 50 de 7 % et le Nikkei japonais de 31 %. Cette envolée de la place japonaise est néanmoins contrebalancée par la chute du yen. De son côté, la Bourse de Shanghai est en perte de 10 % sur l’année écoulée.

Quelles sont les conséquences à tirer de ces évolutions ? Est-il trop tard pour acheter des actions européennes ou américaines ? La correction des marchés émergents est-elle une bonne opportunité ? Frank Vranken, responsable des investissements chez BNP Paribas Fortis, et Geoffroy Goenen, responsable actions européennes chez Dexia Asset Management, livrent leurs conseils en la matière.

Selon Geoffroy Goenen, il est préférable d’investir dans des actions plutôt que dans des obligations. "Depuis plus de cinquante ans, le différentiel de rendement n’a jamais été aussi favorable aux actions", explique-t-il. Frank Vranken estime également qu’il est préférable de surpondérer les actions et de sous-pondérer les obligations. Selon Geoffroy Goenen, une correction des marchés à court terme n’est cependant pas à exclure. "Les Bourses ont besoin de souffler, déclare-t-il. Il persiste aussi quelques nuages sur l’Europe. Les élections allemandes de septembre et le sort du programme OMT qui est entre les mains de la Cour constitutionnelle allemande".

Quelle région choisir ? Actuellement, c’est l’Europe et les Etats-Unis qui semblent avoir la cote. "Nous avons néanmoins une préférence pour les Bourses européennes qui accusent toujours du retard sur les Etats-Unis, précise Geoffroy Goenen. Les actions américaines sont devenues un peu chères et il ne faudrait pas que l’économie américaine ralentisse". Frank Franken est également positif en ce qui concerne les Etats-Unis mais il "penche un petit peu plus pour l’Europe".

Malgré la correction boursière enregistrée dans les marchés émergents, Frank Vranken n’est pas spécialement convaincu qu’il y aura un rebond. "Ce recul des marchés émergents nous a surpris car c’est toujours là que l’on trouve de la croissance, déclare-t-il. Mais nous avons décidé de réduire notre surpondération sur la zone. En cas de durcissement de la politique monétaire américaine, des liquidités pourraient encore quitter cette zone pour les Etats-Unis". En effet, la fin de la politique monétaire accommodante des Etats-Unis aurait pour conséquence une hausse des taux d’intérêt. Cela rendrait donc les obligations américaines plus attractives. Le taux US à dix ans est déjà passé de 1,60 à 2,60 %, mais sa moyenne historique est plutôt aux alentours de 3,50-4 %.

En ce qui concerne le Japon, Frank Vranken attend de voir si l’embellie économique se confirme. Même si c’est "bien parti", il reste pour le moment "neutre" sur cette région. "Il faudra voir si l’augmentation TVA ne va pas trop pénaliser la croissance", argumente-t-il.

Quels secteurs ? Nos deux experts raisonnent d’abord en termes de secteur plutôt que de zone géographique. "Nous sommes peut-être à un moment charnière, la croissance pourrait revenir au troisième trimestre, note Frank Franken. Nous privilégions donc un mix de valeurs cycliques et défensives. Nous sommes positifs sur l’industrie pharmaceutique, les assurances et les biens de consommation durable comme les voitures, les médias ou les voyages. En revanche, nous déconseillons les sociétés minières et celles liées aux matières premières".

Du côté de Dexia-AM, on estime que les valeurs cycliques commencent à arriver à leurs objectifs de valorisation. "Il faudrait une forte accélération des bénéfices pour que les performances boursières des cycliques s’améliorent", note Geoffroy Goenen.

Etant indécis sur les cycliques, Dexia-AM conseille donc le secteur défensif : la santé, les pharmaceutiques (Sanofi), les cosmétiques (Roche) et l’alimentaire. Sont également conseillées les sociétés actives dans les ingrédients alimentaires (Kerry) et chimiques (Croda), la vente par internet (Yoox) et l’automotisation (Duerr). En revanche, les pétrolières, les chimiques, les télécoms et les services à la collectivité sont sur la liste rouge de Dexia-AM.Laurent Lambrecht


Investir au bon moment

C’est le dilemme de chaque investisseur : est-ce le bon moment pour investir ? Et là, nul ne le sait vraiment… L’une des parades, c’est d’investir régulièrement de petites (ou grosses) sommes, chaque mois par exemple. Vous lissez alors vos versements. Des baisses de régime des marchés ne sont pas forcément catastrophiques : vous achetez alors à meilleur compte.

Plusieurs banques proposent de telles formules. Certaines sont plus gourmandes que d’autres en frais d’entrée : il s’agit des grandes banques. Keytrade Bank permet d’investir à partir de 25 euros par mois, sans frais d’entrée. Chez Deutsche Bank, c’est 100 euros par mois, là encore sans frais d’entrée. Si vous activez un investissement programmé d’ici la fin septembre, vous recevez même un bonus de 100 euros. Pas de frais d’entrée chez Rabobank, où vous devez toutefois effectuer chaque mois la transaction d’achat.

Le beurre et l’argent du beurre?

L’autre possibilité, c’est de vous orienter vers les fonds dits flexibles. Il s’agit de fonds d’investissement dont la gestion est assez… flexible : le gestionnaire a en fait une très grande marge de manœuvre et n’est pas obligé d’avoir en permanence 40 à 60 % d’actions, que les marchés soient à la hausse… ou à la baisse.

Ces fonds sont actuellement très prisés par les investisseurs. Leur avantage ? Ils permettent de passer assez bien entre les gouttes en cas de tempête boursière. La référence en la matière est le célèbre fonds Carmignac Patrimoine, qui n’a pas perdu d’argent en 2008 alors que les marchés plongeaient de quelque 40 % dans le même temps.

De tels fonds s’adressent donc à des investisseurs qui veulent se retrouver à l’abri en cas de marché baissier. Si le marché est haussier, ils sont quelque peu à la traîne par rapport aux fonds ayant lourdement investi en actions. Logique.

Ces fonds peuvent toutefois aussi connaître des moments difficiles : ce fut le cas, en mai et juin dernier, de Carmignac Patrimoine et du Global Allocation Fund de BlackRock. Sur un an, la performance de Carmignac Patrimoine est même légèrement négative, en raison, notamment, des mauvaises performances des marchés émergents.

Investir dans des fonds, c’est toutefois miser sur le long terme. Sur 10 ans, Carmignac Patrimoine dégage encore un rendement annuel moyen de 7,16 %. C’est 6 % pour le fonds Global de Black Rock sur cette période, et même un peu plus de 7 % en moyenne sur les cinq dernières années. Un fonds actuellement très prisé est Ethna-AKTIV. Là encore, cela donne des performances plus qu’honorables : de l’ordre de 8 % sur dix ans, avec une valeur d’inventaire qui a connu peu d’accrocs.

Petercam a lancé en 2011 un fonds Patrimoine qui s’adresse aux épargnants souhaitant engranger des rendements supérieurs à leur carnet de dépôt sans courir trop de risque. L’engagement, c’est que vous aurez toujours un rendement positif douze mois après avoir effectué votre investissement.

Sur l’année 2012, ce fonds a par exemple dégagé un rendement de 4,3 %. Il s’est apprécié de 3,17 % au 1er trimestre, mais a perdu des plumes ensuite (-1,82 % d’avril à fin juin).

Autant de fonds qui sont toutefois frappés d’une taxe de 25 % sur la plus-value.


L’or va-t-il retrouver son éclat ?

Le cours du métal jaune s’est fortement déprécié ces derniers temps ? Rien qu’au deuxième trimestre, le précieux métal a perdu 25 % de sa valeur. L’once d’or vaut actuellement aux alentours de 1 300 dollars, contre un montant de 1 800 dollars en octobre 2012. Selon Guy Wagner, chef économiste à la Banque de Luxembourg, cela s’explique par le recul de la demande pour l’or papier. Les Banques centrales des pays émergents continuent, en effet, à acheter de l’or physique. Cette correction du métal jaune représente-t-elle pour autant une bonne opportunité ? "C’est très compliqué de prévoir les mouvements de l’or, note Geoffroy Goenen, responsable actions européennes chez Dexia-AM. C’est un actif par défaut qui n’a pas de valorisation précise. Si vous pensez que les problèmes économiques sont encore devant nous, l’or est un bon placement. Mais pas si l’économie repart". Frank Vranken, responsable des investissements chez BNP Paribas Fortis, conseille plutôt de "s’abstenir d’investir dans l’or""Le métal jaune est hypersensible aux mouvements du dollar, explique-t-il. Je l’utiliserais uniquement pour diversifier mon portefeuille à hauteur de 5 %"