L'information est tombée tôt ce matin, ING compte licencier plus de 3500 emplois. Cela représente 40% des effectifs actuels d'ING en Belgique. Le monde politique belge réagit.

Kris Peeters en contact avec la direction à l'issue du conseil d'entreprise

Le ministre fédéral de l'Emploi, Kris Peeters, aura un contact lundi avec la direction d'ING à l'issue du conseil d'entreprise où les pertes d'emplois au sein du groupe sont annoncées aux représentants du personnel. "C'est terrible pour les gens qui voient leur emploi menacé et pour la création d'emplois", a-t-il commenté au micro de la radio publique flamande.

Pour M. Peeters, il n'est d'ailleurs pas exclu que d'autres banques restructurent également vu la digitalisation en cours et les taux d'intérêt au plancher. Il a d'ailleurs demandé à la fédération du secteur Febelfin de faire part de solidarité et d'étudier la mise sur pied d'un fonds pour aider le personnel licencié à se réorienter professionnellement.

"Nous avons aidé par le passé les banques à coups de milliards d'euros. C'est maintenant aux banques de prendre leurs responsabilités pour la reconversion de leur personnel."

Il attend à présent de la direction d'ING qu'elle lui précise comment elle compte organiser la concertation sociale dans le cadre de la loi Renault, a-t-il ajouté.


Elio Di Rupo appelle à sanctionner les licenciements boursiers

Elio Di Rupo exprime sa solidarité avec les travailleurs d'ING: "Après Caterpillar, après Axa, c'est à nouveau une entreprise qui fait du profit, mais pas assez selon ses actionnaires, qui licencie. Au cours des 10 dernières années, ING Belgique a versé 7,2 milliards de dividendes à la maison-mère néerlandaise. Le PS appelle à soutenir la proposition de loi déposée par Ahmed Laaouej il y a deux ans pour sanctionner les licenciements boursiers".

Le PS plaide pour un autre modèle d'entreprise, "plus respectueux pour les travailleurs". L'objectif: insérer dans le droit une entreprise "à co-décision". Toutes les décisions devraient alors être validées par les actionnaires, mais aussi par les travailleurs, avec le droit de véto pour chacun des groupes. "Une entreprise qui place les gens avant l'argent", ajoute le président du PS.

Pour le PS, il est également nécessaire d'envisager une meilleure répartition de ce travail, en réduisant le temps de travail et en embauchant de manière compensatoire (en consacrant une partie du budget du chômage et des réductions de cotisations sociales aux embauches réalisées dans le cadre de la réduction du temps de travail).


MR: "Accompagner la révolution numérique plutôt que la subir"

Le président du MR Olivier Chastel a réagi à la restructuration: "C’est un nouveau coup dur pour les travailleurs et pour l’emploi. Cette restructuration va s’étaler sur plusieurs années, avec une part importante de départs naturels. Il faut espérer que la procédure Renault qui vient de débuter permette de réduire le nombre de licenciements annoncés. L’entreprise devra par ailleurs s’impliquer pour soutenir ceux qui devront la quitter ".

"Les belges n’ont aujourd’hui plus que très rarement de contacts avec leur agence. La banque est accessible en ligne, via l’ordinateur ou le smartphone. Mais si l’agence a perdu de son importance, les métiers du numérique eux sont en plein développement", ajoute-t-il.

" Pour les travailleurs qui subissent la fermeture ou la restructuration de leur entreprise, les annonces successives de ces dernières semaines sont un drame et leur inquiétude, leur colère, est compréhensible ", déclare Olivier Chastel. "Mais le bilan et les prévisions sont pourtant clairs : 76 000 emplois nouveaux ont été créés sous le gouvernement Michel. La Banque Nationale prévoit la création de 140 000 jobs entre 2016 et 2018. Le Bureau du Plan annonce lui que 230 000 emplois nets seront créés sur la période 2016-2021, malgré une croissance faible". Le président du MR rappelle la mise en place du Plan d'action "Digital Belgium". L'objectif: renouveler l’économie de notre pays via le numérique pour ainsi placer la Belgique dans le top 3 des pays européens les plus ambitieux dans ce domaine d’ici 2020. Ce plan vise notamment la création de 10.000 startups et 50.000 nouveaux emplois.

« Le MR refuse la résignation. Nous voulons accompagner cette révolution numérique, pas la subir. L’action du gouvernement fédéral en matière de création d’emploi, via notamment la réforme du travail, doit donc plus que jamais être poursuivie », conclut Olivier Chastel.


Ecolo: malgré la crise, ING a distribué 7,2 milliards de dividende en 10 ans

Ecolo pointe du doigt la responsabilité du gouvernement. "Lors du drame Caterpillar, Charles Michel déclarait qu'on arrivait aux limites d'un système. On les a pourtant dépassées depuis longtemps ! Il est urgent de mettre en place des mesures de régulation économique autrement plus volontaristes que celles nous servent les uns après les autres nos Gouvernements fédéraux. Conditionner les aides publiques à de la création réelle d'emplois et refuser la distribution excessive de dividende sont deux propositions qu'ECOLO avait réitérées au moment du drame Caterpillar et elles se justifient tout autant face à l'annonce d'ING. Il est urgent de les prendre en compte", s'exclame Patrick Dupriez, coprésident d'Ecolo.

"C'est trop facile de faire peser sur le dos de la sécurité sociale les conséquences d'une logique de recherche de profit aveugle. Si le Gouvernement fédéral ne tape pas du poing sur la table, d'autres grandes sociétés risquent de suivre l'exemple de Caterpillar et d'ING. Il est plus que temps d'adopter des lois qui protègent notre économies et nos emplois, comme celle prévoyant le remboursement des aides publiques en cas de licenciement injustifié. Mais il faut également activer tous les leviers qui nous permettront de capter les emplois du futur. Une future réforme de l'Impôt des Sociétés doit ainsi supprimer les niches fiscales qui ne servent qu'à maximaliser les profits de quelques acteurs de l'économie et miser sur les emplois locaux, ceux présents dans nos PME", conclut Zakia Khattabi, coprésidente d'Ecolo.

Au cours des dernières années, malgré la crise financière et une situation déjà difficile, ING a distribué 7,2 milliards de dividendes à sa maison mère hollandaise tout en bénéficiant des politiques fiscales généreuses de l’État fédéral, comme les intérêts notionnels ou les réductions de cotisation sociale. Pour ECOLO, on ne peut accepter que les travailleurs servent une nouvelle fois de variable d'ajustement et que les plus grandes sociétés spolient ainsi les intérêts économiques et sociaux de la Belgique.

Les députés ecologistes vont demander la tenue d'un débat en urgence à la Chambre pour évoquer la situation dans le secteur bancaire, en particulier chez ING.


cdH: "Le fédéral doit obliger ING à assumer ses responsabilités et anticiper l'avenir"

Le cdH a appelé lundi le gouvernement fédéral à rencontrer "dans les plus brefs délais" la direction et les syndicats d'ING, après l'annonce d'une restructuration impactant plus de 3.000 travailleurs. Pour les centristes, c'est à ING d'assurer la reconversion professionnelles des 3.158 employés affectés.

"Il convient également que le gouvernement rencontre l'ensemble du secteur bancaire, sans attendre de nouvelles procédures Renault, afin d'éviter d'autres drames sociaux. Il doit en effet se pencher en urgence sur l'avenir de l'ensemble du secteur dont il convient de souligner qu'il joue un rôle particulier dans l'économie et qu'il a été, à ce titre, largement renfloué financièrement lors de la crise bancaire", insiste Catherine Fonck, cheffe de groupe à la Chambre.

"Ce nouveau drame social montre à nouveau l'importance de maintenir en Belgique les centres de décisions de ce type de grandes entreprises afin qu'elles ne choisissent pas de privilégier les travailleurs de leur pays au détriment de ceux de leurs filiales en rapatriant leurs bénéfices et en licenciant les travailleurs belges", ajoute-t-elle, citant le cas de Belfius ou de Brussels Airlines.

"Ce nouveau séisme pour l'emploi prouve encore une fois l'urgence d'une véritable gestion économique et sociale du virage numérique que prend notre économie", conclut l'élue centriste.


La numérisation destructrice d'emploi ? "Ne vous laissez pas embobiner", répond Magnette

"Ne vous laissez pas embobiner par l'argumentaire" selon lequel une banque comme ING licencie à cause de la numérisation de l'économie, a mis en garde lundi le ministre-président wallon Paul Magnette à son arrivée dans l'auditorium principal de l'université catholique de Louvain (UCL), où il donnait une leçon inaugurale aux étudiants de sciences politiques. Le Plan Marshall 4.0 du gouvernement wallon pour redéployer l'économie régionale est axé sur la numérisation de l'économie. Mais il serait faux de penser que cette évolution n'est que néfaste pour l'emploi, a répondu M. Magnette, interrogé sur ce point par Belga.

A ses yeux, l'évolution technologique n'est qu'une partie de l'explication de la décision d'ING. "Bien sûr, il y a une restructuration globale du secteur des services, mais la numérisation crée aussi de l'emploi, il faut des logiciels, de la maintenance, des services de sécurité, etc."

"C'est un prétexte bien trop commode pour faire une augmentation de dividendes ; ING a rapatrié près de sept milliards d'euros vers les Pays-Bas ces dix dernières années, son CEO s'est octroyé il y quelques semaines 25% d'augmentation de sa rémunération, il gagne quarante fois plus que la moyenne de ses employés ! Tout cela déstructure les règles de la vie en commun", a ajouté M. Magnette.

Et le socialiste d'insister sur la relocalisation de l'économie wallonne, grâce au développement de ses PME, face aux financiers internationaux. La nécessité de l'ancrage local importe aussi dans le secteur bancaire, selon M. Magnette. "Les banques ancrées en Belgique sont plus respectueuses, et on continuera à leur faire passer le message qu'elles ont été aidées par l'État quand elles en ont eu besoin, et que maintenant c'est à leur tour d'avoir un sens de la responsabilité collective."

Plus généralement, le chef de l'exécutif wallon appelle une nouvelle fois à revoir la législation sur les licenciements collectifs et celle sur la loi Renault, afin de renforcer les droits des travailleurs face aux multinationales.


Charles Michel plaide pour que "tout soit fait pour limiter les licenciements"

Le Premier ministre Charles Michel a eu un contact lundi matin avec la direction d'ING Belgique, lors duquel il a plaidé pour que "tout soit fait pour limiter les licenciements" et pour que la banque "assume ses responsabilités", notamment en matière d'accompagnement des travailleurs licenciés, a-t-il indiqué à l'issue d'un sommet du Benelux, organisé dans la localité luxembourgeoise de Schengen. "Mes premières pensées vont aux travailleurs d'ING et à leurs familles", a-t-il déclaré, avant d'estimer que la restructuration annoncée s'expliquait en partie par la révolution numérique à laquelle est confronté le secteur bancaire.

M. Michel souhaite que la procédure Renault permette de créer un espace pour un dialogue ouvert entre la banque et les syndicats, a-t-il ajouté.

Le Premier ministre rencontrera, ce lundi à 16h00, des représentants syndicaux d'ING. Le ministre de l'Emploi, Kris Peeters, ainsi que les ministres-présidents des Régions ont également été conviés à cette rencontre qui se tiendra au Lambermont.

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a quant à lui estimé qu'il s'agissait d'une journée très difficile pour ING et souhaité que des discussions en profondeur aient lieu entre les différents partenaires sociaux dans le cadre légal existant.

MM. Michel et Rutte ont par ailleurs insisté sur leur volonté d'agir, notamment dans le cadre du Benelux, pour créer des emplois supplémentaires et répondre au changement de paradigme qui touche le secteur bancaire avec la révolution numérique.

La banque ING a annoncé lundi matin sa volonté de supprimer, d'ici 2021, quelque 7.000 emplois, principalement en Belgique et aux Pays-Bas.

Le nombre d'emplois menacés sur le territoire belge se porte à 3.158. "Cette réduction serait en grande partie réalisée par des départs naturels, menant le nombre de personnes concernées par les licenciements à maximum 1.700", a précisé le CEO d'ING Belgique, Rik Vandenberghe.