Il était interrogé devant la commission spéciale de la Chambre sur le démantèlement de Dexia

BRUXELLES Le démantèlement du groupe Dexia et la création, dès l'automne 2008, d'une structure de défaisance après son premier naufrage aurait coûté quelque 20 milliards d'euros aux Etats belges, français et luxembourgeois, a indiqué vendredi le patron du groupe, Pierre Mariani. Interrogé devant la commission spéciale de la Chambre sur le démantèlement de Dexia, M. Mariani a expliqué que ces trois pays, qui venaient de débourser six milliards d'euros pour recapitaliser le groupe, avaient immédiatement écarté une telle solution.

"La création d'une +bad bank+ (structure de défaisance) n'est pas neutre pour les Etats. Aucun de ces Etats n'était dans la mesure et avait la volonté de remettre au pot...", a-t-il expliqué devant les députés.

Pour eux, créer une telle structure de défaisance en 2008, et même en 2009 ou 2010, serait revenu à "cristaliser les pertes", et ce sans résoudre les graves problèmes de financement que connaissait le groupe, a justifié M. Mariani.
Le patron de Dexia a toutefois reconnu que la Commission européenne, appelée à examiner les aides d'Etat accordées au groupe, avait demandé "à l'extrême fin des négociations" (février 2010, ndlr) la création d'une bad bank pour isoler les actifs dangereux.

Une option à laquelle Dexia, et les Etats membres, se sont toutefois férocement opposés.

"Eviter la bad bank, c'était éviter de ruiner les actionnaires", a défendu M. Mariani. "Il aurait fallu acter une perte de 19 milliards d'euros..."

"Oui, mais ils ont quand même été ruinés un an plus tard!", ont alors répliqué plusieurs députés.

Enrichis par plusieurs auditions menées ces deux derniers mois sur le dossier, les parlementaires ont soumis vendredi le CEO de Dexia à un feu roulant de questions pointues.

Ils se sont notamment intéressés aux difficiles négociations menées jusqu'en février 2010 avec la Commission européenne, notamment sur les contreparties exigées en échange des aides d'Etat.

M. Mariani a ainsi reconnu que l'exécutif avait demandé à Dexia de céder sa filiale turque Deniz Bank, ce à quoi le groupe s'est alors opposé.

"On s'est battu très fort! ", a confié M. Mariani. "D'abord parce que Deniz Bank n'était pas la cause des difficultés et qu'elle représentait 40% des profits. C'était important pour la viabilité du groupe".

Il a par ailleurs réfuté que Deniz -qui sera vendue d'ici le mois de février, a-t-il annoncé par ailleurs vendredi- ait été financée par Dexia Banque Belgique. C'est au contraire la filiale luxembourgeoise du groupe BIL qui lui a apporté 3 milliards d'euros à l'automne 2006.

Quant à l'implication du gouvernement belge dans les discussions avec l'exécutif européen, M. Mariani a tenu à démentir fermement les allusions de certains députés d'opposition pour qui les intérêts belges n'ont pas été suffisamment défendus.

"C'est une insulte au gouvernement belge!", a répliqué le patron de Dexia.
"Dans toutes les réunions avec la Commission, il y avait des représentants des trois Etats concernés", a-t-il assuré, précisant que la Belgique avait toujours représentée, soit par un représentant du ministre des Finances, soit par un représentant de la Banque nationale.

© La Dernière Heure 2012