Avec la future réforme des pensions complémentaires, certains travailleurs pourraient perdre plus d’un tiers de leurs pensions, selon une étude du PTB.

Actuellement, 7 travailleurs sur 10 cotisent pour une pension complémentaire, un produit très attrayant en raison de la promesse d’une garantie de rendement : 3,25 % pour les cotisations patronales et 3,75 % pour les cotisations des salariés. Mais la situation risque de changer très prochainement. Dans le cadre du nouveau régime des pensions complémentaires, le gouvernement veut diminuer ou supprimer la garantie de rendement sur ces placements.

Alors que les partenaires sociaux doivent trouver un accord, le PTB tire la sonnette d’alarme : les changements seront synonymes de coups de tronçonneuse dans les pensions complémentaires. "Les assurances vont très clairement investir dans des placements à risque qui rapportent plus. Et si ça tourne mal, ce sera aux travailleurs de payer les pots cassés" , s’insurge Kim de Witte, spécialiste des pensions au PTB.

Selon une étude menée par le parti de gauche, si le rendement baisse de 3,25 % (taux actuel garanti) à 1,5 %, le capital de pension baisse de plus d’un tiers à long terme. "Pour beaucoup de travailleurs, cela aura de lourdes conséquences. Et la situation pourrait être encore plus dramatique si le taux de rendement est plus bas. Assuralia, l’union professionnelle des assurances, avait par exemple avancé le taux de 0,4 % comme rendement" , poursuit Kim de Witte.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement porte atteinte aux travailleurs dans le dossier des retraites, regrette le membre du PTB. "On a déjà changé l’âge de la pension, supprimé le bonus pension. Il y aura prochainement l’introduction d’un système à points pour les retraites qui est synonyme d’une plus grande insécurité pour les travailleurs."

Et de conclure : "Une pension complémentaire ne devrait pas être considérée comme un produit d’investissement facultatif mais comme une composante de la protection sociale."

Si le taux de rendement des pensions complémentaire passe de 3,25% (taux actuel garanti) à 1,5% (selon l'étude du PTB):

Paul, 58 ans, 40 ans de service dans la chimie, perd 30.703 €

Paul, 58 ans, a commencé de travailler à 18 ans dans la chimie où il est devenu employé logistique à la planification. Ces 30 dernières années, il s’est constitué des droits de pension complémentaire. Depuis le 1er janvier 1986, il a versé en continu 1.200 € par an (100 € par mois) pour son plan de pension. Sur ce plan s’applique le rendement minimal de 4,75 % entre 1986 et 2003, et de 3,75 % depuis 2004.

Paul voulait toucher son capital de pension complémentaire dans deux ans, une fois atteint l’âge de 60 ans. Mais le gouvernement veut désormais que ce capital ne puisse être libéré que dans cinq ans, lorsque Paul aura 63 ans. Quand il aura 63 ans, Paul touchera un capital de pension minimal de 83.703 € si la garantie de rendement reste inchangée. Mais si le gouvernement diminue la garantie de rendement à 1,5 % pour toutes les années de service, le capital minimal de pension auquel Paul aura droit ne sera plus que de 51.000 €. Soit une perte d’au moins 30.703 €.


David, 35 ans, 10 ans de service comme représentant, perd 59.640 €

David a 35 ans et travaille depuis 10 ans comme représentant technico-commercial. Il a un salaire de base très modeste et sait que sa pension légale ne sera pas un pactole. C’est pourquoi il a négocié une solide pension complémentaire. Son employeur verse 2.400 euros par an (200 euros par mois) sur son assurance groupe. Si la garantie de rendement de 3,25 % sur les cotisations patronales reste d’application, à 65 ans, David aura droit à un capital minimal de pension complémentaire de 169.344 euros. Mais si le gouvernement abaisse le rendement minimal à 1,5 %, le capital minimal de pension complémentaire auquel David aura droit ne sera plus que de 109.704. Soit une perte d’au moins 59.640 €.


Marie, 25 ans, travaille depuis 5 ans comme accueillante, perd 35.568 euros

Marie a 25 ans et vient de commencer à travailler à l’accueil d’un grand magasin de téléphonie. Son employeur verse 50 euros par mois sur une assurance groupe pour sa pension complémentaire (soit 600 euros par an). Elle-même verse aussi 50 euros par mois pour son assurance groupe (600 euros par an). Avec une garantie de rendement de 3,25 %, les cotisations patronales versées pour Marie lui vaudront à ses 65 ans un capital minimal de pension de 42.336 €. Avec une garantie de rendement de 3,75 %, ses cotisations de salariée rapporteront à Marie 48.084 €. La somme totale équivaut à un capital minimal de pension de 90.420 €. Mais si le gouvernement diminue la garantie de rendement pour les cotisations patronales et celles de salariée à 1,5 %, le capital minimal de pension que Marie se sera constitué à 65 ans ne sera plus que de 54.852 €. C’est-à-dire 35.568 € en moins, soit une perte d’un tiers.