Economie

Le patron de l’Union wallonne des entreprises (UWE), Vincent Reuter était l’Invité du Samedi du site Lalibre.be

Pour vous, l’efficacité du Plan Marshall ne fait vraiment aucun doute ?  

"Oui, cela ne fait aucun doute qu’il participe au redressement de la Région. C’est un très bon plan qui structure notre économie à long terme à l’aide d’excellentes mesures. Nous ne nous attendons pas à des résultats immédiats. Mais nous avons toujours pointé du doigt deux grands absents dans ce plan : l’enseignement et le fonctionnement du secteur public. On peut danser sur sa tête, mais sans impliquer l’enseignement dans le redressement d’une région, ce sera en partie des paroles creuses. Un jeune sur six sort du secondaire sans diplôme. Où vont-ils, si ce n’est grossir les rangs des chômeurs peu qualifiés qui constituent la moitié des demandeurs d’emploi en Wallonie ? Vous voyez bien que ce n’est pas tenable… Mais le plan Horizon 2022, non encore adopté, comprend tout un volet enseignement."  

Vous pensez encore que l’enseignement "étouffe l’envie d’entreprendre" ?  

"Oui, mais ce n’est pas la faute des enseignants en général. Par la force des choses, il faut cadrer les enfants face à leur envie de prendre des risques. Et entreprendre, c’est prendre des risques. Donc, on va parfois trop loin dans cet apprentissage, en décourageant carrément d’entreprendre. Il faut dire aussi que certains enseignants sont contre les entreprises privées et ils découragent sciemment les élèves à se lancer dans le privé."  

Vous regrettiez parfois que les patrons soient perçus comme des sous-citoyens. Vous avez le sentiment que la mentalité des Wallons a évolué à ce sujet ?

"Personnellement, je ne vois pas de changement dans les mentalités. Sauf, paradoxalement, au sein des pouvoirs organisateurs de l’enseignement qui s’intéressent davantage au monde économique. Mais en général, non, les mentalités ne changent pas… Cela me désespère même énormément, car il n’y a rien à faire : l’entreprise privée, ce n’est pas seulement une source de profits pour ceux qui investissent et prennent des risques. C’est aussi la seule source de financement de nos besoins collectifs ! Cela est encore beaucoup trop peu compris par nos concitoyens. Ajoutez à cela la crise qui, il faut bien le dire, n’a pas franchement redoré le blason des entreprises, à commencer par les banques. Mais les anathèmes se sont étendus à toutes les entreprises. À qui la faute ? Regardez du côté du discours très hypocrite des gouvernements, le fédéral en tête ! Un jour, on dit pis que pendre des entreprises - "Ce sont des fraudeurs !", "Les autorités ont dû sauver les banques !", "Cela a coûté autant de points de PIB !", "Ces voyous restructurent, délocalisent ou veulent s’en aller…" - puis, le lendemain, on vient nous dire - la bouche en cœur - qu’on a besoin des entreprises privées."  

Vous dénoncez parfois ce double discours auprès des ministres ? Que vous répondent-ils ?  

"Oui, ils écoutent poliment, mais de là à dire que c’est suivi d’effets… Au niveau fédéral, la situation politique et communautaire est à ce point compliquée que les ministres sont devenus extrêmement nerveux et susceptibles. Si on se permet de critiquer le fédéral, d’où que cela vienne, on est descendu en flammes."  

La sixième réforme de l’Etat suit son cours. La Wallonie est-elle prête et apte à gérer ses nouvelles compétences ?  

"À l’heure actuelle, non ! Elle est tributaire des accords qui devaient se faire au fédéral. Maintenant que les grandes lignes sont clarifiées par le Comori (Comité de mise en œuvre des réformes institutionnelles), il reste un an et demi pour mettre cela en œuvre… Mais de grandes questions restent en suspens, comme l’octroi et la probable diminution des allocations familiales, l’utilisation des budgets pour le marché du travail,…"  

À voir votre visage, vous semblez tout de même très tracassé (rires) !  

"Ce qui me tracasse, c’est de savoir ce qu’on va vraiment faire de ces compétences et de ces budgets. Par exemple, je n’ai pas connaissance de projections budgétaires pour l’après-réforme. J’espère que cela existe. Il est urgent qu’on ait ce type de scénarios, alors qu’on nous parle d’un retour à l’équilibre dès 2015. À titre personnel, je suis convaincu qu’il est encore possible de réduire les dépenses…"  

Justement, côté priorités, l’UWE pointe la résorption du chômage et la compétitivité des entreprises.

"Notre problème, c’est qu’il est essentiel de les différencier et de ne surtout pas les confondre. Les syndicats viennent nous parler de "toutes les aides à l’embauche" en oubliant que cela n’a rien à voir avec la compétitivité de nos entreprises. Vous croyez qu’il n’y a pas d’aides à l’emploi chez nos voisins ? Le vrai problème, c’est le coût salarial qu’il faudrait réduire linéairement de 10 à 15 % pour toutes les entreprises. On nous dit que le handicap concurrentiel, "c’est de la blague !" Il suffit de poser la question aux entreprises. Dans le monde politique, certains nient l’évidence ou minimisent ce handicap concurrentiel de 15 % et préfèrent sauter tout de suite dans le train syndical. Pourquoi ne pas croire les entreprises qui tirent la sonnette d’alarme ? De plus, ne l’oublions pas, 90 % des aides wallonnes à l’emploi vont au secteur public et non marchand. 90 % !"


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