Tueries du Brabant: le retour d'Adriano Vittorio

Gilbert DupontVittorio n'a pas du tout l'intention de remettre les pieds en Belgique
Tueries du Brabant: le retour d'Adriano Vittorio
©Demoulin

L'ancien chef de la filière boraine refuse le détecteur de mensonges

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE GILBERT DUPONT

MAUBEUGE On reparle de la filière boraine dans l'enquête sur les tueries du Brabant. Vendredi passé, Adriano Vittorio, aujourd'hui 58 ans, tenu pour le chef des Borains, a été interrogé, à Maubeuge, sur commission rogatoire, plusieurs heures durant, par la Cellule Brabant wallon.

Au milieu des années 1980, Vittorio, 124 kg pour 1 m 88, était soupçonné d'être le géant claudiquant décrit par les témoins de certains faits attribués aux tueurs entre l'été 1982 et octobre 1983.

Adriano Vittorio a également été confronté à Kaçi B., ancien membre de la filière boraine.

Les enquêteurs, enfin, lui ont demandé d'accepter le test du polygraphe (détecteur de mensonge). Il a refusé, du moins dans les conditions qui lui étaient proposées. Très clairement, Vittorio n'a pas du tout l'intention de remettre les pieds en Belgique. Sauf contraint et forcé mais on n'en est pas du tout là.

Fin mai 1988, Vittorio, Michel Cocu, Michel Baudet, Jean-Claude E., étaient collectivement lavés de tout soupçon dans l'enquête sur les tueries du Brabant menée au départ de Nivelles.

Pour les observateurs, l'acquittement était d'abord et surtout le résultat d'une instruction incohérente et incomplète. Du jour-même où il était libéré, Adriano Vittorio disparaissait dans la nature. Même son propre fils n'avait plus de nouvelle de son père depuis plusieurs années.

L'audition pourrait indiquer que la Cellule Brabant wallon n'a pas définitivement cessé de penser à une possible responsabilité de la filière boraine dans les premières tueries.

Le commisssaire Marc Simon et son collègue, le capitaine Leteul, ont pourtant dû rentrer à Jumet sur leur faim.

Les Belges n'ont pas pu poser toutes les questions qu'ils avaient préparées et Vittorio n'a été interrogé que sur des aspects assez mineurs du dossier. Le Midi (un café qu'il tenait à Quaregnon); ses relations avec un certain René B. dans un trafic de pièces d'or; avec Patricia, une ex-maîtresse, etc.

En revanche, Vittorio a été interrogé sur l'attaque, le 25 février 1983, du Delhaize de Fort Jaco, chaussée de Waterloo, à Uccle.

Kaçi B. parle à présent de repérages des lieux qu'ils auraient effectués en 1982, l'année précédente, en allant prendre un verre en face du Delhaize. Vittorio, dit Kaçi B., s'est même absenté quelque temps.

A Maubeuge, Vittorio a tout nié en bloc. ` Je n'ai jamais mis les pieds dans ce café. Le quartier de Fort Jaco, c'est tout juste si je vois à peu près où il se trouve´.

Cette commission rogatoire, pour lui, n'était qu'un prétexte. ` Ils avaient préparé un dossier épais de 20 centimètres et un tas de photos. La police française s'en est tenue à la commission rogatoire et les Belges n'ont pu m'interroger que sur ce qui était prévu. Pour moi, la Cellule Brabant wallon revient avec la filière boraine. Ils sont venus me tâter et ce n'est pas fini.´


Le sanglant palmarès des tueurs fous du Brabant

MAUBEUGE Quel est le lien entre: 1) le vol d'une arme de chasse Dinant, le 13 mars 1982, armurerie Bayard ; 2) l'attaque d'une épicerie Maubeuge, épicerie Piot, le 13 août 82 ; 3) un vol d'armes chez l'armurier Dekaize Wavre, le 30 septembre 1982, un policier tué ; 4) le cambriolage d'un restaurant Beersel, Auberge du Chevalier, le 23 décembre 1982, concierge tué ; 5) le meurtre d'un chauffeur de taxi bruxellois retrouvé à Mons, plié dans le coffre de sa Mercedes, le 12 janvier 1983: bien plus tard, les armes et/ou véhicules employés allaient permettre de les attribuer à une même bande.

Ce lien n'est toutefois fait qu'après la tuerie du Colruyt de Nivelles (septembre 83). Entre-temps, d'autres faits sont rattachés à l'affaire: 6) l'attaque du Delhaize de Genval (le 11 février 83, pas de tué mais il s'en est fallu de peu); 7) le hold-up du Delhaize d'Uccle sur lequel Vittorio a été interrogé la semaine passée (Uccle, le 25 février 83, deux blessés, pas de tué); 8) le hold-up au Colruyt de Hal (un tué, le 3 mars 1983); 9) le vol d'une Saab 900 turbo (le 7 juin 83, Braine-l'Alleud); 10) l'attaque de la filature Wittock-Van Landeghem (un tué, le 9 septembre 83); puis 11) du Colruyt de Nivelles (trois tués, le 16 septembre 83).

Ce week-end-là, des liens sont faits entre les différentes affaires. A son clavier, Raoul Dewael, un journaliste de la DH, crèe l'appellation tueurs fous du Brabant.

12) Le 2 octobre 1983, c'est l'attaque des Trois Canards (restaurant à Ohain, le patron est abattu); 13) le 7 octobre 83, attaque du Delhaize de Beersel (un tué). Le 29 octobre 83, démantèlement de la filière boraine; dont plusieurs membres sont libérés le 30 novembre: 14) le lendemain, 1er décembre 83, attaque de la bijouterie d'Anderlues (un tué). Suivent vingt mois de trêve. Le 21 mai 85, les derniers Borains sont libérés. 15) Le 22 septembre 85, une VW Golf est volée à Erps-Kwerps (Louvain). 16) et 17) Le 27 septembre 1985, deux attaques de Delhaize - à Braine l'Alleud puis Overijse - font 8 tués. 18) Le 9 novembre 1985, un raid sur le Delhaize d'Alost fait huit dernières victimes.

En 88, la filière boraine, jugée aux assises du Hainaut, est mise hors de cause dans les deux seuls faits qui auront finalement été jugés à ce jour, le hold-up du Colruyt de Hal et celui du Colruyt de Nivelles en 1983.

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