Gothard, visa pour l'enfer

Benoît Franchimont
Gothard, visa pour l'enfer
©EPA

Le routier turc au volant du camion belge n'avait qu'un passeport touristique...

AIROLO La mise en cause d'un camion belge dans la tragédie du tunnel du Gothard voir nos informations depuis vendredi devrait déclencher une enquête sur le territoire belge également.

Il serait étonnant, en effet, que la police suisse ne s'intéresse pas aux conditions de travail du routier turc, engagé par la société Gül Trans d'Alost, pour le compte final de la firme Super Liner Cargo de Vilvorde.

Selon la police cantonale du Tessin, le camion belge est bien à l'origine de la première collision dans le tunnel. Selon le témoignage du routier italien qui a percuté le camion belge, ce dernier zigzaguait depuis 250 mètres et s'est retrouvé complètement à contresens.

Plusieurs hypothèses sont retenues par la police. Malaise, endormissement, défaillance technique, buée subite. L'éclatement d'un pneu serait jugé davantage probable. Au contraire d'un acte volontaire: une lettre anonyme envoyée vendredi à l'agence de presse Reuters à Bruxelles, décrivant l'accident comme un attentat islamiste, paraît très peu crédible.Le chauffeur du camion belge s'appelle Sefy Aslan. Les Suisses, plutôt confus, disent que son corps n'a pas été retrouvé, alors que le patron de Gül Trans a affirmé avoir identifié le cadavre, notamment grâce à ses vêtements.Agé de 45 ans, Aslan était originaire de Konya, en Turquie. Il travaillait depuis deux mois et demi pour la société Gül Trans, à Alost, une firme tout récemment constituée. Aslan avait une femme et quatre enfants, vivant en Turquie.

Selon le quotidien turc Hürriyet, le chauffeur avait rejoint son frère aîné en Belgique pour y trouver un travail. Il était titulaire d'un visa de tourisme européen, un visa provisoire de six mois. Ce qui paraît peu compatible avec un emploi de routier! Mais pour Bayam Gül, patron de la firme alostoise, rien d'illégal. `Tous les papiers sont en ordre´, affirme-t-il, ajoutant même que Sefy Aslan était actionnaire de Gül Trans.

I. Durant: plus de contrôles

La police suisse a précisé lundi que le bilan final de la catastrophe devrait être de 11 tués. Le nombre de disparus potentiels est retombé à 28 lundi.On a également appris lundi que le tunnel du Gothard, considéré comme un axe stratégique pour la Suisse, avait été miné par l'armée lors de sa construction. Mais l'armée suisse a précisé qu'il n'y avait pas eu de danger d'explosion suite à l'accident de mercredi.

Le tunnel restera fermé au moins jusqu'à Pâques. Une partie de la voûte effondrée devra être reconstituée. Et, tant qu'on y est, le tunnel sera déminé, a promis l'armée!

Enfin, en Belgique et sans réel lien avec ce qui précède, la ministre des Transports Isabelle Durant a annoncé un renforcement des contrôles dans le secteur du transport routier. Au programme: lutte contre le travail au noir et pour le respect des temps de travail, entre autres. Les contrôles seront intensifiés et, surtout, coordonnés entre les six ministères compétents.


Un ex-routier de Super Liner témoigne

`Certains Turcs ne savent même pas lire les panneaux´

BRUXELLES `Cet accident ne m'étonne pas. Tout de suite, j'ai pensé à une défaillance mécanique ou à l'endormissement du chauffeur. J'ai fait cette ligne à plusieurs reprises pour Super Liner Cargo. Les conditions de travail étaient très dures.´

Un routier belge, qui a quitté Super Liner Cargo depuis quelques mois, nous a contacté pour vider son sac. Pas par vengeance, dit-il, mais pour que l'on connaisse aussi l'envers du décor. Ex-salarié de Super Liner Cargo, le chauffeur explique, moyennant son anonymat, qu'une part du matériel roulant était en mauvais état lorsqu'il travaillait. `J'ai roulé un jour avec une remorque sans freins´, accuse le camionneur.

`Faire Milan, c'est vraiment dur. On charge et décharge chez Beta Trans, à Milan Segrate. Il faut aller vite. Le matin du retour, il faut être tôt à Chiasso pour les formalités de douane. On dort peu. Il faut du rendement. On vous y pousse. Et prendre le tunnel en étant crevé, c'est du suicide´

Le chauffeur regrette surtout que la firme fasse appel à des soustraitants turcs. `J'ai vu ces chauffeurs à l'oeuvre, complètement paumés. Certains ne savent même pas lire les panneaux routiers. D'autres sont incapables d'accrocher ou décrocher seuls une remorque. Ils sont payés plus qu'en Turquie mais bien moins que des Belges.´

Nous avons demandé à Super Liner Cargo de réagir à cette mise en cause. `Nous faisons appel à des chauffeurs turcs parce que nous ne trouvons pas de conducteurs belges, réplique M. Desmet, manager. Nous les payons de la même manière. Et sur l'état technique des véhicules, je peux vous assurer qu'aucun camion ne roule sans un certificat du contrôle technique. Tous nos engins sont vérifiés toutes les six semaines, avec un entretien complet tous les 40.000 km.´

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