Femme de ménage payée 100 F l'heure

Gilbert Dupont

Des dizaines d'Équatoriennes étaient exploitées pour des travaux de nettoyage

BRUXELLES Arrestation d'un couple, vendredi, à Bruxelles. La femme, 38 ans, blonde et brésilienne, habite Auderghem. Son ami, un Belge de 45 ans, est carreleur. Ils sont soupçonnés, en deux ou trois ans, d'avoir exploité plusieurs dizaines de femmes équatoriennes en séjour illégal, de les avoir placées ou fait travailler chez des particuliers comme femmes de ménage et d'avoir à chaque fois prélevé les deux tiers de ce qu'elles touchaient.

C'était à Marche ou crève! Alain et Diogenia menaçaient de dénoncer les récalcitrantes à la police et de les faire expulser par l'Office des étrangers.

Depuis 98, le couple faisait travailler en moyenne vingt femmes à concurrence de dix heures par jour. En trois ans, pense la police de Bruxelles, au moins cinquante illégales auraient été embrigadées dans le réseau.

La chef, elle, déposait les filles vers 8 h le matin et passait les reprendre rarement avant 18 h. Ménage, lessive, vaisselle, repassage, sales petits boulots: les femmes étaient payées 300 F de l'heure dont 200 F revenaient d'autorité à Diagonia qui pouvait ainsi rouler en Mercedes.

Jusqu'à Genval et Rixensart

Monica s'est tue pendant dix-huit mois avant de se confier aux Moeurs de PolBru. Quand elle débarque en mai 2000, Monica a pour tout bagage les références d'une Brésilienne connue jusque dans les favelas de Quito pour fournir logement et travail à Brussels, Belgium. A peine le temps de souffler: Monica a fait son premier ménage après trois jours. Chez de braves gens qui ne lui ont jamais rien demandé.

`Certains matins, dit Monica, nous étions jusqu'à sept entassés dans la Mercedes de Diagonia. La chef disait bien que la police s'occuperait de nous si nous ne prenions pas bien les poussières´. Le couple les retenait en réclamant des cautions de 10.000 F.

Monica parle de terreur. Preuve en est qu'il lui a fallu onze mois pour se libérer du joug et encore, dit-elle, `je me suis cachée pendant sept mois par crainte des représailles´. Alain, le carreleur, n'était au courant de rien. `Ça se faisait dans mon dos´. Mais c'est sur son bureau que les carnets (avec les noms, adresses, comptes, etc.) ont été trouvés.

Les Equatoriennes faisaient le ménage chez des bourgeois respectables. La filière s'étendait dans de bonnes familles à Bruxelles, Louvain, Heverlee, Bertem, Hamme-Mille, Beauvechain, Rosières, Hoeilaert, Waterloo, Braine-l'Alleud, Sterrebeek, Wavre, Genval, Overijse, Dion-Valmont, Rixensart,...

Cathy Deboyser, une juge tenace, réputée pour aller au bout de ses dossiers, a envoyé les négriers à Forest (prison, NdlR) pour: traite d'êtres humains (dans le cadre d'une association), occupation illégale d'une main d'oeuvre étrangère, exploitation illégale d'un bureau de placement et non-paiement de rémunérations. L'esclavagisme ne figure plus dans le Code pénal; c'est sans doute bien regrettable.

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