Sur les traces de Marc Dutroux à Blankenberge

Ph. Bt
Sur les traces de Marc Dutroux à Blankenberge
©Demoulin

Le voisin d'une ex-maison close à la côte a reconnu le bourreau de Julie et Mélissa

BLANKENBERGE L'affaire Dutroux risque de nous révéler encore bien des surprises. Comme le mystère de la maison close à Blankenberge, par exemple.

Peu de personnes connaissent l'existence et l'importance de cet hôtel côtier. Même la police locale semble l'ignorer. En tout cas, c'est ce qu'elle essaye de nous faire croire. Pour tenter d'en savoir un peu plus, nous nous sommes rendus sur place. Récit.

Lors de la disparition d'An et Eefje, Marcel Marchal (qui n'a aucun lien de parenté avec Paul Marchal, le papa d'An) et sa femme étaient les propriétaires d'un hôtel à Blankenberge. Il est fort probable que cet établissement cachait en réalité un véritable marché du sexe. Précisons d'emblée que les propriétaires actuels sont totalement étrangers à ce commerce et ne recherchent qu'un seul but: accueillir et héberger les touristes.

Hier, un voisin (qui a souhaité préserver son identité pour sa propre sécurité!) nous a fait des révélations pour le moins intéressantes.

Cette personne a subi des menaces de mort, des coups et blessures et du harcèlement de Marcel Marchal et de ses complices. «Cet homme a tenté de me poursuivre en justice pour un montant de 5 millions d'anciens francs pour le simple fait que j'avais laissé ma voiture quelques instants devant chez lui, explique-t-elle. Il prétendait que je laissais mon véhicule jour et nuit contre sa façade. C'est pour cette raison que j'ai pris en photo toutes les voitures qui se stationnaient à cet endroit. Par la suite, j'ai donné ces clichés à la police pour l'enquête. J'ai sans doute pris en photo la voiture de Dutroux sans le savoir.»

Et dans le cadre de cette enquête, le procureur Bourlet l'a convoqué. «Il m'a présenté un album photos composé d'individus. J'ai notamment identifié le propriétaire de l' hôtel. Mais surtout, le procureur Bourlet m'a dit que j'avais reconnu à quatre reprises Dutroux!» Et ce n'est pas tout. Un homme d'origine allemande avait menacé de mort notre informateur en déclarant: «C'est lui... Alors, il est mort! Je le ferai...» Il a également reconnu cet homme dans l'album photo.

A savoir maintenant si Nihoul et les autres sont également venus à Blankenberge, notre anonyme préfère garder le silence. Il a manifestement peur de parler. Il sait qu'il risque sa vie. Il a déjà eu des menaces...

Ce témoin sait en revanche qu'il y avait réellement un réseau de prostitution dans cet hôtel. Il parle notamment de femmes d'origine africaine. Et lorsqu'on lui demande si elles étaient mineures, il refuse une nouvelle fois de répondre, par crainte de représailles.

Il nous explique aussi la violence dont a fait preuve Marcel Marchal, visiblement originaire de la région de Charleroi. Sur le seuil de sa porte, il a notamment été victime de multiples coups de poing et de pied au visage ainsi que dans les parties génitales. Il a alors déposé plainte mais ses démarches n'ont jamais donné de résultats...

Le voisin a un jour retrouvé devant sa porte une jeune femme accroupie, en sanglots. Il était environ 7 h et demi du matin. Il lui a alors ouvert la porte et l'a recueillie chez lui. C'est alors que Marcel Marchal s'est également engouffré dans son domicile. Sans hésiter, il a giflé à quatre reprises la jeune femme avec une rare violence. Notre interlocuteur a contacté la police. Il n'a plus jamais vu la victime qui s'exprimait en portugais. Par contre, Marchal l'a nargué à plusieurs reprises suite à cet incident. C'est aussi à partir de là qu'il a été menacé de mort.

Actuellement, on sait que Marcel Marchal a quitté le pays avec son épouse. Il semblerait que cette dernière soit Brésilienne. C'est dans son pays d'origine qu'ils se seraient réfugiés. Mais selon deux autres témoignages recueillis à Blankenberge, Marchal et son épouse seraient revenus en Europe. C'est en Allemagne qu'ils se seraient lancés dans un commerce. Mais on ignore lequel...

© La Dernière Heure 2003


Paul Marchal est indigné


Le papa d'An estime que le propriétaire de la maison close devait être inculpé avec Dutroux

BRUXELLES Paul Marchal ne digère pas, et ne digère sans doute jamais, le fonctionnement de la justice belge. Une fois de plus, il s'aperçoit qu'elle ne répond pas à l'attente des citoyens.

Selon lui, inefficacité, manque de volonté, voire trahison, riment avec justice et police. En ce qui concerne la maison close, Paul Marchal est indigné et se souvient des obstacles qu'il a rencontrés à ce sujet. «Je me souviens très de l'épisode de la maison close de Blankenberge, déclare Paul Marchal. Lors de l'arrestation de Dutroux, on avait retrouvé le numéro de téléphone du propriétaire de l'établissement côtier et les heures d'ouverture. Ces découvertes étaient le résultat de nos propres recherches. Et c'est cela qui n'est pas normal. Ce n'est pas notre travail. C'est celui des enquêteurs et des juges d'instruction. Mais ces derniers n'ont jamais jugé utile d'investiguer davantage dans cette voie. C'est inimaginable.»

D'autant plus que le papa d'An confirme qu'il y a eu de nombreux témoignages. Et ils ont été jetés aux oubliettes. Pour lui, c'est inadmissible.

Il sait à présent que la police de Blankenberge n'a jamais voulu aller au bout des choses. «Que ce soit au parquet de Bruges ou à la police de Blankenberge, j'ai tout de suite compris, dès l'enlèvement d'An et Eefje, que leur travail n'était pas optimal, se désole M. Marchal. A l'époque, je ne savais pas pourquoi.» Maintenant, il se rend compte, à son grand désarroi, que certains policiers sont complices. Selon lui, il n'y a plus de doute.

Il est évident que ce genre de raisonnement est lourd de conséquence, notamment pour l'image de tous les policiers belges qui font bien leur travail. Et cela, Paul Marchal ne l'oublie pas pour autant.

Le papa d'An rappelle aussi qu'une jeune fille de 18 ans a été victime, en 1995, d'une tentative d'enlèvement à Blankenberge. Et son ravisseur était... Dutroux. Il soulève enfin un dernier problème, qui est de taille: si la justice ne va pas au fond des choses, les enlèvements de jeunes filles vont recommencer, tôt ou tard...

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