Projeté en l'air à 60 km/h

Gilbert Dupont


C'était il y a plus de deux ans: ce policier vient enfin de reprendre le chemin du travail

BRUXELLES Cinq jours de coma. Trente-trois jours d'hôpital. Deux ans et un mois d'incapacité.

On le disait mort parce qu' il est normal que meure un humain projeté à 29 mètres par un véhicule fonçant - vitesse estimée par expert - à 100 km/h. Il faut croire qu'Olivier Malherbe, alors 24 ans, policier à la 4e Division de la police de Bruxeles, a eu cette nuit-là la chance de sa vie.

Le 18 mars 2001, un dimanche, vers les 3 h du matin, un premier véhicule est en panne dans le tunnel Louise. Olivier intervient avec ses collègues Tim et Sylvain.

Le tunnel est au rouge. Un véhicule pourtant s'engage dans le tunnel à hauteur du Hilton. Les policiers avaient disposé leur Ford Mondeo en travers pour en barrer l'accès. Le chauffard percute le tout et accroche Olivier Malherbe qu'il envoie dans l'air. Des experts se sont amusés - si l'on peut dire - à estimer la vitesse de vol du policier: 60 km/h.

Et Olivier s'écrase sur le béton. Pour tous, à ce moment, le malheureux a cessé de vivre. Eh bien non, on le relève avec le tibia et le péroné gauches éclaté, un genou en compote, le poumon droit perforé, une clavicule brisée et cinq côtes cassées mais le cerveau n'a rien, la colonne vertébrale non plus. Et depuis hier, après donc 25 mois d'efforts personnels sur lui-même, l'inspecteur Malherbe retrouvait le chemin du boulot, son commissariat en plein coeur du quartier le plus populaire de Bruxelles, les Marolles.

Olivier n'en a pas fini pour autant. Il est abonné à trois séances de kiné par semaine. Le genou et la clavicule le font encore souffrir. Il lui avait fallu six mois pour réapprendre à marcher, d'abord avec béquilles, ensuite au Rolator.

Hier midi pourtant, nous le voyons courir dans le commissariat et même dévaler les escaliers en sautant. Son seul souvenir d'il y a deux ans: Olivier a tenu à reprendre les souliers cloutés qu'il portait la fameuse nuit et lui avaient porté bonheur, encore qu'il ne s'estime pas du tout superstitieux.

Pas un mot d'excuse!

Deux ans? Il en a profité pour se gaver de ciné et de bouquins. Et s'occuper des copains. L'autre policier blessé le 18 mars 2001 n'a toujours pas repris. Olivier n'a jamais voulu changer de métier. «Je n'y ai même pas songé». Vu son état, il n'est encore qu'en mi-temps.

On l'a provisoirement placé à l'accueil: une façon utile d'être au contact du public. Son but: «Repartir au plus tôt en patrouille. Mais aucune date n'est fixée». Tiens! avant l'accident, Olivier travaillait pour la Police de Bruxelles dite PolBru. Il revient: c'est désormais la Police Bruxelles-Capitale-Ixelles. Entre-temps, il y a eu la réforme. Sa première impression? Là, Olivier fait gaffe! Possible que son commissaire tombe sur l'article! Alors, sans se mouiller, l'inspecteur pour une fois diplomate répond que «c'est du pareil au même».

Ce qui lui va loin, c'est l'indifférence des gens. Son accident est survenu alors qu'il aidait un automobiliste en détresse. C'est donc un chauffard qui l'a renversé. Faut pas croire qu'en deux ans et un mois, cet homme ait trouvé le temps de lui envoyer un mot d'excuses et même de prendre de ses nouvelles!

© La Dernière Heure 2003

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