La maison de l'horreur

M. Ka.
La maison de l'horreur
©AFP

Affaire Alègre: La maison du lac de Noé - où des soirées sado-maso très dures ont eu lieu - identifiée à Mauzac

TOULOUSE A une trentaine de kilomètres au sud de Toulouse, les gendarmes passent au peigne fin depuis plusieurs jours une grande bâtisse isolée entre deux petits lacs. Flanquée d'une espèce de tourelle, elle a presque des allures de château.

Ce qui vaut un tel traitement à cette imposante demeure d'architecture assez récente, c'est le fait qu'elle est la maison du lac de Noé. Une maison que des prostituées ont décrite dans leurs témoignages dans le cadre de ce que les médias appellent désormais l' Affaire Alègre. Patrice Alègre est ce tueur en série toulousain qui a sévi dans les années 90 et qui a été condamné à perpétuité en février 2002 pour six viols et cinq meurtres, essentiellement perpétrés dans le milieu de la prostitution.

Bien que le dossier judiciaire soit clôturé par cette condamnation, les enquêteurs de la cellule homicides 31 ont continué leurs investigations sur les disparitions ou les meurtres non élucidés de ces 15 dernières années. C'est au cours de ces investigations que les témoignages de deux anciennes prostituées sont remontés à la surface ces dernières semaines.

Les prénoms d'emprunts de Fanny et Patricia sont désormais incontournables. Dans leurs dépositions, elles ont fait état de protections dont bénéficiait Alègre dans la police mais aussi au sein de la justice. Une protection dont il aurait bénéficié grâce aux services rendus aux notables de la ville. Alègre organisait, selon elles, des soirées particulières auxquelles il était chargé d'amener des filles, de la chair fraîche livrée en pâture au vice de ces notables. Des notables au rang desquels figureraient deux magistrats encore en activité mais aussi l'ancien maire de Toulouse et actuel président du CSA français, Dominique Baudis.

Les deux femmes ont raconté avec force détails les soirées et l'endroit où elles se déroulaient. Elles évoquent une pièce baptisée la chapelle qui se trouvait dans la tourelle et où se déroulaient les tortures. Les filles y étaient attachées pour y subir des sévices. Les gendarmes y ont en effet retrouvé dans les murs des fixations d'anneaux qui avaient été meulées.

En outre, les prostituées ont signalé l'existence d'un appentis derrière la maison. Elles y étaient enfermées en guise de punition. Cette cache n'existe plus mais les gendarmes ont retrouvé l'ouvrier qui l'a démoli. Le propriétaire des lieux, jusqu'en 1998, était bien connu de la police et y vivait avec une ancienne prostituée.

Enfin, la propriétaire actuelle des lieux a signalé aux gendarmes qu'elle avait dû se débarrasser de la moquette de certaines pièces car tâchée d'immenses tâches brunâtres qu'elle a identifiées comme étant du sang séché.

Cela fait tout de même beaucoup d'éléments qui donnent encore plus de crédit à ces témoignages inquiétants de prostituées...

Baudis crie à la machination

L'ancien maire de Toulouse et actuel président du CSA pris dans la tourmente médiatico-judiciaire

TOULOUSE Les années Alègre à Toulouse, cela a également été les années Baudis. Avant Philippe Douste-Blazy, Dominique Baudis a été maire de Toulouse. Toulouse et son rugby, Toulouse et son tueur en série, Toulouse et ses désormais affaires louches impliquant les notables de la ville.

Des révélations incroyables font de Baudis un partouzeur, un apôtre du sado-maso ultra-violent et même le commanditaire d'un meurtre. Un comble pour celui qui depuis qu'il a été nommé à la présidence du CSA (conseil supérieur de l'audiovisuel) s'est érigé en chantre de la lutte contre la pornographie au petit écran.

Lorsque d'ailleurs il s'invite sur les antennes de TF 1, immédiatement après que son nom soit apparu, il fustige un complot de l'industrie pornographie destiné à nuire à son action. Une ligne de défense un peu faiblarde qui va s'essouffler rapidement. D'autant que Baudis ne va pas en rester là. C'est que la rumeur est tenace...

Après le milieu de la pornographie, la bête blessée va s'en prendre au petit milieu localo-politico-industriel de Toulouse et enfin la dernière cible en date est le patron de La Dépêche du Midi qui aurait été téléguidé par l'actuel maire de la Ville rose, Philippe Douste-Blazy...

Dominique Baudis a été frappé au coeur et il réplique en tous sens avec une seule constante, c'est un complot contre sa personne, contre ses idées. Claude Llabres, ancien député communiste et pourtant ami de Baudis, confiait à nos confrères de Libération, «Il a fait voeu de trouver qui était à l'origine de ses bruits et il donne des coups de pied dans toutes les fourmilières pour voir ce qu'il va en sortir». Pour l'instant rien!

Que du contraire, plus il se débat, moins il semble crédible et plus son image de chevalier blanc des moeurs télévisuelles s'étiole, voire se désagrège. Si jamais, il ressort blanchi de ces accusations, Dominique Baudis devra sans aucun doute payer un lourd tribut à ce qu'il considère toujours comme la rumeur.




Roman noir dans la ville rose

TOULOUSE C'est le 5 septembre 1997 que le nom de Patrice Alègre va surgir à la une de l'actualité lors de son arrestation. Alors âgé de 29 ans, il est soupçonné de trois meurtres dont deux accompagnés de viols. Mais si la France entière le découvre seulement en 1997, à Toulouse, il est loin d'être un inconnu. Drogue, prostitution, petite et grande criminalité, Patrice Alègre est incontournable dans la Ville Rose. Connu comme le loup blanc, il est un peu une star dans le milieu. Pour lui, l'argent coule à flots et les filles se bousculent pour apparaître à son bras.

Seulement, Patrice n'a pas que le regard carnassier et le charme ravageur. C'est un homme dangereux, sanguin, incontrôlable. Armé d'une solide personnalité et d'un carnet d'adresses impressionnant, il a un véritable don pour passer entre les mailles du filet. Un filet qui se resserrera sur lui irrémédiablement pour le condamner à perpétuité en février 2002 pour six viols et cinq meurtres... connus!

Ce n'est que le 1er avril de cette année que toute l'affaire Alègre va, suite au témoignage d'une ex-prostituée, véritablement se muer en un sombre roman noir dans lequel tous les ingrédients sont réunis: sexe, pouvoir, justice, politique et personnage connus, le tout sur fond de protection de l'immonde personnage central.

Et à partir de là, tout va s'enchaîner très vite avec le 15 avril, l'ouverture d'une instruction «contre Patrice Alègre et tous autres» pour «viols aggravés et complicité» et «proxénétisme en bande organisée». Dans le même temps, la cellule Homicides 31 voit son effectif considérablement renforcé afin d'au plus vite creuser ce témoignage. Un témoignage qui va être rejoint par un autre. Les deux prostituées trouvent bien évidemment un relais incroyable dans les médias. Des médias qui se délecteront encore plus de ces révélations quand les noms de hauts magistrats toulousains sont cités comme parties prenantes dans ces soirées de tortures organisées. Mais alors, que dire du déchaînement autour de Dominique Baudis qui est depuis devenu le personnage central de l'histoire puisque Patrice Alègre fait de lui publiquement, dans une lettre envoyée à Karl Zero sur Canal +, le commanditaire d'un des meurtres qu'il a perpétrés? Des accusations que le président du CSA nie avec énergie mais force est de constater que peu ont envie de le croire...

© La Dernière Heure 2003

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