Tueries: nos révélations

Gilbert Dupont

José Vanden Eynde, concierge de l'Auberge du Chevalier, avait bien connu Léon Degrelle
BEERSEL Marco Vanden Eynde pense que son père avait connu Léon Degrelle à l'unif à Louvain. Son père lui racontait qu'ils avaient même kotté trois ans ensemble. Son père l'avait suivi en Espagne. Barcelone. La Légion Condor. José Vanden Eynde était resté franquiste, mussolinien et raciste mais pas hitlérien et encore moins nazi.

Lieutenant d'infanterie, il avait combattu les Allemands en mai 40.

La quasi-totalité des 28 victimes des tueries du Brabant doivent d'être mortes - entre mi-1982 et fin 1985 - au hasard. Au simple fait de s'être trouvées au mauvais moment dans un supermarché.

L'ancien compagnon du parti d'extrême droite Rex, devenu taximan à Bruxelles puis concierge à Beersel, est peut-être l'exception. Dans l'affaire des tueries, que n'a-t-il été question de ces liens bizarres. Son fils Marco Vanden Eynde est plus que jamais persuadé que son père n'a pas été tué par hasard. Il parle!

Avant-veille de Noël 82. Au pied du vieux château de Beersel, l 'Auberge du Chevalier est tenue par Jef Jurion, l'ex-international de foot. Tout le show-biz sportif fréquente l'auberge. Le Sporting d'Anderlecht, Merckx, Van Looy, Ocana (qui y vend de l'armagnac), les De Vlaeminck. On y a même vu Carl Lewis et Iglesias. L'établissement n'a jamais été cambriolé, sauf 15 jours plus tôt - on était déjà entré par l'arrière pour voler la caisse enregistreuse. Pas d'alarme mais un concierge à demeure, José Vanden Eynde, dort à l'étage.

Depuis le vol, José, qui n'avait rien entendu, ne prend plus de somnifères. Son fils le lui avait demandé: 20 ans qu'il se le reproche. C'est comme cela, pense-t-il, que son père a été réveillé et a voulu appeler les secours depuis sa chambre. Les tueurs ont arraché le téléphone, sont montés à l'étage et ont défoncé sa porte où il s'était barricadé. Son père s'est battu (meubles renversés). Les tueurs l'ont tué de six balles de calibre .22 toutes tirées dans la tempe gauche.

Marco, à l'époque, est le chef cuistot. Il n'oubliera jamais. Mon père, fait-il, était en chien sur le lit, tourné vers le mur, les poignets maintenus par l'arrière aux chevilles par du câble de téléphone, une écharpe bleu noir du Club de Bruges - qu'il supportait - serrée autour cou. Ajoutez des brûlures à la cigarette sur les cuisses.

Au passage, les tueurs ont débouché du champagne, ouvert le frigo et touché à de la gigue de chevreuil et de la tarte aux fraises. Mais rien n'a été volé, sinon chez Vanden Eynde. Sa petite pension et... le contenu d'une mallette noire, une Samsonite, dont le concierge ne se séparait jamais, même au football. Ça, disait-il à son fils, c'est ton avenir!

Vanden Eynde n'avait pas partagé les sympathies de Degrelle pour Hitler, mais les souvenirs de Louvain avaient prévalu: les deux hommes s'écrivaient régulièrement. De l'ordre de deux courriers par mois que le concierge brûlait en général après lecture. Son fils ne sait pas ce que son père conservait d'autre, mais il garde le souvenir précis d'une photo de Léon Degrelle en uniforme blanc, d'une invitation de Degrelle à assister au mariage de sa fille et de quelques bons de caisse. Et c'est ce que les tueurs ont pris.

Trois semaines plus tard, le 12 janvier 83, un chauffeur bruxellois est trouvé mort à Mons dans le coffre de son taxi. Le taximan et Vanden Eynde avaient travaillé pour le même patron de taxi à Saint-Gilles et la même arme a servi.

Le même calibre 22 est celui qui, le 8 juin 83, tue de 11 balles le berger allemand du patron du garage Saab de Braine-l'Alleud (éditions de vendredi passé), le concierge Jef Broeders de la firme de gilets pare-balles Wittock-Van Landeghem le 10 septembre 83 à Tamise puis, le week-end suivant, un gendarme et un couple bruxellois sur le parking du Colruyt de Nivelles.

© La Dernière Heure 2003


Indemnisation des victimes: les petites-filles ont reçu... 75 euros!
BEERSEL On ne peut pas dire que Marco Vanden Eynde tienne la justice (et son ministre) en estime. Il a écrit à M. Verwilghen: «J'attends toujours la réponse. Je suppose qu'une secrétaire a ouvert mon courrier et l'a jeté au panier.» Il ne comprend pas: »J'ai beau retourner tout ça depuis 20 ans dans ma tête, ce n'est pas normal qu'on ne trouve pas. Je ne sais pas ce qui coince. J'ai toujours un cran d'arrêt sur moi: je n'aimerais pas être surpris comme mon père l'a été. Je ne prétends pas que c'est en relation avec Degrelle: je dis que tout ce que mon père avait sur Degrelle était dans sa mallette et que tout a disparu. Je ne dis pas que c'est moi qu'on cherchait: j'en sais rien. Mais je ne comprends pas que ça n'aboutisse pas. J'ai été indemnisé, ouais, l'Etat a fini par me verser 17.000 €! Et mes deux enfants, mes deux filles, pour la mort de leur grand-père, ont reçu chacune 75 €, frais d'avocat déduits. Si ce n'est pas se moquer du monde!»

Quant aux tueurs, on comprend, dans la bouche de Marco, et malgré vingt ans, que même la pendaison serait trop douce pour eux...

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