Procès Cools - «Rien n'est démontré!»

Ed. F.
Procès Cools - «Rien n'est démontré!»
©BELGA

Procès Cools: Me Pierre plaide l'innocence de Taxquet

LIÈGE Richard Taxquet n'a rien fait et, si on veut vraiment trouver les auteurs de l'assassinat d'André Cools, il vaut mieux regarder du côté d'Alain Van der Biest ou, à défaut, de Pino Di Mauro. Telle est, en substance, la conclusion de la longue plaidoirie, lundi matin devant les assises de Liège, de l'avocat de Richard Taxquet, Me Pierre.

Avant d'en arriver là, il aura cependant fallu quatre heures au conseil de Richard Taxquet pour réfuter les diverses argumentations déployées par l'accusation au cours des 66 jours précédents et résumées, la semaine dernière par les parties civiles et l'avocat général, Mme Lejeune. Quatre heures pour énoncer une série de «choses insupportables, de choses qui le laissent perplexe ou insatisfait, d'interpellations diverses et variées...»

Témoignages contestés

Au chapitre de ces différentes ... «choses », certains des témoignages qui se sont succédé et qui ne plaisent pas outre mesure au conseil de Richard Taxquet. Celui de Maurice Demollin, par exemple, mais aussi ceux de l'informateur anonyme et de Domenico Castellino, «parfaitement superposables à quelques nuances près». Ceux d'un autre co-accusé du procès également, Carlos Todarello, qui pouvait avoir des intérêts divergents avec son ex-neveu par alliance.

«Il n'y a pas seulement de faux témoins, il y a aussi des témoins faux!», a ainsi constaté Me Pierre qui ne voit, pour sa part, aucun mobile précis à Richard Taxquet. «Et il arrive rarement qu'on tue sans mobile, sauf si on est un parfait sadique, ce que Richard Taxquet, de toute évidence, n'est pas!»

Selon lui, Richard Taxquet n'était pas accroché à la fonction et aux prébendes du cabinet - « dès avant l'assassinat, il voulait le quiter!» - et il a également été blanchi dans l'affaire des titres volés citée par certains comme parallèle à l'assassinat. Quant aux affaires Smap ou Agusta, il n'y apparait pas!

«Une sacré erreur!»

Selon Me Pierre, la partie civile et le parquet général «considèrent comme démontré ce qui justement doit l'être!» Ainsi, Richard Taxquet n'aurait pas participé directement à l'assassinat et ni d'ailleurs à ses préparatifs. «Il estime cependant qu'il a commis une sacré erreur», précise-t-il cependant en rappelant les épisodes du printemps 1991 au cours desquels on l'a vu «à genou» pour tenter d'arrêter la machine mise en route par ... Van der Biest! «Mais il ne parvenait pas à se persuader qu'il y avait un véritable danger!»

Voila pour l'essentiel de la longue plaidoirie de Me Pierre, une plaidoirie au cours de laquelle il s'est également plaint à plusieurs reprises que certaines zones d'ombre de l'enquête n'aient jamais été éclaircies. «Quand on ne craint pas la vérité, on la cherche. Je l'ai cherchée mais on m'a envoyé au diable!»


Le physique de l'emploi

«Di Mauro n'a jamais vu les tueurs mais, eux, ils le reconnaissent!»

LIÈGE Pour ses défenseurs, qui étaient les seconds à plaider ce lundi, on a voulu mouiller Di Mauro dans ce dossier. Suivez leur pensée: il n'a rien à voir, lui non plus, dans l'assassinat d'André Cools mais «on a forcé les pièces du puzzle pour qu'elles se mettent en place!»

Une thèse difficile à défendre vu le poids de l'argumentation développée par l'accusation.

D'autant plus difficile peut-être que Di Mauro, contrairement à Richard Taxquet, a été formellement reconnu par les tueurs tunisiens. Pour un de ses avocats, cela relève d'une... hallucination qui a pris naissance dans une «nébuleuse créée dans l'environnement de la vidéoconférence.»«Il ne les a jamais vus mais eux, ils le reconnaissent!», admet-il avant de constater que les tueurs ont raconté des tas de choses dans le cadre de l'enquête. «Et puis, des photos, ça peut servir. Les tueurs ont touché quelques centaines de milliers de francs pour abattre André Cools. Pour quelques billets supplémentaires, on raconte ce qu'on vous dit de raconter!»

Trouver des coupables

Une machination, donc, dont Pino Di Mauro aurait été la victime. Après tout, n'a-t-il pas justement «le physique de l'emploi» ?

Ainsi, tout au long de leurs plaidoiries, les conseils de Pino Di Mauro ont tenté de démonter le scénario mis en place par l'accusation. Un démontage opéré à l'ombre d'un autre grand procès d'assises rappelé à cette occasion, celui qui jugeait la filière boraine dans le cadre des tuerie du Brabant wallon.«Là aussi, il fallait absolument des coupables et ceux-là étaient tout désignés. Malgré les aveux, malgré les preuves directes, cela s'est terminé par un acquittement général....»

Retour à la filière Di Mauro pour dénoncer également l'absence de mobile. «Du boulot? Il en retrouve quand il veut! Le statut social? Il s'en est forgé un à lui seul et ne doit rien à personne! Le pouvoir? Il est simple chauffeur de cabinet et rien d'autre! L'affaire des titres volés? Pour Di Mauro, elle démarre... après l'assassinat d'André Cools»

Absence de mobile, donc, mais pas absence de questions sans réponse. Parmi celles-ci, cette «constance dans l'hallucination» qui porte, par exemple, sur l'informateur anonyme. «Je ne crois pas que Castellino, un des absents de ce procès, soit le témoin. Mais je crois qu'il est son pourvoyeur intellectuel et je crois qu'ils passent tous les deux du bon temps aux frais du contribuable, sous le chaud soleil de Sicile.»


"Commérages et vérités galvaudées"

«Les montres de Taxquet? Les voilà!»

LIÈGE Evidemment habitué aux prétoires et à leur environnement, Me Pierre a le sens de la formule. Ainsi, en marge de cette constante «perplexité » qu'il dit avoir dans ce dossier, y voit-il aussi une masse impressionnante de «rumeurs », de «commérages » ou de «vérités galvaudées». «Toute cette affaire démarre d'ailleurs avec une lettre anonyme, le sommet de ce qui est méprisable!»«Il faut nuancer et éviter de basculer dans les images d'Epinal», a-t-il aussi fait observer en soulignant que, contrairement à ce que laissait entendre le réquisitoire de l'avocat général Mme Lejeune, «Van der Biest n'était pas le fils spirituel d'André Cools.» Son fils spirituel, selon lui, c'est aussi son fils biologique, Marcel Cools. «Il a les qualités de son père mais peut-être moins affirmées. Il a les défauts de son père, mais moins affirmées également...»

Reprochant volontiers à l'accusation d'avoir surtout «fait de l'ambiance», il n'hésite pas à grimper dans le même train en sortant de sa poche les fameuses montres que son client affirme avoir achetées avec une partie des 500.000 F qu'il a été chercher au Luxembourg. Quant au reste de la somme, il n'a évidemment pas servi à payer une partie du contrat des tueurs mais à acquitter des frais d'architecte et des retards aux contributions et à passer quelques jours de vacances. «Des éléments que j'avais demandé qu'on vérifie mais on ne l'a pas fait!»

«Refusez de mourir idiot!»

Comme mentionné ci-contre, un des conseils de Pino Di Mauro, Me Rigot, parle quant à lui plutôt d' «hallucinations ». Celles-ci portent sur différents témoignages entendus lors des audiences, sur la présentation des tueurs par exemple. «Des victimes menacées par Di Mauro? Allons donc!» dit-il en substance et en les décrivant comme de véritables spécialistes qui «viennent en Belgique pour tuer et pas pour autre chose!»«On vous a présenté un scénario qui, à première vue, est cohérent et qui pourrait entraîner la conviction d'une personne peu avertie», a-t-il dit au jury à l'entame de sa plaidoirie. «Je me bats contre des hallucinations. Faites-le aussi. Il n'y a rien de plus noble que de refuser de mourir idiot», a-t-il dit en conclusion.

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