Train fantôme sur les quais

Mathieu Ladevèze
Train fantôme sur les quais
©BELGA

La gare Bruxelles- Schuman fermée hier en fin d'après-midi. Le spectaculaire accident a fait deux blessés

ETTERBEEK Grosse panique, hier à 17 h 15 sur les quais de la gare Bruxelles-Schuman. Un train sans conducteur a déraillé et est allé s'encastrer sur le quai.

La violence du choc fut telle que l'entièreté de la motrice était coincée sur le quai.

Les caténaires ont bien évidemment volé en éclats, blessant deux personnes attendant le train sur le quai d'en face. L'une à cause d'un morceau de caténaire, l'autre à cause d'un poteau. De source officielle, elles ne seraient que légèrement blessées. Une conversation entre deux policiers présents à la gare Schuman laisse penser que les blessures de l'un d'entre eux seraient bien plus graves. «Il ne semble pas que ses jours soient en danger», expliquait l'un des deux.

Il faut dire que l'histoire est hallucinante. Un train en manoeuvre à la gare du Luxembourg (Quartier-Léopold) s'est mis en marche tout seul. À l'origine, il devait conduire ses passagers au Treski. Les freins auraient lâché. La pente aidant, le train a dévalé le gros kilomètre séparant les deux gares avant de s'encastrer sur le quai Schuman. «Nous avons dévié le train sur la voie actuellement inutilisée pour cause de travaux, mais la vitesse et le poids du train ont fait que le train a percuté le quai», explique le directeur de la communication d'Infrabel, Benoît Gilson, qui ne comprenait pas hier soir comment les freins avaient pu lâcher.

De leur côté, les agents SNCB venus en nombre sur les lieux de l'accident étonnaient par leur effarement. Aucun n'avait déjà vu un tel accident. Aucun n'était en mesure de dire combien de temps allaient prendre les réparations. Toute la nuit au moins.

Aucun n'était non plus en mesure d'expliquer quelles déviations étaient prévues. Bref... le chaos le plus complet. En clair, l'accident a coupé la liaison vers Namur. Les trains ont été déviés via la ligne 26 (Hal-Bruxelles-Est-Malines) qui passe par Etterbeek, Watermael-Boitsfort, Merode, Meiser et Schaerbeek. Des bus ont également pris le relais. Deux enquêtes ont déjà été mises en branle hier soir. La première par la SNCB. La seconde par le parquet de Bruxelles, à cause des deux blessés.

© La Dernière Heure 2006


Une vingtaine de mouchoirs imbibés de sang

ETTERBEEK «La gare est fermée, madame... La gare est fermée, jeune homme.» La litanie pourtant douce et polie du chef de gare a cassé les oreilles de plus d'un voyageur hier soir. Vendredi, heure de pointe, les usagers de la SNCB ne savaient plus à quel saint se vouer. «On fait comment alors? pestait ce jeune homme. Une fois, on me dit d'aller gare Centrale, une autre, on me dit d'aller à Merode. Je n'y comprends plus rien.» Les répercussions de cet accident se sont bien évidemment ressenties sur une grande partie du réseau ferroviaire. Philippe était ainsi bloqué depuis une heure gare du Nord quand les haut-parleurs lui ont appris la nouvelle.

D'autres, par contre, affichaient un calme à toute épreuve. «J'ai d'abord entendu, puis vu les câbles trembler», explique Laurent Lathyu, témoin de la scène. «J'ai alors regardé au bout du quai et j'ai vu la motrice débarquer sur le quai.» Si le bruit était encore raisonnable, le feu d'artifice dû aux caténaires brisées offrait un sacré spectacle. Un autre passager habitué de la gare Schuman estime, par contre, que tout le monde a eu beaucoup de chance. «La ligne est fermée depuis un petit temps pour cause de travaux», assure Bruno Gossens. «D'habitude, il y a au moins cinquante personnes en heure de pointe à l'endroit où le train a déraillé.» S'étant approché tout près de l'accident, notre témoin a également vu des traces de sang sur le quai d'en face. «Il y avait une vingtaine de mouchoirs imbibés de sang sur le quai», poursuit-il. «Ils ont soigné les blessés comme ils pouvaient en attendant l'arrivée des services de secours.»

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