Auditeurs et détenus unis

Philippe Boudart
Auditeurs et détenus unis
©BAUWERAERTS

Sur Air Libre FM , l'émission Passe-Muraille évoque l'univers carcéral

BRUXELLES Cela s'appelle Passe-Muraille . Vous connaissez ? Une émission radio consacrée à l'univers carcéral. La prison en toute transparence. Et on y parle de tout.

Comme, par exemple, de ce jeune Nigérian qui s'est pendu dans sa cellule lors de sa... première nuit de détention.

Ou encore des affiches du Vlaams Belang apposées par certains gardiens (une minorité) dans l'enceinte pénitentiaire.

Ou encore du passage à tabac systématique des nouveaux par les gardiens dans certaines prisons.

Ou encore de la hiérarchie entre les détenus, elle-même respectée par les gardiens...

Chaque dimanche, deux heures durant, Passe-Muraille donne la parole aux détenus, aux familles. Mais aussi à des avocats. Et puis aux ASBL.

"D'anciens détenus nous parlent de leur vécu , explique Christophe, l'un des trois animateurs de l'émission. Certains sont aussi venus au studio pour parler du bracelet électronique. Des avocats, comme Me Graindorge, ont témoigné."

Les familles peuvent aussi intervenir. Et là aussi, la radio leur permet d'entrer en contact avec leurs proches enfermés derrière les barreaux. "Car la prison n'est pas une solution en soi et que l'univers carcéral ne doit pas être hermétique au monde extérieur" , ajoute Christophe.

Depuis la création de l'émission (voici à peu près 20 ans, sous l'impulsion de deux anciens détenus), c'est par sacs entiers que le courrier est depuis arrivé au studio. Des poèmes mais aussi des lettres évoquant le quotidien de la prison.

"Car un détenu doit sacrément faire preuve de courage pour écrire une lettre , précise Christophe. Certains gardiens n'aiment pas la radio. Et les réprimandes ne sont pas rares." En un mot, on n'aime guère que la vérité éclate au grand jour.

Alors, bien sûr, l'objectif n'est pas de dire que les détenus sont victimes. Passe-Muraille a simplement pour objectif d'avoir une réflexion constructive sur l'univers carcéral. En s'entourant de spécialistes, de détenus, de proches de détenus, d'avocats. Chaque dimanche, entre 18 et 20 heures sur radio Air Libre (87.7 FM).



© La Dernière Heure 2007


"On dit bonjour aux prisonniers "

BRUXELLES Fanny, Nico et Christophe. Ce sont les trois animateurs de l'émission Passe-Muraille . Ce qui les motive dans ce projet ? Bah, une tonne d'arguments. "Je ne connais personne dans mon entourage qui a vécu l'univers carcéral mais ça ne m'empêche pas d'être interpellé par le sujet" , explique Fanny. Nico, lui, apprécie le fait de pouvoir participer au débat via l'émission : "La prison n'est pas une évidence ni encore moins son utilité. Il faut se remettre en question et voir quelles sont les perspectives pour la prison."

Tout comme la peine de mort, la prison n'empêche pas le crime ou la délinquance, estime Nico. Selon lui, il faut donc trouver une autre solution. "Et c'est pour cette raison que nous accueillons chaque dimanche un invité, afin d'avoir une nouvelle réflexion , abonde Christophe. Nous avons aussi des correspondances avec des détenus, des épouses de détenus aussi. Et nous donnons également la parole à des bénévoles de différentes ASBL qui oeuvrent dans le domaine." Et Passe-Muraille dit bonjour aux détenus.

Depuis leurs cellules - de Forest, Saint-Gilles et Berkendael -, les détenus peuvent suivre l'émission (NdlR : en tout cas pour ceux qui ont su négocier un poste de radio). Mais des détenus enfermés dans les autres établissements du royaume envoient également du courrier à la radio.

Et les détenus ont la parole. Une libre parole. "C'est quasi leur seul moyen de communiquer librement. En prison, on peut aussi s'exprimer via les syndicats et le ministère de la Justice. Mais il y a des filtres, inévitablement." Et c'est ce qui motive nos trois animateurs.

Via Passe-Muraille , on parle de tout. Comme, par exemple, des triplettes . Comprenez une cellule prévue pour deux détenus mais en réalité occupée par trois prisonniers, pour ne pas dire quatre. "Et cela concerne bien souvent des prévenus, à savoir des personnes qui sont enfermées mais qui n'ont pas encore été jugées et qui sont donc par conséquent encore présumées innocentes , déplore Christophe. Et l'objectif de la radio est de faire sortir la réalité de la prison, sans pour autant dire que les détenus sont victimes. Et, dans le même temps, nous tentons de rendre une certaine dignité."

Nico va plus loin : "La prison n'a pas de réelle utilité. Elle a démontré depuis des années son incapacité à réinsérer un détenu, à empêcher la récidive, à décourager de commettre un délit. Bref, il faut trouver autre chose."



© La Dernière Heure 2007

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