Michel Nihoul règle ses comptes

Gilbert Dupont
Michel Nihoul règle ses comptes
©BELGA

Il balance des noms de clients d'un club échangiste de la capitale

BRUXELLES Il y a dix ans, Michel Nihoul promettait qu'il ne balancerait jamais des noms de partouzeurs. "Cela, disait-il, je ne le ferai jamais". Dans Taisez-vous Nihoul qui sort en librairie, Nihoul mange sa parole en publiant en page 83 un vieil extrait d'audition d'il y a onze ans dans lequel la gérante d'un club partouzard d'Etterbeek cite dix noms auxquels Nihoul en ajoute quelques-uns. Ça fait vendre. Ça crée surtout le scandale qui, au final, est moins l'opprobre qu'il jette, que le procédé méchant utilisé.

Selon nos infos, Nihoul utilise le procès-verbal d'audition d'un témoin, l'ex-gérante d'un club privé, dont il n'a même pas demandé l'autorisation. Hier midi, l'ex- gérante du Dolo , Mme Dolores Bara, nous confiait son indignation et déjà sa décision de prendre un avocat, et non des moindres, le spécialiste Me Tulkens. Mais le mal est fait.

Le nom d'Eddy Merckx est jeté en pâture, avec ceux du chanteur français Carlos, de Philippe Lafontaine, du mari d'une juge d'instruction toujours en activité au palais de justice, d'un ancien juge de paix, deux gendarmes, trois avocats, de Serge Kubla (dont Nihoul ajoute qu'il "figurait parmi les membres fondateurs du club ) et de Serge Moureaux, PS (ex-FDF) qui "ne fréquentait pas (le club) mais connaissait ses activités lucratives" : cocasse pour Nihoul d'ajouter que le sénateur fit partie de la Commission Verwilghen !

S'agissant des avocats, le P.-V. de la page 83 prétend qu'ils "participaient aux partouzes" et "venaient de temps en temps", à l'instar du champion cycliste qui "venait avec des amis". Hier, Nihoul ajoutait qu'il gardait le souvenir d'avoir croisé le champion "vêtu d'un paréo" , à l'étage du Dolo, le club de la rue des Atrébates, et de la réflexion de quelqu'un qui lui fit remarquer qu'"il méritait le titre de meilleur grimpeur".

Et les gendarmes ? Interrogée le 18 mars 1997, la gérante affirmait qu'ils ne faisaient que "jeter un coup d'oeil" (normal dès lors qu'il s'agissait de deux membres des Moeurs de la BSR de Bruxelles). Quant au mari de la juge d'instruction (entre-temps divorcée), "il venait souvent aussi' ".

En public hier, Nihoul appelle par son prénom le politicien libéral du Brabant wallon "qui a prétendu par après ne pas me connaître" alors qu'il "figurait parmi les fondateurs du club" . Et Nihoul affirme l'avoir "souvent rencontré tant au club que dans les partouzes privées".

Bref, 192 pages au long desquelles Nihoul se lâche; expose sa vérité; distribue ses bons et mauvais points, remue la fange et le fer du couteau dans la plaie. Il rend publique la raison selon lui pour laquelle Julie et Mélissa jouaient dehors quand elles ont disparu. Il dévoile les relations intimes d'un proche avec une demoiselle de 17 ans, etc.

Nihoul annonce encore qu'il attaque six personnes en justice "dont l'avocat G.-H. Beauthier et deux journalistes". Il se gausse de la Belgique qui s'est permis d'ironiser sur les errements de la justice française dans l'affaire d'Outreau, elle qui s'est laissée manipuler par les témoins X.

Nihoul a vécu la prison pour des assassinats d'enfants et un procès d'assises avec Dutroux et l'image catastrophique d'un condamné d'avance, et puis l'acquittement. Cela lui donnait certainement le droit de raconter. De là à salir des personnes (on pense au champion qui est marié, père et grand-père), 11 ans après, en se cachant derrière l'audition d'un témoin ?

Sean Publishing avait déjà sorti le livre du colonel Vaesen vendu à 30.000 exemplaires. Le tirage francophone de Taisez-vous Nihoul en atteint déjà 6.000. Nihoul ajoute qu'il ne touchera pas un cent supplémentaire.



© La Dernière Heure 2008


"Je n'ai voulu salir personne"

Et dire qu'il y a 12 ans, on disait Nihoul gravement malade, atteint d'un cancer et même agonisant. L'air de Zeebrugge lui fait visiblement le plus grand bien et à sa compagne Marleen qui l'accompagne aussi : Nihoul est en pleine forme.

A-t-il voulu salir le plus grand champion belge de tous les temps, dont le nom apparaît en effet à la page 83 de son livre ? "Je n'ai voulu salir personne. Je ne fais que publier un document officiel qui s'appuie sur les déclarations d'un témoin, Mme Bara. Je n'ai pas peur des démentis. S'ils m'attaquent, je les attends au palais de justice. On va bien rire".

Pourquoi citer ces noms ? "Pour faire comprendre que ce sont toutes des personnes qui auraient pu être entendues par les enquêteurs à l'époque. Mais non : on s'est contenté de tomber sur Nihoul. Dans l'affaire des partouzes qui impliquaient des adultes consentants, j'ai subi seize heures d'audition ininterrompues. Pourquoi pas les autres ? Mais non, il n'y en avait que pour Nihoul. Même ceux dont les noms sont cités se sont détournés. Serge que je croyais un copain ? Du jour au lendemain, il ne m'avait jamais rencontré et ne me connaissait plus ! À un moment, 186 personnes en Belgique m'avaient vu enlever un enfant, le mettre dans un coffre et partir avec. J'ai subi l'horreur et je vis toujours avec".

Il est vrai que pas plus tard que le mois passé, nous étions contactés par un Luxembourgeois qui était certain d'avoir reconnu Nihoul dans un club privé au Grand-Duché. "Des gens, des policiers, des politiques, des magistrats, des journalistes ont fait carrière sur cette affaire : quand je fais le compte, pas moins de 50 % des membres de la commission Verwilghen dont Verwilghen lui-même se sont retrouvés ministres, et certains le sont encore aujourd'hui. La liberté en Belgique ? Un seul éditeur acceptait de publier le livre sans coupure".

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